Les 12 et 13 octobre 2023, une Délégation diplomatique française du Ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères (MEAE), s’est rendue en République centrafricaine (RCA) afin – je cite la MINUSCA – « de faire le point sur les progrès du mandat en cours et d’aborder différents sujets dans le cadre du renouvellement du mandat de la MINUSCA, prévu pour novembre 2023 ».
Cette mission de la diplomatie française aura-t-elle permis de soulever les anomalies et le rôle plus qu’ambigu de la MINUSCA, non-respectueux du mandat donné par le Conseil de sécurité (CS) de l’Organisation des Nations Unies (ONU) le 14 novembre 2022 (CS n°S-RES-2659 (2022) – RCA – Résolution adoptée de prorogation de la MINUSCA au 15/11/2023), qui aura, d’une part permis une nouvelle fois l’annulation des élections locales prévues le 16 juillet 2023 pourtant attendues depuis dix ans, pour se voir substituer un référendum constitutionnel illégal sans réactions de sa part alors même qu’elle annonçait encore au CS que son action était tournée pour partie vers l’organisation de ces élections locales (cf pages 3, 7, 11 et suivantes du CS n°S-RES-2659 (2022)), et d’autre part, de juger son attitude non appropriée pendant la campagne référendaire de juillet 2023 ?
Cette délégation conduite par M. Mohamed BOUABDALLAH, Sous-directeur des affaires politiques au MEAE, accompagné de M. Quentin TEISSEIRE, Sous-directeur de l’Afrique centrale au ministère, et de S.E. M. Bruno FOUCHER, nouvel Ambassadeur de la République française en RCA depuis le 1er août 2023, a rendu visite à Madame Valentine RUGWABIZA, Représentante permanente du Rwanda auprès de l’Organisation des Nations Unies (ONU), Représentante Spéciale du Secrétaire Général en RCA et Cheffe de mission de la MINUSCA depuis février 2022, afin de réaliser une mission de travail en vue de l’étude du renouvellement du mandat annuel de la MINUSCA auprès du Conseil de Sécurité de l’ONU, dont le mandat arrive à échéance le 15 novembre prochain.
En particulier, comme nous l’avions demandé depuis le 07 septembre dernier selon différentes actions et selon notre communiqué de presse n°3 du même jour, cette mission « d’évaluation » de la MINUSCA par la diplomatie française en vue de l’étude de son mandat de renouvellement aura-t-elle permis de révéler officiellement le rôle ambigu et non respectueux de son mandat par la MINUSCA laissant annuler les élections locales, alors qu’elles n’ont toujours pas eu lieu depuis dix ans malgré de multiples reports, pour les voir remplacer par un référendum constitutionnel illégal et de son attitude lors de la campagne référendaire qui s’est tenue en RCA du 15 au 28 juillet 2023, alors même qu’elle avait été mandatée pour une autre mission par l’ONU ?
Par ce communiqué de presse n°3 du 07/09/2023, nous avions soulevé le non-respect de son mandat par la MINUSCA selon le préambule et le paragraphe 9 (cf page 5 sur 20) de la résolution n°2552 (2020) adoptée le 12/11/2020 par le Conseil de Sécurité des Nations Unies, du fait par exemple de son appui logistique donné pour des missions de protection régulières au seul bénéfice de la Direction Nationale de la Campagne pour le Référendum Constitutionnel (DNCR), pseudo organisme gouvernemental, pendant la campagne référendaire, qui n’était en réalité que le bras armé électoral et partial du MCU et de l’équipe dirigeante de TOUADÉRA pour une campagne en faveur du seul « Oui », et ce au mépris du strict respect républicain de l’impartialité, et donc par détournements de fonds publics.
Que par ailleurs, alors que tous les rapports transmis au CS de l’ONU par la MINUSCA (dont celui du 16/02/2023 – CS n°S-2023-108) laissaient encore espérer politiquement la tenue des élections locales le 16 juillet 2023, alors même que la situation politique et les pressions exercées sur la Cour constitutionnelle tout au long de l’année 2022 prouvaient le contraire, que ces dernières ont été une nouvelle fois annulées pour des raisons financières et qu’en lieu et place à la quasi même date, nous avons eu droit à un référendum constitutionnel illégal pour lequel des fonds ont pourtant été trouvés. Par ailleurs, le rapport du Secrétaire général n°CS n°S-2023-442* du 15 juin 2023 (cf pages 1, 2 & 4), présenté au CS, soit à une date après la convocation du corps électoral par décret illégal du 30/05/2023 et seulement un mois avant le début de la campagne référendaire, ne reflète pas du tout la réalité de la situation politique qui s’était aggravée du fait de la volonté du référendum constitutionnel imposé. Nous considérons que ce rapport instrumentalise le Conseil de Sécurité dans une vision tronquée de la situation politique au 15 juin 2023 en minorant les vraies oppositions et en faisant ressortir sur le même plan l’opposition artificielle et marginale de la plateforme de l’UFDO et ses supplétifs.
Nous espérons que cette mission d’évaluation de la MINUSCA aura permis à l’un des membres permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU de demander des comptes et une clarification sur son attitude.
En ce qui nous concerne, nous ne pouvons accepter une telle instrumentalisation du Conseil de Sécurité et un cautionnement de la MINUSCA de ce référendum constitutionnel. Que depuis la diffusion de ces rapports, la situation politique en RCA s’est fortement dégradée, que nous sommes désormais « assis sur une poudrière ».
En ce qui nous concerne, nous dénonçons avec la plus grande fermeté les agissements de la MINUSCA pendant cette campagne référendaire. Nous demandons à la France (ou à tout autre pays une fois pris connaissance de ces éléments), suite à cette visite « d’évaluation » et dans le rapport qui sera rédigé, de saisir le Conseil de Sécurité de l’ONU sur l’existence de ces dysfonctionnements lors de la prochaine étude du renouvellement du mandat de la MINUSCA qui se tiendra à l’ONU. Nous demandons aussi de reconnaître et condamner enfin le coup d’État constitutionnel survenu en RCA depuis le 30 août dernier, date de la promulgation d’une nouvelle constitution illégitime.
Sans cela, inutile d’espérer un retour de la vraie opposition démocratique, unie à ce jour, pour les prochaines élections locales. Il est aussi grand temps de reconnaître que l’UFDO et ses succédanés ne sont qu’une construction artificielle de l’opposition et ne sont pas représentatifs sur le plan électoral sans l’existence d’un bourrage des urnes.
Nous ne voulons pas être les trompés ou les dupes d’une nouvelle mascarade électorale, après celle du référendum illégal aux résultats truqués, via une future élection locale qui sera forcément truquée, qui serait à nouveau cautionnée par les instances internationales, dont la MINUSCA, censées pourtant défendre les principes du respect de la démocratie.
Nous pensons qu’il est temps pour les puissances démocratiques du monde de sortir du déni de l’existence des coups d’États constitutionnels pour ne reconnaître à ce jour que les seuls coups d’États militaires en Afrique.
À défaut, la perte de confiance et la méfiance s’installeront pour le long terme.
Quoi qu’il en soit, l’opposition unie a décidé de ne pas céder tant que les instances internationales et les pays dits démocratiques, actuels « bailleurs de fonds » de la RCA, continueront de cautionner la dérive, non plus seulement autoritaire, mais dictatoriale et illégale du régime politique actuel, et ne reconnaîtront pas le coup d’État constitutionnel survenu le 30 août dernier.
Nous considérons d’ailleurs que le régime politique illégitime actuel, en l’absence passagère de réaction du Peuple centrafricain, ne tient que, par, et grâce à l’existence de la composante militaire importante de la MINUSCA, et au soutien financier massif des pays occidentaux et des institutions internationales telles que la Banque Mondiale et le FMI qui assurent plus de 50% du budget annuel public de la RCA. Que le problème démocratique en RCA pourrait être résolu plus facilement sans ces deux soutiens massifs sans exigence de contreparties, qui sont désormais perçus par la vraie opposition, comme une forme de complicité dans le maintien du régime dictatorial actuel, car le régime corrompu et mafieux actuel de la RCA ne pourrait tenir même avec l’aide de ces « parrains » actuels que sont la Russie et le Rwanda. Que l’Accord politique pour la paix et la réconciliation (« APPR ») en République centrafricaine et la mise en œuvre des recommandations issues du Dialogue républicain ne sont plus désormais qu’un lointain souvenir ou qu’un leurre (dont celui de mars 2022).
Que cela se terminera mal une nouvelle fois pour notre pays.
Le Peuple centrafricain et l’Histoire vous tiendront pour responsable de votre position politique actuelle non appropriée et de votre manque de courage politique, qui ne fera qu’agrandir le fossé qui s’est créé ces derniers temps avec vos pays par le rejet profond par une partie des populations de l’Afrique, certes pour certaines instrumentalisées, de toute présence occidentale dans certains pays d’Afrique.
En conclusion, nous ne reconnaissons pas cette nouvelle constitution illégale et nous considérons que la MINUSCA (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine) a failli dans son rôle de stabilisation de la situation politique en République centrafricaine et ce depuis mi 2022 en laissant prospérer ce coup d’État constitutionnel.
Qu’à l’inverse, son attitude a désormais complètement crispé et bloqué la situation politique en RCA, que son rôle passé depuis mi 2022 empêche désormais, jusqu’à nouvel ordre, toute participation de la vraie opposition démocratique et non armée, qui avait accepté le jeu politique, malgré toutes les incertitudes pouvant peser sur la tenue d’élections libres, régulières, transparentes, crédibles et pacifiques en RCA, à de futures élections locales, et tout cela laisse malheureusement augurer une reprise des mouvements politico-militaires de ceux qui avaient aussi accepté le jeu du désarmement et de la réconciliation nationale en vain.
Nous nous sentons tous bernés par cette instrumentalisation de la MINUSCA et de ce « boulevard » offert par la MINUSCA et les « bailleurs de fonds » au Président TOUADÉRA visant à lui permettre une éventuelle présidence à vie grâce à ce coup d’État constitutionnel, pensant soit qu’un éventuel retour de TOUADÉRA dans vos bonnes grâces est une chimère ou pire qu’une dictature même parrainée par « l’infréquentable » Russie serait un moindre mal à une instabilité et une insécurité historiques de notre pays, dont nous pouvons pourtant combattre les maux.
Nous ne sommes pas dupes de cette hypocrisie géopolitique
Aussi, à la veille du dernier rapport du Secrétaire Général via la MINUSCA à présenter au Conseil de Sécurité de l’ONU selon exigence du mandat (cf § 58. a) page 25) à partir du 13 octobre 2023, nous alertons le Conseil de Sécurité de l’ONU sur ces instrumentalisations et leurs conséquences d’une opposition qui ne veut plus se laisser berner et dénonce les faits.
Par ailleurs, nous soulevons le conflit d’intérêts que constitue la présidence actuelle de la MINUSCA exercée par une personne qui est aussi Représentante permanente du Rwanda auprès de l’Organisation des Nations Unies (ONU) depuis novembre 2016, alors même que le Rwanda possède des intérêts économiques significatifs en RCA et joue son propre agenda, qu’il existe, selon nous, une connivence kleptocratique entre le régime de TOUADÉRA, la Russie et le Rwanda au détriment du Peuple centrafricain dans l’exploitation de ses ressources naturelles.
Aussi, nous demandons lors de la prochaine étude du renouvellement du mandat de la MINUSCA courant novembre prochain que la Cheffe de la MINUSCA soit remplacée par une autorité qui aura un poids politique plus à même de contenir les dérives dictatoriales et kleptocratiques du régime actuel du Président TOUADÉRA, ainsi que de mieux faire respecter les mandats donnés par le Conseil de Sécurité de l’Organisation des Nations Unies à sa mission de stabilisation sans chercher à instrumentaliser qui que ce soit et d’exhorter réellement selon les propres termes repris dans les résolutions.
Bertin BÉA Grand Ouvrier Vice-président du parti politique centrafricain Kwa Na Kwa (KNK) Ancien ministre et député de la République centrafricaine Twitter : @Bertin_BEA1 et @KwaNaKwa_RCA

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