Bangui a vibré ce mercredi, 15 juillet 2026 au rythme d’un événement inédit : la Convention nationale de la jeunesse pour la paix et la sécurité, organisée conjointement par le Conseil consultatif de la Jeunesse et la plateforme Émergence 2025. Réunis dans la salle de conférences de la CNSS, des centaines de jeunes venus des différentes localités ont porté une voix commune, celle d’une génération décidée à s’affirmer comme actrice de la stabilité institutionnelle et du développement national. 

Dans une déclaration solennelle adressée au Chef de l’État, les jeunes ont rappelé que la paix demeure la condition essentielle du développement et que la jeunesse constitue la principale force de la Nation. Leur analyse, nourrie par les expériences douloureuses des crises passées, a débouché sur un ensemble de recommandations stratégiques visant à renforcer la sécurité, la cohésion nationale et l’insertion socio-économique. 

Ces recommandations s’articulent autour de six axes majeurs : la sécurité nationale, la cohésion sociale, la lutte contre la désinformation, l’insertion économique, la gouvernance et la stabilité institutionnelle. 

La jeunesse centrafricaine demande un renforcement durable des capacités opérationnelles des FACA et des Forces de Sécurité Intérieure, ainsi qu’une intensification de la sécurisation des frontières pour prévenir les infiltrations de groupes armés étrangers. 

Autre priorité : l’accélération du recrutement des jeunes au sein des forces de défense et de sécurité, sur la base du mérite. Les participants proposent également la mise en place d’un mécanisme national d’alerte précoce, impliquant directement les organisations de jeunesse, afin d’anticiper les menaces et d’y répondre efficacement. 

Les jeunes recommandent la création d’un vaste programme d’éducation civique et patriotique, ainsi que l’instauration d’une Journée nationale de la jeunesse pour la paix et l’unité. Ils souhaitent aussi soutenir les initiatives de dialogue intercommunautaire conduites par les jeunes eux-mêmes, convaincus que la cohésion sociale est le socle de la stabilité politique. 

Face aux campagnes de manipulation et aux discours de haine qui fragilisent la société, la Convention propose de renforcer les capacités des jeunes en éducation aux médias et au numérique. Elle appelle à la création d’un observatoire citoyen chargé de lutter contre la désinformation et à soutenir les médias responsables qui contribuent à la consolidation de la paix. 

La jeunesse réclame l’accélération des programmes d’emploi et d’entrepreneuriat, ainsi que la facilitation de l’accès au financement pour les projets portés par les jeunes entrepreneurs. Les métiers de l’agriculture, du numérique et de l’innovation sont identifiés comme des secteurs porteurs, capables de générer des revenus durables et de réduire le chômage. 

Les jeunes souhaitent accroître leur représentation dans les instances nationales de décision et instaurer un cadre permanent de dialogue entre le Gouvernement et les organisations de jeunesse. Ils réaffirment leur attachement au respect de la Constitution et des institutions de la République, condamnant toute tentative de prise du pouvoir par la violence ou des moyens anticonstitutionnels. 

Ils appellent enfin les acteurs politiques à privilégier le dialogue républicain et les voies légales, tout en renforçant la sensibilisation contre le recrutement des jeunes par les groupes armés. 

Vice-président du Conseil consultatif de la jeunesse, Gutenberg Socrate Taramboye a livré un message fort :  « Nous avons décidé aujourd’hui de rassembler cette jeunesse pour lui montrer les origines des crises qui ont secoué la République centrafricaine depuis les années 1960. Mais aussi pour réfléchir à la manière dont elle peut contribuer à la stabilisation de notre pays et à la protection de la souveraineté nationale. » 

Il a insisté sur le rôle central de la jeunesse dans l’histoire récente du pays :  « En 2013, ce sont les jeunes qui se sont mobilisés pour devenir des rebelles et déstabiliser la République. Mais aujourd’hui, cette même jeunesse dit non à la rébellion et affirme que la seule voie pour accéder au pouvoir est celle des élections. » 

Taramboye a également souligné l’importance de renforcer les capacités opérationnelles des forces de défense et de sécurité, tout en rappelant que de nombreux jeunes sont prêts à s’engager dans l’armée. 

La Convention a annoncé la mise en place de comités préfectoraux de veille, chargés de fournir des informations fiables sur la situation sécuritaire dans les provinces. Ces comités auront pour mission d’alerter les autorités en temps réel et de contribuer à la prévention des crises. 

Dans leur déclaration finale, les jeunes centrafricains réaffirment leur engagement à demeurer des acteurs de paix, de cohésion nationale et de développement. Ils se tiennent aux côtés des institutions pour défendre l’unité nationale, la souveraineté de l’État et les acquis démocratiques, dans le respect de la Constitution et de l’État de droit. 

Ils sollicitent la mise en place d’un mécanisme de suivi entre la Présidence, le Gouvernement et les organisations de jeunesse afin d’assurer la mise en œuvre progressive des recommandations. 

La Convention nationale de la jeunesse pour la paix et la sécurité marque une étape décisive dans l’histoire récente de la République centrafricaine. Elle démontre que la jeunesse, longtemps perçue comme un facteur d’instabilité, peut devenir le moteur de la paix et du développement. 

En portant ces recommandations à l’attention du Chef de l’État, les jeunes expriment leur confiance dans l’engagement présidentiel en faveur d’une Centrafrique pacifiée, stable et prospère. Leur message est clair : la jeunesse ne veut plus subir l’histoire, elle veut l’écrire. 

Dieu Beni Anderson Kabou