Le 22 mars 2026, un nouvel incident lié à la transhumance a été signalé dans le village de Kellé-Clair, situé à environ 18 kilomètres de la ville de Bocaranga, sur l’axe menant à Mann.
Selon les informations recueillies, un jeune cultivateur de la communauté locale, âgé d’une trentaine d’années, a surpris un éleveur peulh en train de faire paître ses animaux dans son champ. L’éleveur aurait également arraché des tubercules de manioc pour nourrir son bétail.
Tentant de s’opposer à cette intrusion, le cultivateur s’est retrouvé impliqué dans une vive altercation avec l’éleveur. La situation a rapidement dégénéré en affrontement à l’arme blanche. Au cours de l’échange, les deux hommes se sont mutuellement blessés à coups de machette. L’éleveur peulh a grièvement atteint le cultivateur à l’avant-bras, tandis que ce dernier a infligé à son adversaire plusieurs blessures, notamment à la tête, au bras et aux côtes.
» C’était le dimanche précédent, aux environs de 15h. Mon frère se trouvait de l’autre côté de son champ lorsqu’un Peulh a amené ses bœufs dans le champ, détruisant les cultures en arrachant les tubercules de manioc. La femme de mon frère a surpris le Peulh en train de détruire le manioc. Elle est allée appeler son mari le propriétaire du champ. »
Surpris par l’acte, mon frère a posé la question au Peulh : » Pourquoi enlèves-tu mes tubercules de manioc pour les donner aux bœufs et les détruire en même temps dans mon champ ? Toi, en tant qu’humain, tu manges aussi le manioc, et tu laisses les bœufs le détruire. Trouves-tu cela normal ? Pardon, je ne veux pas d’ennuis avec toi. Prends tes bœufs et dégage d’ici. Le Peulh a voulu négocier avec le propriétaire du champ, mais celui-ci n’a pas voulu l’écouter. Le Peulh a alors sorti une machette et a voulu lui couper la tête. En tentant de se défendre, mon frère a reçu un coup qui lui a sectionné la main gauche. Il s’est défendu à son tour et a blessé le Peulh à la tête avec la machette de ce dernier. Il a essayé de s’échapper, mais malheureusement il est tombé. Le Peulh a récupéré la machette et l’a poignardé au ventre, d’où ses intestins sont sortis.
« Nous avons transporté les deux blessés à 19h à l’hôpital de Bocaranga pour des soins médicaux, mais ce n’est que le lendemain à 9h qu’ils ont pu être pris en charge. Nous vivons uniquement de l’agriculture, mais aujourd’hui les Peulhs nous dérangent. Mon frère a deux femmes et six enfants ; c’est grâce à l’agriculture que nous vivons et que nous payons les frais de scolarité des enfants. Quant aux Peulhs, ils vivent de l’élevage de bœufs. Les gens disent que ce sont les chrétiens qui volent le bétail des Peulhs, mais ici la situation est différente : on vient te provoquer dans ton propre champ. Et pourtant, on dira toujours que ce sont les chrétiens qui volent les bœufs ? » A expliqué Samuel Nah le frère de la victime.
Selon les informations recueillies après les faits, les deux blessés ont d’abord été pris en charge au poste de santé du village, avant d’être transférés au district sanitaire de Bocaranga, où ils reçoivent actuellement des soins appropriés.
Face à la recrudescence de ces conflits liés à la transhumance, les populations locales appellent le gouvernement centrafricain à prendre des mesures urgentes afin d’encadrer les déplacements du bétail et prévenir de nouveaux drames. Si aucune mesure concrète n’est prise, ces incidents risquent de se multiplier et de fragiliser davantage la cohésion sociale dans des zones déjà sous tension comme le Nord Ouest. Plus qu’un simple fait divers, cet incident pose une question cruciale : jusqu’à quand les autorités centrafricaines laisseront-elles ces conflits se répéter sans réponse durable ?
Oloria Sang

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