Edmond Béina, l’un des accusés dans l’affaire dite de Guen, a une nouvelle fois été mis en cause par un témoin protégé lors de l’audience du vendredi 6 février 2026. Il s’agit du témoin identifié sous le code GU5.

Installé dans un isoloir, le témoin, entendu sous anonymat pour des raisons de sécurité, sa voix ayant été brouillée, a relaté les événements survenus en janvier 2014 dans la localité de Guen.

Selon ses déclarations, il se trouvait à Guen depuis 2013. Parmi les six accusés, il affirme en connaître cinq : François Boybanda alias Baléré, Philémon Kahéna, Dieudonné Gomitoua, Edmond Béina et Jean Bahara, qu’il dit avoir connus pendant les événements.

Après avoir prêté serment de dire la vérité, le témoin a expliqué que lors des événements de 2014, aux environs de 6 heures du matin, il avait appris que les Anti-Balaka avaient envahi la ville. Pris de panique, les habitants ont fui. Toutefois, les assaillants auraient demandé aux chrétiens de rester, précisant qu’ils étaient venus s’en prendre aux musulmans et non aux chrétiens, a déclaré le témoin devant la section d’assises de la Cour pénale spéciale (CPS).

Poursuivant son récit, il a indiqué qu’après les premières détonations, il avait vu des corps sans vie, certains tués par balles, d’autres décapités à l’aide de machettes. Plus de 22 corps auraient été dénombrés. C’est à ce moment-là qu’il affirme avoir vu Edmond Béina pour la première fois.

Le lendemain, plus de huit personnes ont été enterrées dans une fosse commune. Au troisième jour, des habitants ont été regroupés dans la concession du chef Ali Garba. Ce jour-là, plus de 42 personnes auraient été tuées, parmi lesquelles figuraient des amis et des membres de sa famille.

Le témoin a ajouté qu’Edmond Béina avait fait prisonnier Ali Garba, ainsi que deux jeunes issus d’une même famille. Ces personnes auraient ensuite été conduites par Jean Bahara au cimetière pour y être exécutées.

D’après le témoin, le massacre de Guen s’est produit sur ordre d’Edmond Béina. « C’est à cause de Béina que le massacre de Guen a eu lieu. Sur ses ordres, Bandjoukou a été tué. C’est lui qui est venu montrer la population et qui a donné l’ordre à Jean Bahara d’aller tuer Bandjoukou. Béina était impardonnable », a déclaré le témoin GU5.

Il a également affirmé qu’à son arrivée à Guen, Edmond Béina exerçait une autorité totale sur les Anti-Balaka. Lui et Jean Bahara étaient, selon lui, les plus puissants, Béina étant le chef suprême du mouvement dans la zone.

Le témoin a précisé que même des civils n’appartenant pas à la coalition Séléka avaient été pris pour cible. En conclusion de son témoignage, il a demandé que justice soit rendue pour les actes attribués à Edmond Béina.

Prenant la parole, le ministère public a interrogé le témoin sur les responsabilités des accusés. Le substitut du procureur a notamment posé des questions sur la durée du séjour d’Edmond Béina et de ses hommes à Guen, les conditions d’ensevelissement des 22 corps ainsi que leur état. « Sur les corps, on retrouvait des blessures causées par des machettes et des armes à feu », a expliqué le témoin.

La défense de Jean Bahara a demandé au témoin s’il avait vu personnellement ce dernier commettre des exactions. Concernant le meurtre de Bandjoukou, le témoin a affirmé l’avoir vu être transporté sur une moto.

Les avocats de la défense ont toutefois contesté la crédibilité du témoignage, estimant que les déclarations du témoin ne reposent sur aucune preuve tangible. Selon eux, il aurait menti et ne serait pas en mesure de démontrer l’implication de leurs clients.

S’agissant de Philémon Kahéna, François Boybanda, Mathurin Kombo et Dieudonné Gomitoua, le témoin a reconnu ne les avoir jamais vus participer directement aux exactions ni tuer des personnes. En conclusion, la défense a soutenu que leurs clients n’avaient pris aucune part aux faits qui leur sont reprochés.

Contexte sécuritaire

Le massacre de Guen met en lumière l’absence de l’autorité de l’État à cette période. Les forces de défense et de sécurité (gendarmes et policiers) avaient en effet abandonné la localité.

Après l’arrivée des ex-Séléka, la population vivait dans la peur, ces derniers se livrant à de nombreuses exactions. Lorsque les Anti-Balaka sont arrivés à Guen, les ex-Séléka avaient déjà quitté la ville. Cette audience qui se poursuit vise à rechercher les vrais auteurs de ces actes.

Déus Gracias Tchémanguéré