Après près de 10 ans (2016-2026) à la Magistrature suprême de l’État, le président centrafricain Faustin Archange Touadéra veut se positionner comme l’homme qui a redressé l’économie centrafricaine après la crise militaro-politique de 2013.

Dans son discours sur l’état de la Nation, le chef de l’État centrafricain a défendu son bilan économique. Il a déclaré qu’en dépit du contexte économique international et national toujours marqué par des chocs climatiques, des tensions géopolitiques ainsi que des défis financiers et énergétiques, l’économie centrafricaine a confirmé en 2025 la résilience déjà démontrée durant la crise sanitaire de la Covid-19.

Elle a ainsi poursuivi son redressement, portant la croissance de l’activité économique à 3,0 % en 2025, contre 1,9 % en 2024.

Pour lui, ce résultat est la conséquence directe de l’amélioration progressive de l’accès à l’électricité, avec une capacité de production qui a triplé en 10 ans, passant de 37 mégawatts à plus de 140 mégawatts, de la mise en œuvre des réformes visant à améliorer l’approvisionnement en carburant, de la hausse de la production minière, en particulier du secteur aurifère dont les exportations ont été multipliées par 10, du déploiement de la 4G et de l’accélération des services de Mobile money, de l’accélération de la réalisation des travaux d’infrastructures financés par les bailleurs, tels que le Corridor 13 et l’aéroport international Bangui M’Poko, des progrès importants réalisés dans la digitalisation des systèmes d’administration fiscale et de gestion des finances publiques, ainsi que de la mise en œuvre prochaine des projets structurants du PND 2024-2028.

« De façon plus concrète, nous pouvons nous réjouir de l’évolution du secteur réel. En effet, toutes les composantes du secteur primaire, secondaire et tertiaire ont connu une nette progression par rapport à l’année dernière. C’est le cas notamment de la branche agricole avec une production vivrière qui s’est accrue de 2,5 % et un regain de la production du café de plus de 7 %, de la production et de l’exportation de bois sciés qui se sont accrues respectivement de 5,5 % et de plus de 10 %, nous rapprochant progressivement de la norme communautaire en matière d’exportation de bois transformés, des industries manufacturières dont le chiffre d’affaires a accru de près de 14 %, du secteur des bâtiments et travaux publics dont le chiffre d’affaires s’est apprécié de plus de 12 %. Le secteur tertiaire n’est pas en reste. Les progressions enregistrées par le commerce général, environ 14 % d’augmentation des ventes, traduisent un regain de la demande intérieure », a déclaré Faustin Archange Touadéra.

Par ailleurs, l’augmentation du trafic aérien de plus de 8 %, du nombre de passagers de 7,5 % et du fret aérien de 14 %, ainsi que celle du chiffre d’affaires du secteur hôtelier de 16 %, témoignent de l’amorçage d’un dynamisme économique conforme à la vision du PND 2024-2028, dénommé « Ambition 28 », estimé à 12,8 milliards de dollars américains.

Les efforts de relance de l’économie centrafricaine se sont également illustrés par le changement de perception de la communauté internationale et l’évolution du narratif.

« Nous avons également, dans cet élan visant à redonner à notre pays sa place au sein de la sous-région, mis en œuvre la réhabilitation de tous les ouvrages communautaires, notamment le siège historique de la CEMAC, l’École Inter-États des Douanes et l’ancienne direction nationale de la BEAC, pour un montant total de 5 milliards de FCFA, ayant permis le retour effectif de ces institutions à Bangui. »

Finances publiques et collecte des recettes

Sur le front des finances publiques, Faustin Archange Touadéra a indiqué que le chantier de l’assainissement et de la modernisation de l’administration financière se poursuit. « L’objectif visé depuis mon accession à la magistrature suprême est celui de permettre à notre pays d’arracher son indépendance financière, afin de répondre aux besoins régaliens, combien importants, de l’État et de faire face à la demande sociale. Cet objectif se pose avec une grande acuité dans un contexte de recul du multilatéralisme, avec pour corollaire une raréfaction des financements externes. »

« La collecte de nos recettes domestiques demeure donc le pilier central de nos réformes. Nous pouvons nous réjouir d’avoir fait progresser nos ressources internes de 84 milliards de FCFA en 2016 à plus de 160 milliards de FCFA aujourd’hui, grâce aux réformes courageuses engagées par le Gouvernement, avec le soutien des partenaires techniques et financiers. » A-t-il ajouté.

Cette réalisation est due au soutien des partenaires, dont le FMI avec qui le Gouvernement a conclu, en avril 2023, un programme de Facilité élargie de crédit (FEC), financé à hauteur de 200 millions de dollars américains, à la conclusion des quatre premières revues ayant permis le décaissement d’environ 124 millions de dollars américains, ainsi qu’à la mobilisation de financements extérieurs auprès de la Banque mondiale à hauteur de 80 millions de dollars américains et de la Banque africaine de développement à hauteur de 12 milliards de FCFA.

Il a donc instruit le Gouvernement de poursuivre les réformes afin d’atteindre cette cible dans les trois années à venir. Dans l’immédiat, il est question de travailler dans le sens de garantir le succès des deux dernières revues du programme, en commençant par la cinquième revue dont le passage au Conseil d’administration du FMI est imminent.

« Je voudrais particulièrement féliciter le Gouvernement pour la prise en charge des dépenses des fonctionnaires et agents de l’État nouvellement intégrés dans la fonction publique, à hauteur de 18 milliards de FCFA. »

Bonne gouvernance

En matière de bonne gouvernance, l’adoption en mai 2023 d’une nouvelle loi portant prévention et répression de la corruption et des infractions assimilées, qui a permis d’améliorer le cadre de répression des délits de prédation et d’abus des biens publics, a été citée par le président comme exemple.

Le Gouvernement a également mis en place un nouveau cadre de coordination et de gestion de la dette publique afin d’apporter plus de lisibilité et de transparence dans la politique d’endettement de l’État.

Concernant le climat des affaires, les efforts d’amélioration se poursuivent sur plusieurs fronts. Il y a notamment la promulgation, le 21 août 2024, du nouveau Code minier, élaboré avec le concours de la Banque mondiale, qui offre l’opportunité d’assainir le secteur, d’attirer davantage d’investisseurs et d’accroître les recettes publiques.

Les piliers stratégiques figurant dans ce projet sont : la transformation industrielle, l’encadrement des crédits carbone, l’optimisation de la valorisation et de la distribution des superficies, l’élargissement de l’assiette fiscale et la révision du cadre d’octroi des permis semi-industriels.

Appui aux PME

Avec l’appui de la Banque mondiale, la Centrafrique a conduit un projet d’amélioration de la compétitivité des entreprises visant, à terme, 5 000 jeunes entrepreneurs et ambitionnant d’opérationnaliser le Fonds national de garanties et d’investissement pour les très petites entreprises et les Petites et Moyennes Entreprises, afin de faciliter leur accès aux financements bancaires.

Par ailleurs, plusieurs textes structurants ont été pris pour faciliter le climat des affaires, notamment le Code du commerce révisé, la loi sur les partenariats public-privé ainsi que le nouveau Code du travail.

Afin de susciter davantage d’investisseurs, Touadéra a aussi instruit le Gouvernement de mobiliser les partenaires techniques et financiers et de rédiger, dans les meilleurs délais, les textes d’application de la loi portant sur le Partenariat public-privé.

« Il convient de noter que ces avancées ont été obtenues grâce au concours et à l’accompagnement de tous nos partenaires techniques et financiers que je tiens à saluer ici. »

Cependant, en plus des résultats encourageants enregistrés en matière de gestion des finances publiques, de nombreux défis subsistent encore. A reconnu le chef d’Etat dans son discours. C’est pourquoi le Gouvernement doit maintenir le cap et travailler en bonne intelligence avec tous nos partenaires techniques et financiers pour poursuivre le chantier des réformes restantes, notamment une meilleure collecte des droits et taxes, la poursuite de la digitalisation de toutes les administrations financières afin de sécuriser les recettes de l’État et de lutter contre la fraude et la corruption.

Concernant la promotion de la transparence et de la bonne gouvernance, l’arrimage aux textes de la Cour des comptes, certificateur des comptes publics, doit également faire partie des réformes prioritaires.

Pour sécuriser les recettes, améliorer les relations de l’administration fiscale avec les contribuables et lutter contre la fraude, le Gouvernement a développé, avec l’appui de ses partenaires techniques et financiers, plusieurs outils informatiques (eTax, Sydonia World, eTVA SIM_ba, etc.) en vue d’accompagner les régies financières.

Ce recours aux outils digitaux permettra, à moyen terme, d’assurer une meilleure traçabilité de nos recettes propres tout en augmentant la productivité des agents impliqués dans la collecte des droits et taxes.

Commerce et industrie

Dans le domaine du commerce et de l’industrie, le pays s’est doté, pour la première fois, d’une politique nationale de développement du commerce et de l’industrie, assortie d’une stratégie de mise en œuvre de la ZLECAF, ouvrant à nos opérateurs économiques le marché continental.

Dans la même dynamique, le Plan de développement industriel et le Programme de mise à niveau des entreprises constituent des outils essentiels pour renforcer notre compétitivité.

Des résultats ont été enregistrés à la suite des réformes entreprises, notamment :

– 18 407 entreprises ont vu le jour pour plus de 33 000 emplois créés ;

– 82 investisseurs attirés par la Charte des investissements pour un montant de 327 milliards de FCFA, annonciateurs de près de 10 000 emplois potentiels ;

– 456 groupements agricoles (sésame et maïs) ont été accompagnés vers la transformation ;

– un dispositif moderne de surveillance du marché a été mis en place pour garantir le respect des normes en vigueur et contenir l’inflation ;

– 11 sites de Zones économiques spéciales ont été identifiés, avec le site de Boali comme zone pilote ;

– une usine de production d’huile de palme d’une capacité de 600 litres par jour a été construite au village Bimon, situé à 35 km sur la route de Mbaïki.

Dans le domaine de la promotion du secteur privé, le taux de formalisation des Très Petites Entreprises dirigées par les femmes est passé de 12 % en 2024 à plus de 15 % en novembre 2025. Le niveau des impôts déclarés et payés est passé de 7 % en 2024 à plus de 9 % à fin novembre 2025.

Par ailleurs, dans le domaine des transports et de l’aviation civile, un secteur qui apporte également de l’argent à ‘économie, quelques grands projets d’infrastructures routières et de transport ont été mis en œuvre afin d’améliorer le maillage routier du territoire national, de mieux connecter nos régions et de relier la République centrafricaine aux pays voisins.

Sur le plan du transport routier, le pays dispose aujourd’hui d’une Agence nationale de sécurité routière grâce au financement de la Banque mondiale.

Résultats : réhabilitation du siège du Bureau d’Affrètement Routier Centrafricain (BARC) en 2019, construit trois gares routières à Bouar, Bambari et Bria, deux aires de repos à Yaloké et Galo, ainsi qu’un port sec au PK 26.

Au niveau du transport fluvial, signature des conventions bipartites en matière de transports avec le Congo en 2018 et la Guinée équatoriale en 2025. Dans ce cadre, des espaces dédiés au transit des marchandises à destination et en provenance ont été obtenus par la signature de protocoles d’accord avec les ports en eau profonde de Pointe-Noire au Congo, de Kribi au Cameroun et de Bata en Guinée équatoriale.

Pour les prochaines années, le président Touadéra ambitionne de mettre en valeur des espaces dédiés au transit des marchandises dans les ports de Pointe-Noire, de Douala et de Kribi.

Il a aussi rappeler que de grands travaux d’infrastructures routières ont été réalisés tant à Bangui qu’en provinces ces dernières années. Le chef d’Etat a cité la section de la route Sibut–Dékoua–Kaga Bandoro–Bamingui–Ndélé, longue de 522 km, comme exemple.

Au regard de ces quelques réalisations, des proches du Président de la République, au pouvoir depuis 2016 estiment que l’économie du pays a changé de visage, contrairement à la situation de 2013-2016.

Déus Gracias Tchémanguéré