Entrepreneur centrafricain et Président-Directeur Général de GA Group Company, Anis Zowe Nganyade plaide pour une coopération sino-centrafricaine davantage tournée vers le transfert de technologies, le renforcement des compétences et l’investissement productif. Fort de plusieurs missions effectuées en République populaire de Chine et de partenariats noués avec des entreprises chinoises, il expose, dans cet entretien accordé à Oubangui Médias, sa vision du développement de la République centrafricaine, les opportunités offertes aux jeunes ainsi que les secteurs stratégiques dans lesquels cette coopération pourrait être renforcée.

Oubangui Médias : Bonjour Monsieur, présentez-vous à nos lecteurs et parlez-nous de votre parcours professionnel.

Anis Zowe Nganyade : Avant tout, permettez-moi de remercier chaleureusement l’Ambassade de la République populaire de Chine en République centrafricaine pour la qualité de son accompagnement et de ses conseils dans le cadre du partenariat de collaboration qui nous lie. Il s’agit d’un partenariat basé sur le dialogue, le partage d’expériences et, surtout, la facilitation des échanges au service du renforcement de la coopération entre nos deux pays.

Je remercie également Oubangui Médias pour cette invitation. Je m’appelle Anis Zowe Nganyade. Je suis un jeune entrepreneur centrafricain. Je suis le Président-Directeur Général de GA Group Company et mon parcours m’a conduit à évoluer dans divers domaines : la communication, le développement des affaires, le commerce international et l’entrepreneuriat.

J’ai également servi en République centrafricaine en tant que conseiller en communication chargé des relations extérieures à la mairie de Bangui, de mars 2024 à décembre 2025. Aujourd’hui, je me consacre pleinement au développement de ma compagnie, avec l’ambition de créer des ponts économiques entre la République centrafricaine et ses partenaires internationaux afin d’attirer les investisseurs, de favoriser le transfert de technologies et, surtout, de contribuer au développement de notre pays.

Oubangui Médias : Vous avez effectué plusieurs missions en Chine. Dans quel cadre s’inscrivent ces différents déplacements et quels sont les principaux objectifs ?

Anis Zowe Nganyade : En fait, ces différentes missions s’inscrivent dans une démarche de coopération économique, de renforcement des capacités et de développement de partenariats stratégiques entre les entreprises chinoises et la République centrafricaine.

J’ai eu l’honneur de participer à plusieurs programmes de haut niveau en République populaire de Chine. En juillet 2025 par exemple, j’ai suivi avec succès deux formations portant sur la gestion urbaine et la gouvernance sociale, qui m’ont permis de mieux comprendre les politiques publiques ayant accompagné le développement des villes chinoises, c’est-à-dire comment la République populaire de Chine développe ses différentes villes.

En septembre 2025, j’ai également participé au programme de formation destiné aux jeunes leaders centrafricains, une initiative qui visait à renforcer les capacités de la nouvelle génération de dirigeants de notre pays dans les domaines du leadership, de la coopération internationale et du développement.

Enfin, ma dernière mission datait du mois de mai 2026 et s’inscrivait dans un cadre purement privé avec ma société. Il ne s’agissait plus uniquement de formation, mais plutôt d’une mission économique qui visait à conclure des partenariats concrets avec plusieurs entreprises et multinationales chinoises au bénéfice de notre pays, la République centrafricaine.

Oubangui Médias : Au cours de vos différents séjours en Chine, quelle expérience ou quel enseignement vous a le plus marqué ?

Anis Zowe Nganyade : Ce qui m’a le plus marqué, c’est la capacité de la République populaire de Chine à transformer une vision en une réalisation concrète. Ce qui m’a marqué, c’est que les infrastructures les plus importantes reposent sur une culture fondée sur la discipline, la planification à long terme, l’innovation, la formation continue et, surtout, la recherche de l’excellence.

Il faut reconnaître qu’en Chine, les Chinois sont très perfectionnistes. Ce sont des gens qui ne font pas les choses à moitié. Ils font les choses en grand et leur vision est portée sur le long terme afin de créer des réalisations d’envergure.

J’ai également participé à ces différentes formations. On nous a montré, de manière concrète, comment ils planifient leurs projets, et c’est vraiment extraordinaire.

Mon séjour m’a particulièrement marqué, surtout dans la ville de Chongqing. Il faut savoir qu’un accord de jumelage entre la ville de Bangui et la ville de Chongqing a été signé en mars 2025 sous le leadership du Chef de l’État. Ce projet avait été porté par le maire sortant, Émile Gros Raymond Nakombo dont j’étais à ses côtés comme Conseiller en Communication.

Grâce à cette coopération, nous avons pu nous rendre en République populaire de Chine dans le cadre de la bourse du maire de Chongqing. Cet accord a permis à la République centrafricaine de bénéficier énormément de compétences et d’avantages auprès de la République populaire de Chine.

Récemment, la ville de Bangui a reçu des tonnes de médicaments de la part de la ville de Chongqing. Il ne s’agissait pas uniquement des dons accordés par la République populaire de Chine. Le point le plus marquant est qu’un projet visant à mettre en place une unité de montage d’ordinateurs et de motos électriques avait été porté par le Chef de l’État et l’équipe municipale sortante.

Nous espérons que le Maire actuel et son équipe élue poursuivront ce travail afin que ces projets deviennent effectifs dans notre pays et apportent une véritable plus-value à l’économie centrafricaine.

Ce que nous avons retenu de notre séjour en Chine, c’est que les Chinois sont prêts à venir apporter quelque chose de concret. Ce n’est pas seulement nous donner du poisson, mais aussi nous apprendre à pêcher. C’est vraiment cette vision et cette politique qui ont été portées, et nous souhaitons qu’elles se concrétisent et se poursuivent.

Oubangui Médias : Vous êtes entrepreneur et récemment certifié en innovation urbaine et construction numérique. En quoi cette expertise peut-elle contribuer au développement de la République centrafricaine ?

Anis Zowe Nganyade : Le BIM (Building Information Modeling) représente aujourd’hui une véritable révolution dans les métiers de la construction. Cette technologie permet de concevoir les infrastructures de manière numérique avant leur réalisation, d’améliorer la qualité des ouvrages, de réduire les coûts, de limiter les erreurs techniques et d’optimiser les délais d’exécution.

Pour un pays comme la République centrafricaine, engagé dans un important processus de développement de ses infrastructures, cette expertise constitue une réelle opportunité. Elle permettra de construire des logements modernes, des bâtiments publics, des écoles, des hôpitaux et des villes plus intelligentes, tout en maîtrisant les coûts.

Il faut également souligner que Bangui fait partie des programmes de lutte contre le réchauffement climatique. À ce titre, le maire sortant, Émile Gros Raymond Nakombo, qui fut ambassadeur Énergie-Climat de la CEEAC, avait porté un projet de reboisement de la colline Bas-Oubangui afin de créer un poumon vert. Toutes ces initiatives s’inscrivent dans une vision moderne de l’urbanisme où le BIM peut apporter une contribution concrète, tant dans la construction que dans la lutte contre le changement climatique.

Oubangui Médias : Comment comptez-vous mettre à profit les compétences acquises et les partenariats noués en Chine au bénéfice de la République centrafricaine ?

Anis Zowe Nganyade : Ma dernière mission en Chine, en mai 2026, a marqué une étape importante dans la concrétisation des compétences acquises au cours de nos différentes formations.

Ma société a signé plusieurs accords de partenariat stratégique avec des multinationales et de grands groupes chinois. Ces accords portent notamment sur le développement de solutions de logements préfabriqués à partir de conteneurs maritimes et de structures en acier léger. L’objectif est de proposer aux Centrafricains des logements modernes, écologiques, rapides à construire et accessibles.

Nous avons également engagé des discussions avec des partenaires et des investisseurs chinois autour d’un projet majeur de centrale électrique, capable d’assurer un approvisionnement constant en électricité pour Bangui, avec une vision qui pourrait également bénéficier à la sous-région.

Notre objectif est clair : favoriser le transfert de technologies, attirer des investisseurs productifs, créer des emplois et contribuer à l’industrialisation progressive de notre pays.

À travers cette interview, j’appelle également les autorités à maintenir cette dynamique de collaboration afin que les efforts engagés ne soient pas vains.

Oubangui Médias : Selon vous, quels sont aujourd’hui les principaux secteurs dans lesquels la coopération entre la République centrafricaine et la Chine pourrait être davantage renforcées afin que la RCA en tire un meilleur bénéfice ?

Anis Zowe Nganyade : Je pense que la coopération entre la République centrafricaine et la République Populaire de Chine peut encore être renforcée dans plusieurs secteurs stratégiques, notamment les infrastructures, l’énergie, l’agriculture, la transformation industrielle, le numérique, l’habitat, le transport, la santé, l’éducation, la formation professionnelle ainsi que le développement des petites et moyennes entreprises.

Il est également important de multiplier les échanges universitaires, les programmes de bourses, les formations et les partenariats entre les entreprises afin de favoriser un véritable transfert de compétences.

Oubangui Médias : Avant de conclure, quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes Centrafricains qui aspirent à entreprendre ou à saisir les opportunités offertes par la coopération entre la Chine et la République centrafricaine ?

Anis Zowe Nganyade : En tant que jeune entrepreneur et coach en développement personnel et en affaires, je voudrais dire à la jeunesse centrafricaine que les opportunités existent, mais qu’il faut savoir s’y préparer.

La République populaire de Chine nous montre qu’avec une vision claire, une bonne formation, beaucoup de discipline et de travail, il est possible de transformer profondément un pays.

J’encourage les jeunes à développer leurs compétences, à apprendre les langues étrangères et à s’intéresser aux métiers d’avenir. La maîtrise de l’anglais et quelques notions de chinois m’ont beaucoup aidé dans mes échanges et dans la réalisation de plusieurs partenariats.

Je les invite également à développer un véritable esprit entrepreneurial. Notre système éducatif nous prépare souvent à devenir employés, alors que notre pays a aussi besoin de créateurs d’entreprises. Ce sont les entrepreneurs qui stimulent l’économie, créent des emplois, paient leurs impôts et contribuent au développement national.

La coopération entre la République populaire de Chine et la République centrafricaine offre aujourd’hui de nombreuses perspectives. Il appartient désormais à notre jeunesse de les saisir. Nous disposons notamment d’un centre de langue chinoise à l’Université de Bangui, qui constitue une opportunité pour acquérir de nouvelles compétences.

Je reste convaincu que l’avenir de la République centrafricaine dépendra avant tout de la qualité de l’engagement de ses femmes et de ses hommes au service du développement du pays.

Oubangui Médias : M. Anis Zowe Nganyade, nous vous remercions

Anis Zowe Nganyade : Je vous remercie.

Interview réalisée par Milca Bissidi