VIII. Observations  

69. Le processus de paix est en cours ; le Gouvernement a prouvé son adhésion et son engagement en faveur de l’application de l’Accord politique et de la feuille de route conjointe par l’organisation de la deuxième réunion d’examen stratégique. J’exhorte le Gouvernement à profiter de la dynamique créée par la réadhésion à l’Accord politique du chef du Mouvement patriotique pour la Centrafrique, Mahamat Al-Khatim, pour mener à bien la démobilisation, le désarmement, le rapatriement et la réintégration des combattants du groupe. Je l’exhorte également à poursuivre son dialogue avec les groupes armés dans le cadre du processus de paix, et je demande à tous les groupes armés de déposer les armes et de participer sans délai à ce processus.  

70. La paix et les avancées politiques doivent s’accompagner d’une expansion constante de l’autorité de l’État, assorties de dividendes de paix tangibles pour le peuple centrafricain. Je salue donc les efforts de médiation et de réconciliation en cours, grâce auxquels les mesures de stabilisation coordonnées des forces de défense nationale et de la MINUSCA ont créé un environnement propice à la décentralisation et à l’avancement du processus de paix. 

71. Je prends note de l’engagement pris par M. Touadera de préserver l’espace politique. Le débat politique pacifique et démocratique doit être préservé et facilité pour enrayer le cycle de la rébellion armée. Sans lui, il sera impossible d’organiser de manière pacifique des élections locales en octobre 2024, indispensables pour élargir l’espace politique, promouvoir la décentralisation et apaiser les divisions sociétales. Je demande au Gouvernement de poursuivre le dialogue avec l’opposition politique, et à celle-ci d’y participer de manière constructive. J’exhorte les autorités centrafricaines compétentes à prendre et à appliquer des mesures de confiance en vue d’élections fiables et sans exclusive. Il est essentiel de respecter les jalons clés en temps voulu, notamment la présentation de la liste électorale mise à jour, qui permet aux personnes déplacées, aux rapatriés et aux nouveaux électeurs, entre autres, de voter. Je réitère mon appel aux partenaires internationaux et régionaux pour qu’ils apportent un soutien financier au panier de fonds du Programme des Nations Unies pour le développement afin de permettre l’exécution en temps voulu des activités prévues dans le calendrier électoral.  

72. Je suis profondément préoccupé par l’instabilité persistante de la situation en matière de sécurité, en particulier dans les zones frontalières et les zones de transhumance, aggravée par l’absence de l’autorité de l’État et des perspectives socioéconomiques limitées. L’appui que donne la MINUSCA aux forces de sécurité nationale pour stabiliser les points chauds continue d’être utile, comme le montre l’exemple de Nzakoundou, où les efforts intégrés du Gouvernement, de la MINUSCA et de l’équipe de pays des Nations Unies ont permis de sécuriser la localité, d’aider la population et d’acheminer l’aide humanitaire. Les mécanismes d’alerte rapide et de prévention sont indispensables pour empêcher les violences liées à la transhumance, et à cet égard, les efforts faits par la MINUSCA pour améliorer l’efficacité de ses systèmes de collecte d’informations visant à évaluer les menaces, améliorer son dispositif de prévention et de préemption et assurer une protection fiable des populations restent essentiels.  

73. Je salue les initiatives du Gouvernement visant à appliquer la politique frontalière nationale en collaborant avec des partenaires internationaux sur un plan d’action décennal. Néanmoins, la porosité de la frontière reste un défi important et pose des risques graves pour les civils, comme on l’a vu dans le nord-ouest, particulièrement dans les préfectures de Lim-Pendé et de l’Ouham. La République centrafricaine ne pourra pas, à elle seule, s’attaquer à l’insécurité causée par les mouvements transfrontaliers d’éléments armés, qui compromettent la stabilité régionale et nécessitent une approche régionale fondée sur des relations de bon voisinage.  

74. La situation humanitaire en République centrafricaine demeure préoccupante. Je constate une légère réduction des besoins, mais je crains qu’une augmentation de réfugiés en provenance du Soudan n’entraîne une nouvelle détérioration de la situation humanitaire dans le pays. Nous devons rester prêts à aider les personnes qui en ont besoin. J’apprécie l’appui que la communauté internationale a donné à l’appel humanitaire lancé en faveur de la République centrafricaine et je lui demande un soutien supplémentaire pour répondre aux besoins les plus urgents de la population en détresse.

75. Je condamne fermement l’utilisation d’engins explosifs, qui font des morts et des blessés parmi le personnel de maintien de la paix et limitent l’accès à une aide humanitaire vitale. Je salue la contribution du soldat de la paix tué le 15 janvier alors qu’il facilitait l’acheminement de l’aide humanitaire et je rends hommage au courage et au sacrifice de toutes les personnes qui continuent d’oeuvrer au service de la paix dans des conditions très difficiles et souvent très dangereuses. Les attaques visant les civils, le personnel humanitaire et les forces de maintien de la paix mettent en péril la vie et l’avenir de toutes les personnes qui se trouvent dans le pays et doivent cesser immédiatement. J’invite instamment le Gouvernement à tout mettre en œuvre pour que des enquêtes soient menées et des poursuites engagées contre tous les auteurs de ces attaques.  

76. Dans un contexte économique difficile, je salue l’appui des partenaires à la République centrafricaine et demande un soutien plus important et plus durable au pays et à son peuple. Le développement socioéconomique est essentiel à la paix et à la stabilité durables du pays. J’encourage le Gouvernement et les partenaires à continuer de faire preuve d’ouverture pour la fourniture de services sociaux et d’initiatives de relèvement afin de renforcer les débouchés socioéconomiques, en particulier au niveau local. Le manque de liquidités du Trésor public continue de retarder le paiement des salaires des fonctionnaires. Je salue donc la poursuite par le Gouvernement des réformes visant à améliorer la collecte de l’impôt.  

77. Les violations des droits humains et atteintes portées à ces droits, les violences sexuelles liées aux conflits et les violations du droit international humanitaire commises par l’ensemble des parties au conflit sont inacceptables et doivent cesser. J’exhorte toutes les parties au conflit à mettre fin immédiatement à ces violations des droits humains et aux atteintes à ces droits et à les prévenir, conformément au droit international humanitaire et au droit international des droits humains. Dans le même temps, il est encourageant de constater que des progrès ont été accomplis au cours de la période considérée, et que des engagements ont été pris par le Gouvernement à l’occasion du soixante-quinzième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, notamment d’appliquer sa politique nationale des droits humains pour remplir ses obligations au titre des traités internationaux relatifs aux droits de l’homme et de créer un mécanisme national pour la prévention de la torture.  

78. Je me félicite de la reprise des audiences pénales par le tribunal militaire et de l’ouverture par la Cour pénale spéciale du procès de sa deuxième affaire, qui témoignent d’un progrès dans la lutte contre l’impunité, qui est une priorité pour mettre fin au cycle de la violence et promouvoir la réconciliation. Les trois audiences criminelles tenues en une seule année par la Cour d’appel de Bangui sont sans précédent et témoignent du renforcement du système de justice pénale dans cette juridiction. Je salue également le procès de l’affaire concernant les deux Casques bleus marocains tués lors d’une attaque contre le village de Zémio le 3 janvier 2017. La condamnation d’un individu dans cette affaire est un pas important vers l’obligation de rendre des comptes pour les crimes commis contre les soldats de la paix.  

79. Je condamne tout acte d’exploitation et d’atteinte sexuelles commis par les membres du personnel des Nations Unies et réaffirme mon attachement à la tolérance zéro face à de tels actes. Je demande aux pays fournisseurs de contingents ou de personnel de police de s’acquitter de leurs obligations en garantissant des enquêtes rapides sur les cas signalés par l’Organisation, afin que les auteurs des faits rendent compte de leurs actes et que les demandes de reconnaissance de paternité soient réglées.  

80. Je salue les progrès réalisés par le Gouvernement pour ce qui est d’étendre la présence de l’État dans les zones historiquement marginalisées, notamment en affectant des fonctionnaires dans ces régions, avec l’appui de la MINUSCA. Cependant, l’infrastructure limitée continue d’entraver la consolidation des acquis de la paix obtenus de haute lutte. Des investissements seront nécessaires pour que la MINUSCA puisse aider le Gouvernement à restaurer durablement l’autorité de l’État et continuer à intervenir rapidement face aux menaces de sécurité. J’encourage toutes les parties prenantes, y compris les pays fournisseurs de contingents et les autres partenaires de la République centrafricaine, à contribuer à l’amélioration de la mobilité de la Mission et de ses capacités de logistique, de renseignement et d’alerte rapide, qui sont essentielles à la protection des civils et à la sûreté et à la sécurité des soldats de la paix.

81. Je souhaite enfin remercier la Représentante spéciale pour la République centrafricaine et Chef de la MINUSCA pour son leadership dynamique et efficace. Je remercie le personnel en civil et en tenue de la MINUSCA et l’équipe de pays des Nations Unies pour leur dévouement dans l’accomplissement de leurs tâches, souvent dans des situations difficiles, ainsi que les pays qui fournissent des contingents ou du personnel de police. Enfin, j’exprime ma gratitude aux organisations régionales, multilatérales et non gouvernementales et à tous les autres partenaires, y compris les pays donateurs, pour leur contribution inestimable à la paix en République centrafricaine.