Sur une distance de 70 km, un véhicule 4×4 peut facilement faire 5h du temps au lieu de 45 mn,  un véritable calvaire pour  les camions à cause de la dégradation avancée des routes. Cette dégradation est l’une des causes de la hausse des prix de produits de première nécessité dans les localités de Dékoa et de Kaga-Bandoro. La ville de Kaga-Bandoro a été pourtant désignée pour abriter la Journée mondiale de l’Alimentation (JMA) 2023.

La RCA est un pays enclavé dont son économie est reposée sur deux piliers à savoir l’agriculture et les richesses forestières. Mais la libre circulation des biens et des personnes reste un défi majeur à cause de la dégradation avancée des routes d’une part et l’insécurité d’autre part. Le cas patent est l’axe Sibut-Dékoa et Dékoa-Kaga-Bandoro, qui, malgré les travaux de colmatage exécuté dans le cadre du projet « Londo » financé par la Banque mondiale, ces axes sont dans un état très critique selon le constat de l’Oubangui Médias de passage dans ces préfectures du nord-est, du 18 au 23 septembre 2023.

Selon notre constat, il ne se passe pas un seul jour sans que des cas d’accidents soient enregistrés sur cet axe.

Un conducteur de camion que nous avons interrogé interpelle les autorités sur l’état de ces routes : « Monsieur le journaliste, vraiment les mots me manquent pour décrire ce que nous endurons sur cet axe. Je me demande si réellement nous avons des autorités dans ce pays. Elles ne se soucient pratiquement pas de nous qui sommes à l’intérieur du pays alors que c’est grâce à ce que nous produisons que la ville de Bangui peut vivre », s’indigne ce conducteur de camion.

Selon ce conducteur, depuis les évènements des rebelles de la Seleka en  2013, aucune réhabilitation n’est enregistrée  sur cet axe malgré l’annonce de la tenue de la Journée Mondiale de l’Alimentation (JMA) de cette année à  Kaga-Bandoro. Jusque-là, rien n’est encore fait ! Il s’en inquiète.

L’état de dégradation des routes a pour conséquence directe la hausse du prix des produits de première nécessité.  En revanche, un  morceau de savon qui se vendait à 200 FCFA coûte actuellement 300 FCFA à Kaga-Bandoro, une ville située à seulement 343 Km de Bangui.

Est-ce un manque de volonté politique ?

En 2017, le gouvernement centrafricain et la Banque mondiale avaient élaboré une étude de stratégie multisectorielle des transports qui vise à favoriser l’accès des couches les plus pauvres au transport afin de répondre à leur besoin spécifique.

Les préfectures de la Nana-Gribizi (Kaga-Bandoro) et des villes périphériques sont riches en produits agricoles qui devraient nécessairement ravitailler Bangui mais la dégradation avancée des routes ne favorise pas l’évacuation de ces produits. Un véritable manque à gagner pour l’économie centrafricaine et pour la sécurité alimentaire.

Face à cette pénible situation, la population se voit obligée de pratiquer la culture  vivrière au lieu de la culture de rente car, l’écoulement des produits reste un défi majeur.  La cuvette de manioc qui se vend à 3500 FCFA  à Bangui coûte 1250 à Kaga-Bandoro voire 1000 FCFA pendant la saison sèche.

Au regard de la densité de la production rurale, le transport apparaît comme un maillon fort pour l’économie de la RCA. Il est important de souligner que l’entretien routier est à chaque fois inscrit dans les lois de finances. Et celui-ci fait partie des priorités du gouvernement. Mais en réalité, les routes sont de plus en plus dégradées à l’intérieur du pays.

Jadis zone économique du pays au regard de son ancien nom (Gribingui économique), cette préfecture a été pendant longtemps la base arrière des rebelles qui écument le pays. Selon des sources proches du gouvernement, cette route a été programmée pour être réhabilitée depuis longtemps, mais la présence des groupes armés bloquent encore les travaux.

En mai dernier, une équipe technique s’est rendue dans cette ville afin de réaliser les études de faisabilité. Le préfet de la Nana-Gribizi Abdoulaye Mahamat avait pourtant confirmé que les travaux vont bientôt être effectués. Mais plusieurs mois après, rien n’a été fait.

L’axe Sibut-Dékoa-Kaga-Bandoro n’est qu’une illustration des situations plus dramatique des routes dans le pays. Pour la plupart, ces routes ont été faites vers les années 1980 et certaines n’ont plus jamais connu d’entretient tandis que d’autres ont complètement disparu.

Si le développement d’un pays passe nécessairement par le développement des routes, en Centrafrique, les routes ne sont vraiment pas une priorité du gouvernement depuis plusieurs décennies. En aucun cas des grands travaux à l’échelle nationale ont été lancés par les régimes qui se succèdent dans pays.

Christian Steve SINGA de retour de Bamingui-Bangoron.