En Centrafrique, la Cour pénale spéciale (CPS) a annoncé l’ouverture du procès de Bossembelé, concernant l’ancien chef d’État François Bozizé et trois autres accusés. Prévu pour le 16 juin prochain, ce procès intervient dans un contexte marqué par l’alerte lancée par Amnesty International, selon laquelle la CPS risque de fermer si elle ne parvient pas à obtenir un nouveau financement d’ici juin.

Cette question suscite de vives inquiétudes parmi de nombreuses victimes qui attendent encore justice. Pour tenter d’y répondre, notre rédaction a accordé une interview exclusive à Gervais Opportun Bodagay, chef de la cellule de communication de la CPS. À l’en croire, les préparatifs du procès se déroulent dans de bonnes conditions.

« Les préparatifs relatifs à l’ouverture du procès dans l’affaire dite de Bossembelé sont en cours. Des conférences de mise en état sont organisées afin de permettre à la section d’assises ainsi qu’aux différentes parties au procès, la défense, le parquet spécial et la partie civile de s’accorder sur plusieurs aspects, notamment la participation des victimes et des témoins, le nombre de victimes, ainsi que les témoins qui seront présentés par l’accusation et la défense. Les préparatifs se déroulent dans de bonnes conditions et l’ouverture du procès aura bel et bien lieu le 16 juin 2026 à 10 heures », a-t-il confirmé.

Si les inquiétudes autour d’une éventuelle fermeture persistent, la CPS reconnaît les difficultés financières auxquelles elle fait face, mais rassure que ce manque de financement n’impacte pas directement la tenue de ce procès.

« Effectivement, Amnesty International, qui est une organisation de défense des droits de l’homme soutenant les activités judiciaires et la lutte contre l’impunité, a communiqué au mois de mars, si ma mémoire est bonne, sur les difficultés financières de la CPS. Ces difficultés sont réelles, notamment au regard de l’évolution de ses activités judiciaires. Aujourd’hui, la Cour pénale spéciale est au pic de ses activités et, compte tenu du contexte logistique du pays, davantage de moyens sont nécessaires pour mener les enquêtes à l’intérieur du pays », a expliqué Gervais Opportun Bodagay.

Toutefois, pour poursuivre ses activités, la CPS a besoin d’un soutien financier accru. Le responsable de la communication de l’institution lance ainsi un appel aux partenaires afin qu’ils poursuivent leur appui.

« Les moyens actuellement mis à la disposition de la Cour pénale spéciale ne sont pas suffisants. Il faut davantage de ressources pour permettre à la Cour d’aller jusqu’au bout de son mandat. L’alerte d’Amnesty International est donc fondée. Mais cela ne signifie pas pour autant que la Cour pénale spéciale va fermer ses portes à la fin du mois de juin. Des activités sont toujours en cours et, pour le moment, la Cour bénéficie du soutien de la MINUSCA », a-t-il précisé.

À cela s’ajoute l’appui d’autres partenaires, notamment l’Union européenne, l’UNFPA, le Fonds de consolidation pour la paix (PBF). Ces partenaires multiplient les plaidoyers afin que la CPS bénéficie de financements additionnels pour poursuivre son mandat jusqu’à son terme.

« Le Fonds de consolidation pour la paix apporte un soutien à la Cour pénale spéciale dans la mise en œuvre de ses activités judiciaires. Certes, cela ne signifie pas que la CPS dispose de tous les moyens nécessaires à son fonctionnement, mais elle bénéficie tout de même du minimum permettant de poursuivre les activités en cours. C’est l’essentiel. Je profite également de votre micro pour lancer un appel à tous ceux qui ont la possibilité de soutenir la Cour, afin que la lutte contre l’impunité en République centrafricaine devienne une réalité », a-t-il ajouté.

Selon lui, le communiqué d’Amnesty International a eu le mérite de réveiller certains partenaires, notamment le gouvernement centrafricain.

« On peut dire que cette alerte a permis aux principaux parrains de la Cour pénale spéciale de réagir. Le premier parrain, c’est le gouvernement centrafricain. Après le communiqué d’Amnesty International, le porte-parole du gouvernement a annoncé que la Cour pénale spéciale ne fermera pas ses portes avant la fin de son mandat et que le gouvernement œuvre à mobiliser les ressources nécessaires au profit des activités judiciaires de la CPS. Deuxièmement, la MINUSCA, qui est également un partenaire clé de la Cour, s’est engagée à mobiliser les moyens nécessaires pour soutenir l’institution. Ces démarches sont en cours et, en attendant les résultats attendus, la Cour continue de fonctionner, y compris dans la perspective de l’ouverture de ce procès qui se tiendra bel et bien », a-t-il conclu.

Au-moins avec cette réaction, la CPS rassure de la tenue du procès de Bossembelé. Une affaire très attendue par des victimes. En attendant, quatre suspects sont accusés : François Bozizé Yangouvonda, Eugène Barret Ngaïkosset, Vianney Semndiro et Firmin Junior Danboy. Seul l’ancien chef d’État François Bozizé est actuellement en exil, tandis que les trois autres sont déjà arrêtés par la justice.

Déus Gracias Tchémanguéré