À Bangui, le ministère de la Santé publique et de la Population hausse le ton face à un phénomène qui met gravement en danger la santé publique. Le lundi 16 mars 2026, lors d’une conférence de presse, le ministre de la Santé, Pierre Somsé, a dénoncé la circulation et la vente de médicaments parfois expirés ou falsifiés dans les mini-pharmacies et certains points de vente informels du pays.

Selon le ministère, la commercialisation de ces médicaments constitue une menace directe pour la vie des citoyens. Il a annoncé le lancement imminent d’une opération conjointe entre les services du ministère et les forces de l’ordre afin de traquer et saisir les médicaments périmés ou vendus illégalement.

Dans sa prise de parole, le Dr Junior Romuald Oueifio Nguerénam, directeur de la Pharmacie, des Laboratoires et de la Médecine traditionnelle, a annoncé qu’« une opération de grande envergure sera menée dans les prochains jours à travers plusieurs lieux de la capitale et dans certaines villes de province. Les forces de l’ordre seront mobilisées pour identifier les circuits de distribution illégaux et procéder à la saisie des produits incriminés », a-t-il déclaré.

« Les mini-pharmacies non autorisées, les étals des marchés et les vendeurs ambulants seront particulièrement ciblés. Les personnes impliquées dans la vente de médicaments périmés ou non homologués pourraient s’exposer à des sanctions administratives et judiciaires », poursuit-il.

Le ministre appelle également la population à la vigilance et encourage les citoyens à acheter les médicaments uniquement dans les pharmacies agréées.

Un phénomène inquiétant

Pour rappel, la vente informelle de médicaments reste une pratique répandue dans plusieurs quartiers de Bangui et dans certaines localités de l’intérieur du pays. Souvent vendus à bas prix, ces produits attirent de nombreux patients qui n’ont pas toujours les moyens de se procurer des médicaments dans les circuits officiels.

Pour règlementer ce commerce, une loi a été adoptée par l’Assemblée nationale sur l’exercice de la profession pharmaceutique. Selon les dispositions de la loi n°20.012 du juin 2020, notamment en son article 72, « la création et l’exploitation des établissements pharmaceutiques sont subordonnées à l’octroi d’une autorisation délivrée par le ministre chargé de la Santé, après avis motivé du Conseil national de l’Ordre des médecins, chirurgiens-dentistes et pharmaciens ».

Pour le pharmacien Dr Vie de Dieu Ngoko-Nzenguet, 1er vice-président du Conseil national de l’Ordre des médecins, chirurgiens-dentistes et pharmaciens de Centrafrique, cette pratique constitue un véritable problème de santé publique. Il déclare : « Lorsqu’un médicament est périmé, sa composition chimique peut changer. Il peut devenir inefficace ou dangereux pour le patient », explique-t-il.

Face à cette situation, les autorités sanitaires insistent sur la nécessité d’une mobilisation collective. Le ministre de la Santé a invité les commerçants à se conformer à la réglementation et à cesser immédiatement toute vente de médicaments illégaux. Par ailleurs, il a également exhorté la population à dénoncer les points de vente suspects afin de protéger la santé des communautés.

Signalons que cette opération de contrôle, qui se profile à l’horizon, pourrait marquer un tournant dans la lutte contre le trafic de médicaments en République centrafricaine, un combat que les autorités promettent désormais de mener avec fermeté.

Freddy Ulrich Tanga