Centrafricaine de cœur, française d’adoption, mère de trois filles et entrepreneuse dans l’âme, Magalie Singa Wazidet transforme sa passion des fourneaux en un véritable pont entre les cultures et les générations. Avec son label Les Gourmandises de Magalie, elle réinvente le brunch à la centrafricaine entre tablées généreuses, beignets dorés, arômes qui traversent les frontières et des moments qui rappellent ceux de sa Centrafrique natale. Portrait d’une femme qui a fait de la saveur une arme de solidarité.
Une enfant de Bangui devenue citoyenne du monde
Tout commence entre deux rives. Née d’un père centrafricain et d’une mère congolaise, Magalie grandit dans les rues vivantes du quartier SICA 1, premier arrondissement de Bangui, un quartier qui respire par ses odeurs : braises qui fument, bananes frites qui grésillent, beignets alignés le long de l’avenue de France. Avant les fourneaux, il y a la scène : la danse et le théâtre occupent longtemps son univers créatif, lui forgeant cette aisance à captiver et à rassembler un public.
On aurait pu croire que l’installation en France efface ce passé. C’est tout le contraire qui se produit. « La France a réveillé en moi mon identité culinaire et culturelle sans la déteindre, mais plutôt la transmettre et la partager avec les autres », confie-t-elle.
La cuisine comme langue maternelle
Les premiers gestes, c’est sa mère qui les lui transmet : ceux d’une cuisine de terroir bantoue, apprise dans les mains avant d’être couchée sur le papier. Aucune recette écrite, seulement une mémoire qui se transmet en cuisinant ensemble.
« Quand je suis en cuisine, j’ai un sentiment de bien-être dont je ne saurais mettre les mots dessus », dit Magalie.
Il y a un plat qui condense à lui seul toute cette histoire : le ngoudja (feuille de manioc). Elle en parle avec une précision presque poétique. Les ingrédients, les épices, le parfum qui enveloppe la maison, ce n’est pas qu’une recette, c’est un souvenir vivant.
« Préparer le ngoudja pour moi est tout un art. Cela me ramène à mes samedis d’enfance, où ma mère nous le servait avec nos amis sous la terrasse de la maison familiale. »
Le brunch centrafricain : une idée devenue identité
Le concept est né d’une conviction simple, mais tenace : donner aux mets d’Afrique centrale une place sur les tables françaises, où ils restaient trop longtemps absents. Leur offrir de la lumière, de la dignité, de la convivialité.
Mais autour des tables de Magalie, il se joue bien plus qu’un repas.
« L’ambiance est conviviale et bon enfant, un retour dans nos souvenirs d’enfance. Car en Afrique, les repas se partagent toujours en famille et entre amis », explique-t-elle.
À ces tablées naissent des liens intergénérationnels, s’échangent des astuces de cuisine et des anecdotes du pays. On y parle racines, transmission, appartenance.
Entreprendre : se trouver soi-même pour convaincre les autres
Lancer Les Gourmandises de Magalie en France n’a rien eu d’un long fleuve tranquille. Avant de convaincre son entourage professionnel, Magalie a dû mener un combat plus intime, plus exigeant.
« Prendre le temps de me connaître, mes atouts ainsi que mes défauts, et faire un travail de fond afin de savoir m’aimer suffisamment pour pouvoir convaincre mon entourage familial et professionnel sur ma passion », résume-t-elle.
Dans ce parcours, la France a joué un rôle qu’elle n’attendait pas.
« Entreprendre en France m’a permis de découvrir la femme forte et bienveillante qui sommeillait en moi. »
Derrière la cheffe, il y a donc une femme qui s’est bâtie. Non pas malgré les obstacles, mais à travers eux.
A Molengüé ti Sica : nourrir aussi les liens de solidarité
Magalie ne s’arrête pas aux fourneaux. Avec son association A Molengué ti Sica, elle prolonge son action vers la solidarité et le développement communautaire entre Africains de France. Pour elle, la réussite n’a de sens que partagée. Quatre piliers structurent ce qu’elle transmet à ses filles comme à sa communauté : la passion d’aimer ce que l’on fait, la résilience de se challenger, la transmission des bonnes mœurs à l’africaine, et l’amour de soi.
Une philosophie de vie à elle seule.
Portrait d’une femme en floraison
Magalie Jessica Singa Wasidet conclut par une phrase qui lui ressemble, dense et imagée, porteuse de toute la sagesse du chemin parcouru : « L’humain est comme le rosier qui fleurit là où la terre lui est fertile. »
Ainsi, plat après plat, brunch après brunch à travers les villes de France en tissant des liens avec ses racines, Magalie illustre le portrait de la femme centrafricaine qui ose et transforme.
Par Prince-Éric NGAIBINO

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