Après les deux dernières missions pour discuter du partenariat et arrêter les projets prioritaires avec le gouvernement Centrafricain, l’Alliance des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) veut passer à l’offensive. Au total 5 projets stratégiques ont été validés avec le président Faustin Archange Touadéra dont la construction d’un nouvel aéroport international à proximité de Bangui.

Une délégation de l’Alliance des BRICS était en séjour en terre centrafricaine depuis la semaine du 14 janvier 2024. Cette forte délégation de 22 personnes est conduite par la Présidente Larisa Zelentsova et composée du Vice-président en charges des projets stratégiques Dr Ahoua Don Mello, du Vice-président en Inde Sanjay Kapoor, du Secrétaire Exécutif Honoré Konan Yao, du Représentant de l’Alliance en Afrique Centrale Mohamed Bachir Ladan, de plusieurs investisseurs Russes, Chinois, Émirats arabes unis, indiens et des pays africains.

L’alliance des BRICS se veut une alternative à l’occident en poussant ses pions en République centrafricaine (RCA) alors qu’elle doit y installer son siège Afrique. Cette poussée géopolitique est observée depuis que la Russie est devenue l’un des alliés incontournables du président Touadéra alors que la Chine renforce davantage sa présence dans le secteur minier.

La RCA demeure un pays immensément riche en ressource naturelle mais son développement économique et social n’est pas en adéquation avec ses richesses. C’est sur cette fibre que les BRICS jouent pour proposer un partenariat gagnant-gagnant à la RCA qui peine à se relever depuis de nombreuses années de crises militaro politiques.

Cinq projets de développement pour la RCA

A l’issu de cette troisième visite, des projets ont été validés et paraphés. Dans le lot des projets validés figurent : La construction d’un nouvel aéroport international pour les vols commerciaux et les vols cargo  (Les Émirats arabes unis); la construction d’un vaste réseau de chemin de fer qui reliera la RCA au Soudan par le nord-est (route de soie), ensuite au Tchad vers le nord et enfin au Cameroun à l’ouest (Chine); l’installation d’un réseau de télécommunications en 5G (Russie) ; la construction et le lancement d’un satellite centrafricain (Inde).

Ces vastes projets ambitieux, s’ils venaient à être réalisés constitueraient un point de départ réel du développement de la RCA, restée à la traine en matière d’infrastructure.

Déjà, lors de la signature le 18 janvier 2024 du protocole d’accord pour la construction du nouvel aéroport, le président Faustin Archange Touadéra a déclaré « qu’il  n’y a plus de temps à perdre ». Une fois que tous les contrats seront signés avec les départements ministériels concernés, sous la supervision du Premier ministre, les différentes parties devront se mettre au travail, car ajoute-t-il : « ces projets sont en adéquation avec la vision du développement en République centrafricaine ».

Pour la délégation des BRICS, l’accord signé pour la construction du nouvel aéroport intervient à point nommé car, au regard de l’enclavement de la RCA, l’aéroport constitue une porte d’entrée principale. Ce projet qui sera réalisé sur un nouvel site grâce aux financements des Emiratis va permettre à la RCA de se doter et d’être desservie d’un aéroport aux normes internationales qui va contenir deux terminales, six pistes d’atterrissage, des hôtels cinq étoiles et des centres commerciaux. Les Émirats arabes unis vont  financer les travaux à hauteur de 200 millions de dollars, soit 120 milliards de FCFA.

Ce projet est salutaire pour le Centrafricain car, l’actuel aéroport, mis en service en 1967 ne répond plus aux normes internationales et limite la fluidité des voyageurs. Cette infrastructure aéroportuaire a toutefois subi de nombreux travaux de rénovation mais sa capacité d’accueil ne permet pas des vols très réguliers et surtout les vols commerciaux la nuit.

Les infrastructures routières sont obsolètes à la sortie de l’aéroport Bangui M’poko.

Même si l’annonce vient comme un soulagement, des doutes planent encore dans l’esprit des centrafricains qui ont assisté depuis de nombreuses années à des signatures des accords des grands projets qui n’aboutissent pas.

Le Centrafricain attend voir les réalisations pour croire parfois à des projets qui semblent être politique ou à titre propagandiste. Mais ce qui est peu rassurant, selon des observateurs est que le Président Touadéra semble être pragmatique dans ses annonces, comme a confié à Oubangui Médias un diplomate centrafricain : « Le président Touadéra ne parle pas beaucoup, il ne fait pas des annonces sans réaliser. Il attend souvent réunir toutes les conditions avant de rendre public un projet. Je pense qu’il s’aura faire le suivi de ces projets pour ne pas qu’il soit pris aux mots lors des prochaines échéances qui s’annoncent dans le pays ».

Ce qui est sûr, c’est depuis plusieurs années qu’un projet du nouvel aéroport se négocie avec les partenaires. En 2021, le Premier ministre de l’époque Henri Marie Dondra, en présentant la politique générale du gouvernement devant l’Assemblée nationale, évoquait d’ailleurs la construction d’un aéroport moderne, tout en précisant que ce projet reste embryonnaire.

Fridolin Ngoulou