Lecture rapide

· L’Afrique centrale compte 206 aires protégées couvrant en tout 800 000 km²

· La gestion de ces zones géographiques souffre d’un manque de moyens financiers et humains

· L’implication des communautés dans la gestion des aires protégées est fortement recommandée

[YAOUNDE] L’Afrique centrale compte aujourd’hui 206 aires protégées et remplit quasiment les objectifs internationaux en termes de superficie protégée, et se dirige vers l’atteinte des objectifs post-2020 qui demandent d’atteindre 30 % de superficie protégée.

C’est ce que révèle le nouveau rapport intitulé « Aires protégées d’Afrique centrale : État 2020 » que vient de publier l’OFAC[1], une cellule de la COMIFAC[2], en partenariat avec d’autres organisations, à l’instar de l’UICN[3].

« Actuellement, 70 % des mangroves, 20 % des forêts humides, 15 % des savanes et forêts semi-sèches sont protégées », précise Charles Doumenge, premier éditeur scientifique du rapport et chercheur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD), dans le communiqué de presse présentant ledit rapport.

“Beaucoup d’aires protégées souffrent en ce moment de relations assez difficiles avec les communautés riveraines”

Samuel Nguiffo, CED, Cameroun

Seulement, ces aires protégées sont souvent malmenées et témoignent d’une gestion qui pourrait être améliorée, estiment les auteurs dudit rapport.

Ces derniers appellent à une valorisation de ces aires protégées et insistent sur la richesse d’un capital naturel à protéger, qui participe en retour au développement socio-économique de la région.

Plusieurs facteurs, dont le manque de moyens humains et financiers, la faible participation des populations locales, le peu de données sur les zones à contrôler en priorité plombent la contribution des aires protégées au développent de l’Afrique centrale.

Dialogue multisectoriel

Le rapport met un accent particulier sur des données actualisées et harmonisées ainsi que sur des analyses destinées à éclairer les décideurs et les gestionnaires.

« Il a pour objectif de contribuer à un dialogue multisectoriel et à une meilleure intégration des aires protégées dans les stratégies de développement des pays », précise Florence Palla, coéditrice scientifique de cette publication et coordonnatrice du projet Renforcement et institutionnalisation de l’Observatoire des forêts d’Afrique centrale (RIOFAC).

Il est donc question d’aider tous les pays d’Afrique centrale à mieux gérer leurs aires protégées, mais surtout à promouvoir la coopération sous-régionale sur des enjeux communs et transfrontaliers, indique Hervé Martial Maidou, secrétaire exécutif de la Commission des forêts d’Afrique centrale (COMIFAC).

L’idée est d’approfondir certaines thématiques en fonction des enjeux et/ou du contexte local, national, régional et international, explique Florence Palla.

En attendant les résolutions du prochain congrès de la nature (en septembre 2021) et de la COP 15 sur la biodiversité (en octobre 2021), « nous veillerons à suivre l’évolution du statut des aires protégées, ainsi que leur nombre qui a été quantifié à 206 en 2020, en tenant compte des spécificités de classification des zones de conservation au niveau national », conclut-elle.

Gestion communautaire

« Cette deuxième édition de l’état des aires protégées d’Afrique centrale est une étape décisive, parce qu’elle prend en compte les problématiques qui sont au cœur de la gestion des aires protégées », confie à SciDev.Net François Hiol Hiol, enseignant-chercheur en matière de foresterie à l’université de Dschang au Cameroun.

Cependant, il affirme qu’il aurait été également intéressant dans cette publication de mettre un accent sur la gestion communautaire des aires protégées.

« En 2020, deux aires protégées bénéficient d’une gouvernance Communautaire, Tayna et Kisimba Ikobo, toutes deux en République démocratique du Congo (RDC) », indique Florence Palla qui se réfère au chapitre sur la gouvernance.

« En Afrique de l’Ouest, il y en a plus, et ce sont des aspects qui se développent déjà suffisamment ; du coup il y a vraiment matière à questionner : pourquoi ne pas aussi promouvoir cette problématique de la gestion communautaire des aires protégées en Afrique centrale ? » S’interroge François Hiol Hiol.

Une perception qui n’est pas très éloignée de celle de Samuel Nguiffo, avocat, directeur du Centre pour l’environnement et le développement (CED) à Yaoundé au Cameroun.

« Je pense que l’on a parlé de beaucoup de défis dans le rapport actuel, mais on n’a pas vraiment touché ce défi qui est un défi essentiel : Comment les aires protégées entendent continuer à cohabiter avec les communautés ? » Se demande ce dernier.

Réflexion

Pour le directeur du CED, la question qui se pose aujourd’hui est celle de savoir comment arriver à trouver le moyen de collaborer avec les populations riveraines des aires protégées au sujet de la conservation et comment arriver à transformer ces populations en partenaires de la conservation ?

« C’est une réflexion qui doit être conduite de manière urgente dans la sous-région ; car beaucoup d’aires protégées souffrent en ce moment de relations assez difficiles avec les communautés riveraines », soutient-il.

Selon le communiqué de presse en effet, 85 % des aires protégées en Afrique centrale bénéficient actuellement d’un système de gouvernance publique ; tandis que La gouvernance partagée représente environ 14 % des types de gestion, et le 1 % restant regroupe les rares cas de gouvernance entièrement privée ou communautaire.

Par: Mireille Siapje

  www.scidev.net/