La ministre chargée de la Promotion du genre, de la Protection de la femme, de la famille et de l’enfant, Dr Marthe Kirimat, a annoncé lors du Conseil des ministres du 23 juillet 2026 la rétrocession au gouvernement des Villages d’Enfants SOS de Bangui et de Bouar. Cette décision marque une étape importante dans la prise en main nationale des structures de protection de l’enfance les plus emblématiques du pays tout en présentant des risques.

Deux villages, deux histoires, une même mission : protéger les enfants vulnérables

Le Village SOS de Bangui est né au début des années 1990, à une période où la capitale était frappée par la pauvreté et l’instabilité. Dans les rues, des centaines d’enfants livrés à eux-mêmes cherchaient un abri et une protection. C’est dans ce contexte que le village de Gbangouma a été créé, offrant à ces enfants un foyer structuré.

Chaque maison SOS est devenue un espace familial dirigé par une « maman SOS », permettant aux enfants orphelins ou abandonnés de retrouver un cadre affectif et éducatif. Le centre médical du village a soigné des milliers de familles, tandis que les foyers de jeunesse ont accompagné les adolescents vers l’autonomie. Une génération entière a ainsi pu grandir dans un environnement stable, retrouver une identité, une scolarité et une famille de cœur.

Par ailleurs, le Village SOS de Bouar, ouvert en 2007 dans la Nana-Mambéré, est né dans un contexte différent, marqué par les conflits armés, les déplacements de populations et la pauvreté rurale. Le village a accueilli des enfants ayant fui la guerre ou perdu leurs parents, leur offrant un toit, une école et un centre médical capable de prendre en charge des milliers de patients chaque année.

Des programmes de microcrédit et de formation ont permis aux familles de renforcer leurs moyens de subsistance, contribuant à une véritable renaissance communautaire. À Bouar, des enfants ont retrouvé le sourire et des familles fragiles ont pu se reconstruire.

Ces deux villages ont été financés par SOS Villages d’Enfants International, avec l’appui de partenaires européens tels que la Ville de Luxembourg, la coopération française, l’Union européenne, ainsi que des dons privés et des soutiens ponctuels d’ONG et d’agences onusiennes.

Grâce à ces financements, des maisons familiales, des écoles, des centres médicaux et des programmes de résilience communautaire ont été mis en place, touchant chaque année des milliers d’enfants et de parents. Bangui et Bouar sont aujourd’hui considérés comme des références nationales en matière de protection de l’enfance.

La rétrocession, un tournant historique pour la protection de l’enfance en RCA ?

L’annonce de la rétrocession ouvre une nouvelle phase dans la gestion de ces structures. Leur intégration dans les politiques sociales de l’État représente un enjeu majeur de souveraineté nationale. Cette transition pourrait permettre une meilleure visibilité du rôle du gouvernement dans la protection de l’enfance et une continuité des services éducatifs et sanitaires, à condition que les capacités institutionnelles soient renforcées.

Toutefois, des risques subsistent, notamment en matière de financement, de gestion et de maintien de la qualité des services. Sans l’appui durable des bailleurs internationaux, la pérennité des infrastructures et des programmes pourrait être compromise, exposant les enfants vulnérables à une dégradation des conditions d’accueil.

L’avenir des Villages SOS de Bangui et de Bouar dépendra de la capacité du gouvernement à assurer une transition maîtrisée, à mobiliser des ressources suffisantes et à maintenir un partenariat solide avec SOS Villages d’Enfants International et les partenaires techniques et financiers.

Ces villages, symboles de résilience et de solidarité, demeurent des piliers essentiels de la protection de l’enfance en République centrafricaine. Leur rétrocession constitue un moment historique, qui engage désormais la responsabilité de l’État dans la préservation de cet héritage humanitaire.

Jean Ngbandi