Après une année à la tête de la Caisse Mutuelles de Centrafrique (CMCA), le nouvel administrateur provisoire, Jacob Mbaïtandjom, a dressé son bilan. Le nouvel homme fort de la CMCA s’est félicité du redressement progressif de cette institution de microfinance. En revanche, il a dénoncé un système de fraude mis en place par les anciens responsables pour dépouiller l’institution.
Il y a quelques années, la Caisse Mutuelle de Centrafrique sombrait dans une profonde crise : manque de liquidités, mauvais accueil des clients et rumeurs de détournement de fonds. Pour redresser la situation, la COBAC a nommé, le 26 juin 2025, Jacob Mbaïtandjom comme administrateur provisoire.
« Après un an, si je dois me réjouir de quelque chose, c’est que la confiance est revenue. Parce que, quand je suis arrivé, les deux premiers jours n’étaient pas faciles. Les gens, les sociétés me confondaient avec les anciens responsables. Mais aujourd’hui, ce sont eux qui viennent me dire merci. Ils viennent discuter avec moi, échanger. C’est un acte que je n’oublierai pas. La confiance est le socle du système bancaire. Quand la CMCA a perdu la confiance, elle a perdu ses clients. Aujourd’hui, les clients reviennent plus nombreux. Je m’en réjouis. C’est une victoire claire et nette, car les gens commencent à retrouver confiance en la CMCA », a-t-il déclaré.
« Mais je ne dis pas que ceux qui sont partis, s’ils reviennent tout de suite, auront immédiatement leur argent. Non, je ne dis pas cela. Je dis qu’ils seront mieux accompagnés et mieux écoutés. Beaucoup de nos clients sont partis dans les banques, mais ils n’y ont pas été traités comme à la CMCA. Chaque jour, chaque mois, le niveau des pensions que l’État verse à la CMCA augmente. Le niveau des salaires que les entreprises y versent augmente également. De notre côté, nous nous déployons pour mieux accueillir les clients et leur donner envie de revenir. »
À l’issue d’une conférence de presse tenue ce mardi 30 juin, l’administrateur provisoire a rappelé qu’il avait envisagé de fermer la caisse de Boali. Après plusieurs missions sur le terrain, il s’est toutefois rendu compte que les chiffres enregistrés par cette agence étaient importants.
Il a rappelé que le mandat que la COBAC lui a confié le 26 juin 2025 consistait à mettre en œuvre toutes les mesures nécessaires pour sauver la CMCA, protéger les avoirs de la clientèle, recouvrer les impayés et rétablir l’équilibre financier.
La COBAC lui a également transféré les pouvoirs des conseils d’administration des dix caisses. Cela signifie qu’aucun conseil d’administration ne devait siéger durant son mandat. Cette décision lui donne le pouvoir de prendre toutes les mesures nécessaires au redressement de l’institution.
Jacob Mbaïtandjom a également partagé son expérience. Après sa nomination, il a attendu plus d’une semaine avant de prendre effectivement service, sans que personne ne vienne rédiger le procès-verbal de passation de service. C’est finalement lui-même qui a rédigé ce procès-verbal, une procédure qui a duré trois semaines. Il disposait d’un mois pour décider s’il fallait liquider ou non la CMCA.
Il a compris que si la CMCA venait à fermer, de nombreuses personnes perdraient leurs fonds.
Dénonciation d’un système de fraude organisé
Lors de son bilan, l’administrateur provisoire de la CMCA a dénoncé un système de fraude mis en place par les anciens responsables pour dépouiller l’institution de son capital. Selon lui, ce système impliquait les gérants jusqu’aux caissières.
Par conséquent, la CMCA faisait face à une grave crise de liquidités. Selon lui, depuis 2018, personne ne défendait véritablement les intérêts de l’institution. Il a également constaté une inadéquation entre les qualifications du personnel et les besoins de l’entreprise, ainsi qu’une forte dégradation de la situation financière.
« En cinq ans, la CMCA a perdu 5 milliards de FCFA », a-t-il affirmé.
L’audit qu’il a mené a révélé l’existence de crédits contractés sous de faux noms, un effondrement généralisé de la situation financière, des fournisseurs fictifs, des comptes antidatés et une manipulation des résultats.
Parmi les principales mesures de redressement figure un nouvel audit qui doit démarrer la semaine prochaine. Il entend également restaurer la rentabilité et regrouper certaines caisses sur deux sites.
Depuis son arrivée, la CMCA a placé 23 agents en chômage technique et révisé plusieurs contrats de prestations de services. Beaucoup ont été résiliés en raison de surfacturations.
Pour renforcer les ressources de l’institution, seize jeunes filles ont été recrutées depuis le mois d’octobre afin de mener des actions de communication sur le terrain. Deux d’entre elles ont été licenciées pour mauvais comportement.
Les actions engagées portent également sur le renforcement de la gouvernance, la révision des textes, la gestion des risques et le renforcement de l’audit comme outil de gestion et de gouvernance.
Enfin, il prévoit une évaluation annuelle du personnel. À partir de 2027, la CMCA ambitionne d’étendre ses services à l’intérieur du pays et de renforcer le financement du secteur agroalimentaire.
Déus Gracias Tchémanguéré

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