En cause, le faible niveau des recettes intérieures qui avait déjà conduit les partenaires au développement à geler leurs financements en 2021. Le Fonds monétaire international qui fait pression pour une réforme du marché des carburants s’alarme également de la baisse des recettes fiscales liées aux produits pétroliers, de 24 milliards de Fcfa à 17 milliards de Fcfa en trois ans.

La mission du Fonds monétaire international (FMI) conduite du 19 au 28 mars à Bangui, considérée par beaucoup comme celle de la dernière chance, vient de publier des conclusions préliminaires qui ne plaident pas véritablement en faveur de la conclusion des 3e et 4e revues des accords au titre de la facilité élargie de crédit (FEC) avec la République centrafricaine. Si l’équipe conduite par l’économiste Albert Touna Mama assure que les discussions « se poursuivront virtuellement au cours des prochaines semaines », c’est-à-dire, avant la session décisive du conseil d’administration de l’institution de Bretton Woods attendue en mai prochain – cette instance décidera ou non d’accorder de nouveaux financements à la RCA, ou simplement de suspendre la FEC -, l’avis qu’elle donne sur la situation des finances publiques ne rassure guère quant à l’issue des discussions que mènent les deux parties depuis septembre 2024. Ces discussions portent particulièrement sur la réforme du marché des carburants et la levée du monopole d’importation des produits pétroliers accordé par l’Etat à Neptune Oil, et elles sont censées avancer vers la bonne direction avant la tenue de cette réunion qui aura lieu dans un peu plus d’un mois.

La mission fait en effet le constat que, malgré des améliorations notables dans plusieurs domaines, notamment la sécurité, la RCA continue de souffrir de tensions persistantes sur les finances publiques, lesquelles tensions proviennent de la faiblesse structurelle des recettes intérieures, qui ont exposé le pays à la suspension des programmes d’appui budgétaire par les partenaires au développement en 2021. « Bien que certains partenaires au développement aient repris leur appui budgétaire depuis 2023, l’enveloppe globale reste bien inférieure aux niveaux requis pour stabiliser les finances publiques (seulement 2 % du Pib contre 5 % avant la crise). De plus, les recettes intérieures ont augmenté ces dernières années, mais n’ont pas réussi à couvrir les besoins de financement résiduels », commente le Fmi. Le spectre d’un nouveau gel des appuis budgétaires plane donc sur le pays. Les émissaires du Fmi, qui notent une amélioration de l’offre, soulignent par ailleurs que « le secteur des carburants reste sous-performant, avec des prix à la pompe élevée, ce qui impacte la consommation des ménages et l’activité économique ».

A preuve, par rapport à la situation d’avant la crise en 2021, les recettes publiques liées aux carburants sont passées de 24 milliards de Fcfa à 17 milliards de Fcfa en 2024, tandis que les prix à la pompe restent environ 40% plus élevés alors que les prix mondiaux des carburants sont largement revenus à leurs niveaux d’avant la crise. Le Fmi indique que dans ce contexte, « l’annonce par le gouvernement d’une subvention de 30.000 tonnes de carburant de la part de la Fédération de Russie représente une opportunité majeure pour alléger les difficultés financières de la RCA et apporter un certain soulagement aux ménages et aux entreprises centrafricains ». Outre cet espoir, les autorités prévoient de vérifier les structures de prix des carburants « afin de remédier à l’opacité des coûts et des marges ». Entre autres conditionnalités posées pour les 3e et 4e revues des accords au titre de la FEC, le Fmi avait déjà recommandé un audit des coûts d’approvisionnement en carburant, déterminant pour la réforme des structures de prix en vue d’améliorer la fiscalité pétrolière et d’envisager une baisse des prix à la pompe.

Suspension de l’aide américaine

Dans le fond, FMI explique que le contexte sociopolitique actuel en République centrafricaine, marqué par des besoins sociaux et humanitaires pressants, le coût des élections et l’ambition du gouvernement de renforcer la présence de l’État hors de Bangui, a exacerbé les pressions budgétaires. Il prévient même que la suspension partielle de l’aide américaine pourrait aggraver la situation. Le chef de file des bailleurs de la RCA suggère au pays de procéder à des « arbitrages difficiles » dans le cadre des discussions sur le budget révisé de 2025, « pour équilibrer les dépenses publiques, affiner les stratégies de financement et garantir la viabilité des finances publiques ». Malgré ces vulnérabilités, l’estimation de la croissance du Pib réel en 2024 a été revue à la hausse à 1,8% par le Fmi, estimation qui, d’après ses experts, reflète un rebond de la consommation de carburant et la résilience de secteurs tels que les télécommunications et la foresterie. « En termes de perspectives, nous anticipons une accélération progressive de l’activité économique, autour de 2,9 % en 2025. Cette croissance sera tirée par une combinaison de facteurs, notamment le déploiement en cours de la 4G, le rebond attendu du secteur minier suite à la levée de l’embargo sur les diamants et les travaux du projet Corridor-13 [axe stratégique reliant Bangui à la frontière camerounaise via Boali et Beloko, Ndlr]. Toutefois, ces perspectives sont soumises à d’importants risques de baisse, notamment liés à la suspension de l’aide américaine, aux pressions potentielles liées aux élections et aux difficultés persistantes du secteur de l’énergie », ajoute le Fmi.

L’institution financière internationale se félicite toutefois de la progression des réformes, notamment dans la numérisation de l’administration fiscale et salue les efforts qui ont conduit au récent déploiement des procédures de télépaiement, qui devraient faciliter et sécuriser les transactions des contribuables avec les douanes et l’administration fiscale nationale.

Jean Omer Eyango/Ecomatin