Les Pygmée AKA de Centrafrique  font partie des minorités qui ont de difficiles accès aux services de soins, y compris les Peulhs, les transporteurs et migrants, les PDI/réfugiés,  selon le Plan Stratégique National de lutte contre Sida (PSN) édition 2021-2025. Ce document relève que le pays ne dispose pas des données sur ce groupe des populations. Une étude devra être réalisée pour avoir des données fiables sur la prévalence et les facteurs de vulnérabilité au sein de ces communautés.

Dans sa logique de laisser personne pour compte, l’UNFPA, conformément au Plan Opérationnel issu du Plan Stratégique National de lutte contre le Sida pour la période de 2021-2025 en faveur des populations autochtones (Pygmées et Peulhs),  les populations clés et les populations vulnérables, a appuyé les activités de formation des relais communautaires Pygmées des villes de Mbaïki et Mongoumba, suivie d’une campagne de sensibilisation sur la prévention du VIH/Sida, des IST et les Grossesses Non Désirées et couplée avec la distribution des préservatifs et des condoms.

La lutte contre le VIH/Sida, les IST et voire les VBG ne doit mettre personne de côté. C’est ainsi que les populations autochtones (Pygmées AKA) de la Lobaye ont aussi affuté leurs armes pour prévenir ces infections et les VGB dans leur communauté.

Considérés à tort par plusieurs personnes comme une catégorie des sous-hommes, les Pygmées AKA de la localité de Mbaïki et de Mongoumba n’ont pas eu l’opportunité de bénéficier des formations ou des sensibilisations dans le contexte de la lutte contre les IST et le VIH/Sida, la planification familiale et les violences basées sur le genre. Ce qui a négativement joué sur eux du fait qu’ils ne maitrisent pas le danger et aussi les techniques pour barrer la route à ces fléaux.

Il était urgent de lancer une compagne auprès de cette communauté.

Une équipe mixte CN-CNLS-UNFPA s’est déployée à Mbaïki et ses environs du 03 au 07 juin puis à Mongoumba du 13 au 18 décembre 2021 pour encourager ce peuple à s’impliquer dans la lutte contre les IST, le VIH/Sida, les VGB voire la Covid-19 ainsi qu’en faveur de la planification Familiale.  

« Ces missions ont  pour but d’organiser des sessions de formations et de sensibilisations à l’endroit d’une quarantaine des relais communautaires Pygmées  AKA  dans au moins huit campements dont trois à Mbaïki et cinq à Mongoumba. Nous les avons formés du 03-05 juin et du 14 au 15 décembre 2021 sur les notions de prévention du VIH/Sida, des IST, la planification familiale et les Violences Basées sur le Genre », a indiqué Dr Justin BALEKOUZOU de la CN/CNLS qui a conduit la délégation.

Après s’être formés, les pairs éducateurs qui sont désormais des relais communautaires ont sensibilisé leurs pairs du 06-07 juin à Mbaïki et du 16 au 17 décembre à Mongoumba  dans les différents campements sous la clairvoyance de l’équipe de la CN-CNLS.

Une toute première expérience gagnante et satisfaisante pour les bénéficiaires

Cette expérience que l’on peut qualifier d’une première est appréciée par les Pygmées  AKA qui se disent très satisfaits de cette formation car, le VIH/Sida et les IST sont malheureusement des tristes réalités chez eux.


Séances de sensibilisation dans les campements AKA de Mongoumba

 

Essounga Gérard, Aka du campement du village Ndombo et l’un des participants à cette formation témoigne: « Nous n’avions jamais été formés ni sensibilisés auparavant sur les moyens de prévention des IST et du VIH/Sida. Cela est triste car les symptômes de ces maladies sont parfois visibles dans nos communautés mais nous les ignorons faute d’informations. En conséquence,  plusieurs des nôtres ont perdu la vie suite à ces maladies. Nous faisions des rapports sexuels non-protégés tout en ignorant le grand danger que nous encourons. Mais grâce à cette formation, nous allons sensibiliser nos frères et sœurs dans le cadre de la protection, surtout à travers les méthodes du port correct et systématique du préservatif, de l’abstinence et de la fidélité. Il sera aussi question de les encourager à se faire dépister afin de connaitre le plutôt possible leur statut sérologique pour prendre des dispositions nécessaires». 

Marie Koube, une autre  bénéficiaire s’est dite satisfaite de cette formation et promet sensibiliser les autres femmes sur les VBG et la planification familiale. « Nous, femmes Akas sommes victimes des violences basées sur le genre de la part de nos maris mais, nous n’avions jamais dénoncé cela. En outre, nous n’avions jamais eu des informations sur la planification familiale. C’est pourquoi, nous n’espaçons pas nos-naissances.  Ces deux situations impactent négativement sur notre santé. Merci à l’UNFPA et à la CN-CNLS qui ont organisé cette formation à notre intention. Dorénavant, je vais sensibiliser les autres pour qu’elles comprennent que les violences et les accouchements répétitifs ne sont pas bons pour notre santé et que nous devons tout faire pour y mettre fin ». 

Neuf jours bénéfiques, selon la CN-CNLS

Ces neuf jours de travail acharné dont cinq  jours de formations et quatre jours de descente dans les campements notamment à Mbaïki et Mongoumba ont été couronnés de succès comme le mentionne Juvénal BAGAZA de la CN/CLS, l’un des formateurs : « Notre équipe est satisfaite du travail réalisé car nous avons pu en  quatre jours organiser deux  formations et deux descentes sur le terrain. En outre, lors de notre descente dans les campements, nous avons su que ces relais communautaires ont maitrisé les différentes thématiques que nous leurs avons enseignées. Cependant, il est indispensable qu’ils pérennisent la sensibilisation au sein de leur communauté pour que nous arrivions à un changement de comportement ».

A en croire l’équipe de la CN-CNLS, il est indispensable d’assurer l’accompagnement de ces relais communautaires dit Réco car la fréquentation régulière des centres de soins pour les conseils sur la planification familiale, le dépistage et une éventuelle prise en charge en cas des IST ou du VIH/Sida est le résultat attendu après ces sessions de formations. Cela se présente comme le plus grand défi à relever. 

Déjà, une campagne de dépistage, initialement prévue pour les conducteurs de mototaxis a été faite au profit de la population générale. Le pari est réussi car toutes les couches sociales et mêmes les forces de l’ordre présentent dans la localité se sont faites dépister.

Depuis fin 2019, le monde fait face à la pandémie de Covid-19 qui ne cesse de faire des ravages. Des millions de personnes sont mortes suite à cette maladie. Vue la montée en puissance de cette pandémie, le monde semble se détourner de la lutte contre le VIH/Sida qui demeure l’un des fléaux qui déciment l’humanité. C’est pourquoi, l’UNFPA et la CN-CNLS ne sont restés en marge de cette lutte avec des politiques définies en accord avec l’ONUSIDA.

D’après les estimations Spectrum (2020), les nouvelles infections au VIH sont passées de près de 6 500 en 2015 à moins de 5 000 en 2019, le nombre de décès liés au Sida de 5 500 en 2015 à moins de 4 000 en 2019. La couverture en traitement est passée de moins de 25% des adultes vivant avec le VIH en 2015, à près de 45% en 2019. Le pays dispose d’un plan d’accélération de la prise en charge des enfants et adolescents VIH+ et les efforts pour accélérer la prise en charge pédiatrique du VIH. 

Dans cette lutte acharnée, la prévention demeure le noyau de la lutte contre la pandémie du VIH.

L’activité au profit des pygmées AKA rentre dans le cadre de la journée mondiale de lutte contre le Sida, édition 2021.          

Brice Ledoux Saramalet