Le Président de la République Centrafricaine (RCA), le Professeur Faustin Archange Touadéra était ce 1er septembre 2023 à Juba (Soudan du Sud) sur invitation de son homologue Salva Kiir.
Au centre des échanges entre les deux Chefs d’Etat, les questions sécuritaires et économiques. A cet effet, les deux pays ont procédé « à la signature d’un mémorandum d’entente en matière de sécurité, d’un accord portant d’un comité mixte de coopération en matière de défense, de sécurité, de renseignement et de commerce », a indiqué la Présidence de la RCA dans un post Facebook.
« Les documents ont été signés du côté centrafricain par Madame Sylvie Baipo Temon, Ministre des Affaires Etrangères et du côté sud-soudanais par Monsieur Martin Elia Lomuro, Ministre Directeur de Cabinet et le Général Obuto Mamur, Ministre chargé des Services de Sécurité », a rapporté la même source.
Une coopération sécuritaire « stratégique » pour la RCA :
Délimité de la République Centrafricaine par 483 km, le Soudan du Sud est situé à l’Est de ce pays d’Afrique Centrale. Mais, le Sud-Soudan sert de base arrière aux groupes armés dont l’UPC de Ali Darass, un groupe armé membre de la Coalition Patriotes pour le Changement et aussi à la milice locale « Azandé Ani Kpi Gbé ».
Ces deux groupes armés se livrent des combats pour contrôler les régions Est de la RCA. La principale cible de « Azandé Ani Kpi Gbé » est l’UPC qu’elle accuse de commettre de nombreux crimes sur les autochtones, c’est même l’essence de son nom signifiant en français « Beaucoup de Zandés sont morts ».
Pour mémoire, les Zandé sont repartis géographiquement entre le Soudan du Sud, la RCA et la RDC, donc pour défendre leur communauté, la milice « Azandé Ani Kpi Gbé » pourrait bénéficier de la solidarité d’autres membres du groupe qui résident dans les pays cités (Soudan du Sud et la RDC).
Pareillement, l’UPC majoritairement Peulh et impliquée dans le trafic de bétail et de contrôle des riches terres de pâturage ainsi que l’exploitation d’or, jouit d’un soutien de complices dans ces mêmes pays, principalement du Soudan et du Soudan du Sud.
Dans ce cas, « la démarche du Président Touadéra s’inscrit dans la logique de coopérer avec le voisin sud-soudanais pour assurer la sécurité le long de la frontière commune dont le contrôle échappe aux forces centrafricaines qui y sont absentes», a souligné un observateur centrafricain.
Aussi, dans cette région, en dehors des groupes armés locaux, des éléments de l’Armée de Résistance du Seigneur (LRA) de l’Ougandais Joseph Kony y sévissent, même si leurs capacités ont été considérablement réduites en 15 ans par des forces conjointes centrafricaines, sud soudanaises et ougandaises avec l’appui des forces spéciales américaines qui avaient installé leur base au Sud Soudan.
La question de la transhumance entre ces deux pays reste aussi source de conflit. Par sa végétation très riche, des éleveurs Sud Soudanais franchissent les frontières pour paitre leurs bœufs. « Cette transhumance parfois source des conflits doit aussi être règlementée à travers cet accord », a poursuivi cet observateur.
En fait, cette région frontalière est carrefour des bandits armés venus du Soudan et du Soudan du Sud. Les trafics de tout genre, surtout les armes et munitions s’opèrent entre les rebelles dans cette région frontalière.
Il était temps pour que le Soudan du Sud et la RCA renforcent leur coopération bilatérale. La frontière commune est souvent confrontée à de nombreux problèmes d’insécurité.
Et au plan économique ?
Pareillement, la Préfecture du Haut-Mbomou dépend économiquement du Sud-Soudan car la route la reliant aux autres parties de la RCA sont impraticables. « Il est donc de l’intérêt de Touadéra de penser à un partenariat économique avec son voisin de l’Est pour soulager ses compatriotes du Haut-Mbomou », nous dit l’observateur.
Les commerçants centrafricains bravent l’insécurité pour approvisionner la région en produits divers et permettent aussi aux commerçants sud soudanais de s’approvisionner en RCA. Un échange commercial transfrontalier se développe dans un contexte d’insécurité permanente dans la région et donc, hors du contrôle des services de l’Etat. Il est important de rappeler qu’à des moments, c’est la Livre Sud-Soudanaise qui est utilisée dans une grande partie de cette région centrafricaine.
Selon des informations de l’Oubangui Médias, ce mémorandum d’entente sur la sécurité ouvre la voie à d’autres accords de coopération avec le Soudan du Sud, qui sort aussi difficilement de la crise alors que la RCA accueille des milliers des réfugiés sud soudanais sur son sol.
Junior Max Endjigbongo

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