Au Mali, une attaque armée d’envergure a récemment été menée, visant selon plusieurs sources le chef de l’État. Le ministre de la Défense ainsi que plusieurs membres de sa famille ont été tués lors de cette opération, attribuée à une coalition de groupes armés réunissant des insurgés touaregs et des combattants affiliés au JNIM.

Ces groupes ont déployé des moyens logistiques importants et fait preuve d’une coordination renforcée, alimentant les interrogations sur d’éventuelles influences extérieures. Pour de nombreux analystes, la crise malienne dépasse désormais le cadre national et s’inscrit dans des dynamiques régionales où certains acteurs voisins joueraient un rôle déterminant.

La position de l’Algérie vis‑à‑vis du Mali est particulièrement scrutée. Les relations entre les deux pays se sont nettement détériorées ces derniers mois, marquées par des accusations réciproques et plusieurs incidents diplomatiques. Bamako a notamment dénoncé la destruction d’un drone malien près de la frontière, imputée à Alger et qualifiée d’atteinte à sa souveraineté. Parallèlement, les autorités maliennes ont multiplié les dénonciations dans les enceintes internationales, y compris à l’ONU, accusant l’Algérie d’ingérence. Des communiqués officiels relayés par le porte‑parole du gouvernement ont également mis en cause le rôle d’Alger dans la déstabilisation du pays, accentuant un climat de défiance inédit.

À plusieurs reprises, le gouvernement malien a alerté sur ce qu’il considère comme l’implication néfaste de l’Algérie dans la crise. Dans un communiqué du ministère des Affaires étrangères daté du 1er janvier 2025, Bamako a dénoncé « la proximité et la complicité de l’Algérie avec les groupes terroristes qui déstabilisent le Mali », affirmant que des « groupes terroristes [sont] soutenus par l’Algérie » et évoquant une « sympathie non dissimulée des autorités algériennes » envers ces acteurs. Un autre communiqué, le n°064 du 25 janvier 2024, signé par le colonel Abdoulaye Maïga, mentionnait « l’accueil de citoyens maliens poursuivis pour terrorisme » ainsi que « l’existence sur le territoire algérien de bureaux de groupes aujourd’hui qualifiés de terroristes ». Ces déclarations traduisent une mise en cause directe et répétée d’Alger par Bamako.

La longue proximité entre Alger et certains groupes touaregs est également perçue comme un facteur ayant contribué à maintenir une dynamique séparatiste dans le Nord du Mali, affaiblissant l’autorité de l’État sur cette zone.

Sur le plan interne, des initiatives visant à structurer une opposition autour de figures influentes, dont Mahmoud Dicko, attirent l’attention. Certains observateurs estiment que ces mouvements pourraient accentuer la vulnérabilité des autorités maliennes. Parallèlement, un blocus économique imposé par des groupes armés, notamment attribué au JNIM, accroît la pression sur l’État et sur des populations déjà confrontées à une situation économique difficile.

Les conséquences pourraient être considérables. Le Mali risque d’entrer dans une nouvelle phase de déstabilisation profonde, susceptible de transformer certaines régions en zones de non‑droit. Un affaiblissement durable de l’État favoriserait l’installation de sanctuaires pour groupes armés, facilitant leurs activités de recrutement, de financement et de projection régionale.

Au‑delà du Mali, les risques de contagion régionale sont élevés. Le Niger et le Burkina Faso, déjà soumis à une forte pression sécuritaire, pourraient être directement touchés. Des États côtiers comme le Togo, le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Sénégal, la Guinée ou la Mauritanie pourraient également subir les effets d’un possible effet domino, menaçant l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest jusqu’aux zones atlantiques.

Les implications dépasseraient même le cadre continental. Une aggravation de la crise malienne pourrait avoir des répercussions sur le Maghreb et l’espace euro‑méditerranéen, en facilitant l’expansion des réseaux de migration irrégulière, de trafic d’armes, de drogue et de criminalité transnationale. Dans ce contexte, la stabilité du Mali apparaît comme un enjeu stratégique majeur.

Face à ces risques, plusieurs voix appellent à une mobilisation accrue de la communauté internationale pour soutenir l’intégrité territoriale du Mali et refuser toute complaisance envers les groupes armés, qu’ils soient terroristes ou séparatistes. La crise malienne constitue un test crucial pour la sécurité collective : laisser le pays s’enfoncer dans une dynamique de fragmentation reviendrait à ouvrir un corridor d’insécurité allant du Sahel jusqu’aux portes de l’Europe.

Dans ce cadre, la défense de la souveraineté malienne et la prévention de toute instrumentalisation des groupes armés sont présentées comme des priorités stratégiques essentielles

Oumar Ousman .