L’Université de Bangui en partenariat avec le comité scientifique a organisé une conférence-débat jeudi 23 novembre 2023 précisément dans l’amphithéâtre Alphonse Blague de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines sur le thème: la déconstruction de l’analyse de Monsieur Rolland Marchall intitulée « Centrafrique, la fabrique d’un autoritarisme », en présence de certains membres du gouvernement et des chercheurs étrangers.

Des universitaires ont fustigé la démarche scientifique sur la RCA dans le rapport  de plus 68 pages de l’écrivain français Rolland Marchall « Centrafrique : La fabrique de l’autoritarisme », rendu public en octobre dernier qui a critiqué la gestion des choses publiques par les autorités centrafricaines. Selon ses propres termes, cette gestion est autoritaire avec la bénédiction des alliés russes et rwandais. Il s’est appuyé sur quelques  faits comme la destitution de Madame Danielle Darlan ancienne présidente de la Cour Constitutionnelle, l’élaboration et l’adoption de la nouvelle Constitution.

Cette conférence-débat a été ouverte par l’allocution du ministre d’Etat de la justice, Docteur Arnaud Djoubaye Abazène qui selon lui, ces allégations portées par l’auteur ne seraient laissées les intellectuelles africains indifférents.

Pour ce, les collèges intellectuelles centrafricains et des panafricanistes qui sont accourus pour défendre la cause de la RCA et apporter un regard différent et mettre la lumière scientifique sur l’article car, la RCA utilisera les mêmes canevas afin de procéder à un droit de réponse: « Son rapport qualifie les autorités centrafricaines d’afficher un climat de dictature, mais il y aura une réplique par rapport à cet article. Il s’agit des allégations concernant notre pays, un Etat qui vient de loin et qui est connu sur le plan international de faire des efforts pour sortir de l’ornière. Il ne revient pas à un individu d’écrire notre histoire mais plutôt nous-mêmes. Car la période qui consistait à écrire notre histoire est révolue puisque nous avons maintenant plusieurs intellectuelles, des professeurs, des agrégés alors il y aura une réplique appropriée», a-t-il promis.

 Plusieurs échanges et interventions ont été faits par des participants et experts. Pour certains participants, ce rapport de Rolland Marshall est non conforme à la démarche scientifique, comme l’a souligné Alexis N’dui-Yabela, Professeur à l’Université de Bangui: « C’est un article qui est publié dans une revue scientifique, on a eu à parcourir l’intégralité de l’article. Nous avons constaté que cet article comportait des lacunes d’ordre formelles et des lacunes de fond. En conclusion, après une réunion de travail technique entre les enseignants, nous procéderons à une déconstruction de l’article de sociologue qui se dit spécialiste de la Centrafrique. L’avantage est qu’on a un groupe écliptique regroupant plusieurs chercheurs dans des différents domaines pour répondre à l’affirmation parce que globalement quand on parle d’un travail de chercheur, ce travail doit répondre à certains normes scientifiques comme la sincérité et l’objectivité mais cela ne figurent pas dans l’article de Rolland Marshall », a-t-il déploré.

Plusieurs Universitaires du Centre de Recherche pour la Démocratie et le Développement en Afrique  (CEREDDA) ont pris part à cette conférence-débat au côté de leurs pairs centrafricains. Pour Dr Joël Trésor Nyonka’a, c’est un plaisir de participer à cette communication scientifique : « La CEREDDA est basée au Cameroun. Chaque fois quand il y a des évolutions sur la scène internationale concernant les questions de développement de nos pays, le centre se donne la responsabilité d’analyser et de faire des propositions sur le plan scientifique ou à travers un service de conseil au gouvernement. Alors, dans le cadre de l’étude publiée par Rolland Marshall, nous décidons de vérifier si les canaux scientifiques relativement à cette étude sont respectés, si l’auteur a vraiment conquis un objet sur la Centrafrique notamment la gouvernance. Il était  question pour nous de vérifier s’il a vraiment procédé à la construction de son objet d’étude en respectant les canaux scientifiques avant d’arriver à la conclusion qu’on a pu lire dans son travail », s’interroge-t-il.

A la lumière de l’analyse fait par des universitaires, le plan  de la construction de son objet d’étude, sur le plan de la maîtrise méthodologique de son sujet, la théorisation et  la conceptualisation laissent de nombreuses faiblesses. C’est donc ce qui a fondé l’entame du travail qui a été présenté par ces universitaires.

Jenny Alida Mbokosse