Africa Intelligence 22/11/2021

Depuis le début de l’année, le Fonds monétaire international a signé des programmes d’appui avec quatre des six pays de la zone monétaire Cemac, fragilisée par le Covid et dépendante aux exportations de pétrole. Mais les discussions de l’institution de Bretton Woods avec le Tchad et la Centrafrique patinent. N’Djamena doit dépêcher ce 22 novembre une équipe à Washington.

Dans le sillage du sommet du 18 août à Yaoundé, le Fonds monétaire international boucle rapidement des accords d’appui avec les pays de la sous-région. L’institution de Bretton Woods veut profiter de la conjoncture favorable permise par la suspension des services de la dette, décidée par le G20 dans le contexte du Covid-19. L’heure tourne, car la suspension prendra fin au mois de décembre.

Le FMI souhaite ainsi éviter que la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale (Cemac), qui a été la plus épargnée en Afrique par la crise économique liée à la pandémie, subisse une stagnation économique. Le fonds prévoit une croissance de 2,5 % pour 2021, une performance en dessous de la moyenne de ces dernières années.

Moins intégrée que sa voisine ouest-africaine, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), la Cemac pâtit d’un poids disproportionné du Cameroun, qui porte à lui seul près de la moitié du PIB de la zone, ainsi que d’une forte dépendance aux variations des prix du pétrole.

Le niveau des réserves de change est dans ce contexte particulièrement préoccupant. Il est tombé à moins de cinq mois de réserves d’importation dans le courant de l’année, forçant la Banque des Etats d’Afrique centrale (BEAC) à appliquer un contrôle des changes strict, au détriment des importateurs. Les différents accords conclus avec le FMI devraient donner une bouffée d’oxygène bienvenue, en plus du versement des droits de tirages spéciaux en août, qui ont apporté 1,5 milliard de dollars à la Cemac.

Le Congo décroche enfin un appui

Le dernier résultat en date, et probablement le plus spectaculaire, concerne le Congo, qui a conclu le 8 novembre un accord de 456 millions de dollars sur trois ans au titre de la facilité élargie de crédit (FEC). L’accord doit être validé par le conseil d’administration du FMI d’ici à la fin de l’année, une formalité. En coulisse, la France a largement plaidé à Washington en faveur de Brazzaville. Un appui qu’avait sollicité le chef du gouvernement, Anatole Collinet Makosso, lors d’une visite officielle à Paris à la fin de l’été (AI du 27/08/21).

Ce dernier, épaulé par le ministre des finances Roger Rigobert Andely – actuellement en retrait des dossiers en raison de problèmes de santé – est ainsi parvenu à débloquer en six mois une situation enlisée depuis 2020, la précédente FEC conclue en 2019 ayant été suspendue un an plus tard. C’est une petite revanche pour Brazzaville, qui n’avait pas caché sa colère contre l’institution financière lorsque cette dernière ne l’avait pas désignée comme éligible au fonds d’urgence Covid-19.

Dans le même temps, Brazzaville est sur le point de rééchelonner sa dette bilatérale avec la Chine ainsi qu’avec le trader Trafigura. En revanche, les discussions sont encore compliquées avec le géant suisse du négoce, Glencore.

Le plus difficile commence cependant pour Brazzaville. Le versement des tranches sera conditionné à un contrôle des dépenses budgétaires, ainsi qu’à l’application de lois anti-corruption, ou encore à la transparence des revenus liés au pétrole. Depuis les années 2000, le Congo n’est allé au bout d’aucun programme du FMI.

Le Tchad dans l’ornière

Le Congo rejoint ainsi le Cameroun et le Gabon, qui avaient, quelques mois plus tôt, signé des accords similaires avec le FMI, respectivement à hauteur de 689,5 et 553,2 millions de dollars.

La Guinée équatoriale, dans une situation plus critique, a consenti à demander en septembre un appui d’urgence à hauteur de 67,4 millions de dollars, comme l’avait révélé Africa Intelligence dès le mois d’août (AI du 18/08/21).

La situation du Tchad reste bien plus compliquée. En pleine transition depuis la mort d’Idriss Déby, le pays voit ses caisses rester désespérément vides. Or, un accord avec le FMI est conditionné à l’obtention d’un arrangement avec Glencore, auprès de qui l’Etat tchadien a contracté un important prêt au début des années 2010.

Une situation d’autant plus difficile que le président Mahamat Idriss Déby, dit « Kaka », devra financer une transition qui s’annonce coûteuse. L’appui budgétaire de la France de 15 millions d’euros décaissés ne couvrira en effet qu’une infime partie du budget du pays. Dans ce contexte délicat, le premier ministre tchadien, Pahimi Padacket Albert, était à Bruxelles du 16 au 18 novembre pour solliciter un appui de l’Union européenne (UE) auprès du patron de la diplomatie européenne, Josep Borrell. L’UE a dans ce cadre annoncé un soutien de 100 millions d’euros sur dix-huit mois à N’Djamena avec une première avance de 40 millions d’euros avant la fin de l’année. Le ministre de l’économie tchadien, Issa Doubragne, s’est par ailleurs envolé le 21 novembre pour Washington dans le but de rencontrer une équipe du FMI et de la Banque mondiale. Si la récente hausse des prix du pétrole donne une bien faible bouffée d’oxygène à N’Djamena, celle-ci est limitée par la fermeture temporaire du site de Kobé par ExxonMobil à la suite d’un important conflit social (AI du 11/10/21).

Bangui pris au piège

L’autre pays en sursis est la Centrafrique, qui pèse moins de 2 % du PIB de la zone. Sous pression de la France, en froid diplomatique avec Bangui (AI du 04/10/21), le FMI a décidé de ne pas accorder de FEC au pays, comme il l’avait pourtant fait en 2020 en versant 100 millions de dollars. A la place, le nouveau ministre des finances, Hervé Ndoba, doit tenter de convaincre l’institution de lui permettre d’accéder à un programme de moindre ampleur.

Mais la réticence du FMI persiste : les capitales occidentales, emmenées par Paris, ne manquent pas une occasion de pointer la présence de la compagnie de sécurité privée russe Wagner au plus haut sommet de l’Etat. Malgré quelques gages du gouvernement centrafricain, comme la fin officielle de la coopération russe au niveau des douanes (arrêt difficile à constater sur le terrain), le FMI craint qu’une partie de l’argent versé se retrouve dans les mains des paramilitaires et rechigne à signer.

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