La conférence de presse hebdomadaire de la MINUSCA du mercredi 24 juin 2026 à Bangui, a été dominée par un seul sujet : la réunion du Conseil de sécurité des Nations Unies consacrée à la situation en République centrafricaine. Florence Marchal, porte-parole de la Mission, a relayé les propos de la Représentante spéciale du Secrétaire général, Valentine Rugwabiza, qui s’est exprimée la veille devant les quinze membres du Conseil depuis Bangui.
Cette réunion correspond à la publication trimestrielle du rapport du Secrétaire général sur la RCA, couvrant la période du 13 février au 13 juin 2026. Dans son intervention, Valentine Rugwabiza a articulé son message autour de quatre axes : les progrès enregistrés, la situation sécuritaire, la nécessité d’un plan pour combler les lacunes du secteur de la sécurité, et la reconfiguration en cours de la MINUSCA.
Dès l’entame de son discours, la Cheffe de la MINUSCA s’est félicitée des « progrès remarquables et tangibles vers une paix et une sécurité durables » accomplis depuis juin 2022, date de sa première intervention au Conseil de sécurité.
Parmi ces avancées, elle a mis en avant la mise en œuvre des processus politique et de paix, l’extension de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire, la protection des civils et surtout la tenue des élections couplées de décembre 2025. Ces élections, qualifiées d’historiques, ont marqué une étape décisive dans la consolidation institutionnelle du pays.
Valentine Rugwabiza a insisté sur la nécessité de préserver ces acquis et de les consolider. Elle a rappelé que le cycle électoral 2025/2026 se poursuit, avec le second tour des législatives, régionales et municipales organisé le 26 avril dernier. Dans un pays où les scrutins ont souvent été synonymes de tensions et de violences, cette stabilité électorale est perçue comme un signe encourageant.
Autre avancée notable : la participation accrue des femmes. Les élections locales ont permis d’atteindre une représentation féminine de 45 % parmi les conseillers municipaux, renforçant ainsi la gouvernance inclusive.
Sur le plan sécuritaire, la Représentante spéciale a relevé des améliorations dans l’ensemble du pays, tout en soulignant la fragilité persistante dans certaines zones frontalières du nord-est et du sud-est.
La MINUSCA poursuit ses efforts pour protéger les civils et soutenir l’extension de l’autorité de l’État, en étroite collaboration avec le gouvernement. Toutefois, Mme Rugwabiza a insisté sur la nécessité de développer un plan complet et détaillé pour combler les lacunes critiques du secteur de la sécurité.
Ce plan, selon elle, doit être fondé sur une forte appropriation nationale et soutenu par les partenaires internationaux. Il vise à garantir que le transfert progressif des tâches sécuritaires de la MINUSCA aux Forces nationales de défense et de sécurité s’effectue sans compromettre les avancées enregistrées.
Les investissements à venir concernent notamment
Soutien aux troupes déployées dans les zones reculées, Construction et entretien des bases des Forces de défense et de sécurité, Formation des troupes et officiers, Renforcement des capacités logistiques et de mobilité, Amélioration de la gouvernance et de la redevabilité du secteur de la sécurité.
Le quatrième point abordé par Mme Rugwabiza concerne la reconfiguration de la Mission. Elle a cité l’exemple de Mbaïki, où la remise officielle de sept bases de la MINUSCA au gouvernement, le 10 juin dernier, a marqué une étape importante dans le transfert progressif des responsabilités aux autorités nationales.
Entre janvier et juin 2026, la MINUSCA a fermé 21 bases, dont sept remises aux autorités centrafricaines, toutes situées dans des zones stabilisées. La Mission a également fermé trois bureaux de terrain et un de ses trois complexes à Bangui, générant des économies et favorisant une meilleure intégration entre ses composantes civiles et militaires.
Cette reconfiguration s’inscrit dans une stratégie visant à rendre la Mission plus agile et mobile. Toutefois, Mme Rugwabiza a averti que le succès de cette approche dépendra de capacités de soutien adaptées, notamment dans le domaine aérien, compte tenu des infrastructures limitées et de la longue saison des pluies.
À plusieurs reprises, la Cheffe de la MINUSCA a loué la relation exceptionnelle entre la Mission, les autorités et le peuple centrafricains. Elle a reconnu que les avancées constatées n’auraient pas été possibles sans une coopération étroite et constante, fondée sur la confiance et le respect mutuel.
Les États membres du Conseil de sécurité ont, tour à tour, exprimé leur soutien. Le représentant permanent de la RCA auprès des Nations Unies a souligné que l’appui continu de la MINUSCA demeure indispensable pour consolider les acquis en matière de sécurité, de gouvernance, de réconciliation et de mise en œuvre des accords de paix.
Le représentant de la France a salué la contribution décisive de la MINUSCA, malgré des contraintes financières inédites. Le Danemark et le Pakistan ont insisté sur le rôle essentiel de la Mission dans la protection des civils. L’ambassadeur Bartos, pour les États-Unis, a quant à lui estimé que la reconfiguration de la MINUSCA pourrait servir de modèle à d’autres missions onusiennes.
La MINUSCA continue d’appuyer des actions concrètes sur le terrain. Ainsi, 106 combattants ont été désarmés et démobilisés à Kouki, dans la préfecture de l’Ouham, par l’Unité nationale en charge des opérations de désarmement, démobilisation et réintégration (UEPNDDRR), avec le soutien logistique, technique, financier et sécuritaire de la Mission.
Cette opération illustre la contribution directe de la MINUSCA à la stabilisation du pays et à la réinsertion des ex-combattants dans la société civile.
La consolidation des acquis électoraux, la pérennisation des avancées sécuritaires et la réussite de la reconfiguration de la MINUSCA dépendront d’une coopération continue entre les autorités nationales, la Mission et les partenaires internationaux
Dans un pays longtemps marqué par les crises, ces évolutions offrent une lueur d’espoir. Mais elles rappellent aussi que la paix est un processus, jamais acquis, qui exige constance, solidarité et détermination.
Rédaction

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