Les principaux leaders, membres fondateurs de la Coalition des Patriotes pour le Changement (CPC) sont contraints en exil dans plusieurs pays d’Afrique et d’Europe. Est-ce la fin annoncée de cette coalition rebelle dirigée par l’ancien président François Bozizé ?

La CPC est constituée de puissants groupes rebelles qui ont ensanglanté la Centrafrique depuis plusieurs années. Ces groupes, réunifiés et organisés par François Bozizé avaient lancé des offensives pour prendre contrôle de plusieurs villes avant d’attaquer Bangui le 13 janvier 2021. Un coup de force manqué avant que les Forces Armées Centrafricaines ne puissent organiser la riposte.

La force militaire de la CPC a été considérablement réduite par les Forces Armées Centrafricaines et leurs alliés russes et rwandais, ce qui a obligé les éléments de la CPC à se convertir en coupeurs de route en vue de trouver quelque chose à mettre sous la dent de peur de mourir de faim dans la brousse ou d’être rattrapés par la justice.

Les leaders de ces groupes, ont soit pris la route du Tchad ou du Soudan. D’autres qui sont des têtes pensantes  ont pris la tangente et nombreux se sont retrouvés dans les pays européens. 

Est-ce là les signes annonçant la fin subite de cette rébellion ?

En effet, les Centrafricains ont connu à visage découvert les principaux leaders armés et ont soupçonné comme la justice certains leaders politiques de vouloir mettre à mal la paix et la sécurité en République Centrafricaine. Ces derniers sont obligés de fuir le pays pour trouver asile ailleurs.

François Bozizé se réclame toujours sur le sol centrafricain mais tous ceux avec qui il a mené les offensives sont aujourd’hui en dehors du pays, même lui aussi.

Ali Darass, le chef d’Etat-major de la CPC exprime dans un communiqué la semaine dernière sa volonté de revenir dans l’accord politique pour la paix et la Réconciliation, en annonçant que son gouvernement l’UPC a quitté la CPC. Bien fragilisé, l’UPC a connu une forte dissidence depuis l’échec de janvier 2021. Le chef de l’UPC naviguerait entre le Soudan et le Tchad mais ses hommes restent encore dans la brousse pour mener des attaques sporadiques.

Mahamat Alkatim, disposant d’une double nationalité se trouverais vers la région de la Grande Sido au Tchad, là où se trouveraient plusieurs autres chefs rebelles de la CPC.

Noureddine Adam comme depuis la chute de la Séléka en 2013, vit entre le Centrafrique et le Soudan. Lui qui dispose d’une villa à Khartoum se repose tranquillement dans la capitale soudanaise et poursuit ses affaires entre Khartoum-Doubaï.

Sembé Bobo, qui a pris la tête du mouvement 3R en mars 2021 après le décès de Sidiki Abass serait dans la zone des trois frontières RCA-Tchad-Cameroun, surtout dans les forêts camerounaises. Plusieurs de ses éléments ont été arrêtés au Cameroun il y’a quelques semaines. Ce mouvement conserve encore une capacité de nuisance. Ce qui se traduit par des attaques des convois et des commerçants dans la préfecture de Lim-Péndé.

Aujourd’hui, presque toutes les bases des éléments de la CPC ont été démantelées par les FACA et les forces spéciales russes et rwandaises, sans occulter les actions de la Minusca qui leurs apportent un soutien indéfectible et multiforme dans les opérations du ratissage complet du territoire centrafricain. Cette opération a permis effectivement de mettre hors état de nuire ces rebelles, mercenaires étrangers et nationaux réunis tous au sein de la CPC.

 Les actions militaires des FACA ont aujourd’hui fragilisé cette force négative dans sa lutte et a réduit leur chance d’atteindre leurs principaux objectifs : déloger Faustin Archange Touadéra, actuel locataire du Palais de la Renaissance puis instaurer un régime de Transition et organiser une élection pour légitimer leur pouvoir.

Les leaders de cette coalition armée sont présentement dispersés et la Conférence Internationale sur la région des Grands-Lacs négocie leur exil.

Repli tactique ? 

Le silence et l’inaction des rebelles de la CPC ne dit pas la fin de cette nébuleuse.   Nombreux observateurs de la vie politique de la République Centrafricaine font observer que c’est pendant la saison sèche que les groupes rebelles lancent souvent des attaques. La saison sèche favorise toujours les actions de coup d’Etat dans ce pays.

Ce retrait anticipé des principaux leaders de la CPC et de leurs éléments sur le terrain est vu par des observateurs somme un repli tactique pour la CPC qui cherche à reconstituer ses capacités de nuisance, à recruter des nouveaux combattants, à rechercher des appuis politiques avant de tenter à nouveau des actions de déstabilisation du pouvoir de Bangui.

Les FACA qui renforcent leurs positions sont aujourd’hui sur le qui-vive à l’approche de la saison sèche où les groupes prospèrent en Centrafrique.

Joseph Nzah