Sous la chaleur lourde de Kuala Lumpur, plus de 1 500 journalistes venus de 135 pays se sont retrouvés pour la 14ᵉ Conférence mondiale sur le journalisme d’investigation (GIJC25). Pendant quatre jours, reporters, éditeurs, data-journalistes et experts en sécurité numérique ont partagé outils, méthodes et expériences pour faire face à un environnement de plus en plus hostile à la presse.Kuala Lumpur, Malaisie

Parmi cette communauté internationale, la République centrafricaine était représentée, signe de l’intérêt croissant des journalistes centrafricains pour l’investigation, la collaboration transfrontalière et l’adoption des standards internationaux de l’enquête.

L’IA, nouvel outil stratégique de l’enquête

L’un des thèmes centraux de la GIJC25 a été l’usage de l’intelligence artificielle (IA) dans le journalisme d’investigation. Longtemps perçue comme une menace pour la profession, l’IA s’impose désormais comme un outil stratégique, capable d’accélérer l’analyse de grandes masses de données.

Grâce à des plateformes accessibles sans compétences techniques avancées, les journalistes peuvent aujourd’hui analyser des milliers de documents, identifier des réseaux financiers complexes ou repérer des schémas de corruption en un temps record. Plusieurs intervenants ont insisté sur un point clé : l’IA ne remplace pas le journaliste, mais elle renforce sa capacité à enquêter dans des contextes où le temps et les ressources sont limités.

Dans certains pays à haut risque, l’IA est même utilisée comme outil de protection. Des exemples venus d’Amérique latine ont montré comment des avatars générés par intelligence artificielle permettent de diffuser des enquêtes sensibles tout en protégeant l’identité des journalistes exposés à la répression.

L’OSINT, au cœur des enquêtes modernes

Autre pilier majeur de la conférence : l’OSINT (Open Source Intelligence), devenue incontournable dans le journalisme contemporain. Une masterclass animée par la fondation norvégienne SKUP a particulièrement marqué les participants, notamment les journalistes boursiers issus de pays où l’accès à l’information est restreint.

Les formations ont montré comment exploiter des données ouvertes pour vérifier des vidéos, localiser des événements à partir d’images satellites, analyser les réseaux sociaux ou encore retrouver des informations effacées grâce aux archives du web.
Pour de nombreux participants du Sud global, ces outils représentent une opportunité d’enquêter malgré l’opacité des institutions, et de produire des preuves solides face aux démentis officiels.

Des figures inspirantes du journalisme mondial

La GIJC25 a également réuni des figures emblématiques du journalisme d’investigation. Parmi elles, Maria Ressa, Prix Nobel de la Paix, est revenue sur son combat pour la liberté de la presse aux Philippines, soulignant l’importance de la solidarité internationale face aux attaques judiciaires et numériques.

Paul Radu, cofondateur de l’OCCRP, a partagé son expérience des enquêtes transfrontalières, tandis que les équipes de Bellingcat ont détaillé leurs méthodes de vérification numérique, devenues des références mondiales. Ces échanges ont mis en lumière une conviction partagée : le journalisme d’investigation est désormais un travail collectif, dépassant les frontières nationales.

Sécurité numérique et reconnaissance du courage

La question de la sécurité des journalistes a traversé l’ensemble des débats. Les révélations sur l’utilisation de logiciels espions, tels que Pegasus, ont rappelé la vulnérabilité croissante des reporters face à la surveillance numérique. Des sessions spécifiques ont été consacrées à la protection des sources, au chiffrement des communications et à la gestion des risques.

La conférence s’est conclue avec la remise des Global Shining Light Awards, qui récompensent des journalistes enquêtant dans des contextes de guerre, de répression ou de menaces constantes. Un moment fort, rappelant que, malgré les dangers, le journalisme d’investigation reste un pilier essentiel de la démocratie.

Cap sur 2027

En se refermant, la GIJC25 a envoyé un message clair : l’isolement affaiblit les journalistes, la collaboration les protège. Face à la corruption, à la désinformation et à l’autoritarisme, l’investigation mondiale s’organise et innove.

La prochaine Conférence mondiale sur le journalisme d’investigation se tiendra aux Pays-Bas en 2027. Une échéance importante, et une opportunité à saisir pour les journalistes centrafricains désireux de se former, de postuler aux bourses internationales et de renforcer une presse indépendante au service de l’intérêt public.

Kuala Lumpur, Malaisie