Antoine Tombet est le président du collectif des victimes de Noureddine Adam. Ce collectif a pour objectif de défendre les intérêts des victimes à la Cour Pénale Internationale (CPI) dans l’affaire Noureddine Adam. Etant lui-même victime après sa détention et par les éléments de Noureddine Adam en 2013 à la prison de la CEDAD derrière air France à Bangui, il décrit les tortures et réclame l’arrestation de leur bourreau.  Antoine Tombet âgé de 71 ans est un gendarme de formation. Il est entré dans la gendarmerie le 2 août 1976 au grade de deuxième classe et admis à la retraite en 2005 au grade d’Adjudant-Chef.  Il est père de 24 enfants. Il répond à ces quelques questions de l’Oubangui Médias.

Oubangui Médias : Monsieur Antoine Tombet, comment vous-vous êtes retrouvés dans la prison de la CEDAD ?

Antoine Tombet : Merci monsieur le journaliste. Le 24 mars 2013, je me trouvais chez ma cadette au quartier boy rabe à Bangui lors de l’entrée de la Seleka et le renversement du Président Bozizé. On s’est caché dans la maison de ma cadette et on écoutait les Seleka qui criaient « fouillez toutes les maisons y compris les toilettes ». Nous étions terrorisés car nous étions d’ethnie du président Bozizé. C’est là où le calvaire a commencé.

Plus tard le 12 octobre 2013, j’ai été arrêté par les Seleka et conduit à la prison politique de la CEDAD parce que j’étais gendarme.

Oubangui Médias : Vous vous réclamez victimes de Noureddine Adam. Décrivez nous vos conditions de détention en 2013


Antoine Tombet : Merci pour cette occasion. Mes codétenus et moi avions vécus des moments très difficiles. Nous avions un gobelet d’eau chaque quinze jours, du riz bouillant versé à même la paume de nos mains. Nous étions quotidiennement torturés, certains détenus étaient jetés dans des containers, d’autres dans des geôles sans lumière. Nous étions forcés de faire nos besoins à même le sol. Nous étions enfermés dans des conditions inhumaines. Chaque vendredi, deux prisonniers étaient exécutés. Nous n’avions pas le droit de prier. Nos geôliers nous disaient que si nous continuons à prier, nous allions être exécutés. Nous étions accusés de vouloir organiser un coup d’État car nous étions soit d’ethnie gbaya soit des parents de Bozizé soit des militaires.

Oubangui Médias : Combien de temps aviez-vous passé dans cette cellule illégale de détention et racontez-nous comment vous aviez été libérés.

Antoine Tombet : J’ai passé 28 jours dans cette boite noire. La première semaine de ma détention j’ai senti que je n’avais plus personne dans ma vie. J’ai appris à ma libération que mes enfants m’avaient cherché dans tous les hôpitaux et les commissariats de Bangui en vain.

La deuxième semaine de ma détention j’ai rêvé de mes enfants une nuit et je me suis ressaisi, je me suis raccroché à la vie et j’ai prié mon Seigneur Jésus Christ. C’est ce qui m’a aidé à tenir le coup à la CEDAD.

Le 08 novembre 2013, il y a eu sommet de la CEEAC sur la crise centrafricaine et notre dossier a été évoqué. Les défenseurs des Droits de l’Homme ont plaidé pour notre libération. Mais, j’ai été conduit à la Section de Recherche et d’Investigation de la Gendarmerie nationale. Là, j’ai passé 25 jours. Donc au total 53 jours de détentions.

C’est le 3 décembre 2013, que je fus emmené dans le bureau du procureur de la République Gresenguet avec mon cousin et qu’on nous a libérés. J’ai revu mes enfants c’était une délivrance, un miracle de mon Dieu cette libération. J’ai régulièrement pensé que j’allais mourir à chaque instant à la CEDAD.

Je suis sorti de cette détention exténué, très amaigri, car on avait un gobelet d’eau chaque quinze jours à la CEDAD et du riz bouillant versé à même la paume de nos mains. J’ai eu les 2 côtés cassés poitrine côté gauche et côté droit. J’ai eu un déboitement de la clavicule gauche et à la cheville gauche. Aujourd’hui je boîte du côté gauche et éprouve de grandes difficultés pour marcher. J’ai des troubles visuels du fait des tortures et des coups reçus sur la tête et sur le visage.


Oubangui Médias : Dix après, un mandat d’arrêt a été lancé contre Noureddine Adam.  Est-ce est début de soulagement pour vous victimes ?


Antoine Tombet : Un mandat d’arrêt a été délivré par la CPI contre Noureddine Adam pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité le 28 juillet 2022 et c’est notre Avocat Maître Isabelle Kessel qui représente à la CPI, le collectif des victimes dont je suis le Président. Nous entendons réclamer justice et réparation à la CPI. Je suis un survivant et j’entends porter la voix de ceux qui sont morts dans les geôles de la CEDAD. C’est le combat de ma vie et je n’abandonnerai pas en mémoire de mes codétenus que je ne reverrai plus.


Oubangui Médias : Le Procureur adjoint de la CPI état à Bangui et vous avez pu échanger avec lui. Qu’en est-il ressorti?


Antoine Tombet: le 21 novembre 2023, le Procureur adjoint de la CPI, Monsieur Mame Niang est effectivement venu rendre visite aux victimes centrafricaines et nous présenter le bilan des activités du bureau du Procureur en République centrafricaine. Je lui ai expliqué les préoccupations de nos membres car le bureau de la CPI de Bangui ne fait aucun travail de sensibilisation sur le terrain. Je collecte les dossiers des victimes à mes frais et nous ne bénéficions d’aucune prise en charge médicale et psychologique depuis 2013. C’est notre Avocat Maître Kessel qui nous écoute et nous soutient moralement pour poursuivre ce combat judiciaire. Se pose également le problème de notre sécurité à Bangui. Aucune disposition n’est prévue par la CPI concernant ce volet de notre sécurité alors que nous nous sentons en danger avec nos proches. Les victimes de Noureddine Adam espèrent beaucoup en la CPI pour que nous obtenions justice et réparation même si cela ne pourra pas ramener ceux qui sont morts à la prison de la CEDAD. 

Oubangui Médias : Antoine Tombet, nous vous remercions

Antoine Tombet : C’est à moi de vous remercier

Interview réalisée par Fridolin Ngoulou