L’intelligence artificielle (IA) est une technologie très pertinente pour les industries informatiques, numériques et électroniques, un domaine où la République centrafricaine est à la traîne. Dans ce pays enclavé et peu infrastructurel, le défi de l’IA est aussi loin d’être gagné  que celui des droits numériques. 

C’est un pays de 5 millions d’habitants, sans aucun accès à la mer. Selon l’indice de développement humain publié par les Nations Unies, la République centrafricaine se classe 188e sur 189 pays en 2020. Le taux de couverture des opérateurs télécom est de 51% du territoire. La population active sur les réseaux sociaux est de 140.600 soit 2,9% de la population pour une superficie d’environ 623.000km2. Et l’Internet est entièrement fourni par des opérateurs de téléphonie mobile (Orange Centrafrique, Télétel, Moov…) dans la plupart des cas, ils ne respectent pas leur cahier de charge. Malgré ce sombre tableau, le pays est en quête d’une souveraineté numérique, en toile de fond, les droits numériques.  

Les bases du secteur numérique centrafricain 

La construction de l’intelligence artificielle nécessite une base structurelle et infrastructurelle, selon certains experts. Et la République centrafricaine veut apprendre des pays qui sont en avance dans ce domaine. Avec ses voisins territoriaux un peu plus avancés, le Cameroun et le Congo,  le pays travaille depuis un certain temps sur des projets de connectivité par fibre optique en Afrique centrale. « Dans cette dynamique, nous avons adopté un plan stratégique national  dénommé Centrafrique numérique 2018. Le plan comprend les grandes lignes  de la numérisation dans le secteur public. Les autres réglementations ne doivent pas rester en retrait », estime Gauthier Guezewane, chargé de mission et expert en projets de fibre optique.

Dans la sphère numérique, le pays a encore un long chemin à parcourir. « Nous avons commencé à créer un cadre réglementaire. Cela doit prendre en compte la législation sur la cybercriminalité et la législation sur la protection des données personnelles, le tout devant être coordonné en fonction des réglementations locales, notamment  de la zone CEMAC », ajoute-t-il.

Cependant, seules trois lois ont été appliquées. Loi 18.002 du 17 janvier 2018 réglementant les communications électroniques en République centrafricaine. La loi 17.020 du 19 mai 2017 a institué une Autorité de régulation des communications électroniques et du courrier électronique en République centrafricaine. Et la loi 17.009 du 21 février 2017 réglemente les activités postales en République centrafricaine. Il reste beaucoup à faire pour faire progresser l’espace numérique et protéger les droits numériques, l’Autorité de régulation de communication électronique et de la poste (ARCEP) ne semble pas toujours disposer des moyens nécessaires pour exercer son pouvoir. 

Le secteur privé 

De la part du secteur privé, il y a une réelle volonté de repousser les limites. De nombreuses initiatives ont vu le jour ces dernières années. Après cinq ans de travail acharné, un groupe de jeunes du lycée technique de Bangui tentent d’appliquer l’IA à la robotique à l’aide d’objets animés. Ils ont mis en place avec succès le premier robot appelé « Exaucia” qui peut récupérer des données sur le terrain et proposer  une matrice qui suggère des solutions aux problèmes environnementaux, sanitaires et technologiques. Cet exemple ne fait pas exception. L’association Yali Centrafrique cherche quant-à elle, des solutions thérapeutiques par les arts pour les enfants qui ont subi des violences en République centrafricaine. Pour l’association, la robotique est un domaine de l’intelligence artificielle  pour réparer les structures sociales. Plusieurs objets animés capables d’exécuter des ordres sont mis au point.

L’espace numérique centrafricain et la géopolitique

Le pays peine à sécuriser son espace numérique car il n’y a pas de data center national, constate un expert du ministère de l’Economie numérique. Ceci est confirmé par certaines influences étrangères exercées sur le contenu des médias concernant la République centrafricaine. Par exemple, en 2020, « Facebook a découvert des campagnes de désinformation  visant à tromper et à influencer les internautes en France et en Russie avant les élections en République centrafricaine plus tard dans le mois », rapporte le site BBC News.

Cependant, cela ne fait pas l’unanimité, surtout lorsque la modération de contenu de Facebook est contrôlée par l’entreprise elle-même via un code et des règles de modération. Cela interroge certains utilisateurs en RCA. « Si Facebook se permettait de supprimer notre compte sans passer par nous, ce serait dangereux. Cela signifie que toutes les données personnelles pourraient être utilisées à d’autres fins sans préavis. N’est-ce pas ?” s’interroge Roméo Ngate ll, haut fonctionnaire du Haut Conseil de la communication.

Les droits numériques 

Les droits numériques sont fondamentalement des droits de l’homme à l’ère numérique, y compris les droits liés à l’accès et à l’utilisation de la technologie et l’impact des  droits fondamentaux  dans l’environnement en ligne. Cette question est un point important à mentionner lorsque l’on parle de la République centrafricaine. Il n’y a pas de loi à ce sujet. « En raison de la présence massive de nos concitoyens sur les réseaux sociaux et de leur consommation de plus en plus importante des désinformations, le Gouvernement doit réglementer le droit des réseaux sociaux pour permettre aux personnes lésées par des propos diffamatoires ou par d’autres types de contenus illicites, d’engager une action en responsabilité contre les violations des droits de la personnalité. », déclarait le président centrafricain, Faustin Archange Touadera lors de son adresse à la nation du 13 août 2022. La prise en considération des politiques du numériques sur l’intelligence artificielle peut limiter les violations des droits et renforcer le cadre juridique du numérique dans le pays.

En septembre 2020, Internews a lancé  un consortium mondial visant à renforcer la liberté d’internet dans 50 pays. Cette initiative de trois ans, soutenue par les Etats-Unis, vise à améliorer la sécurité numérique des acteurs de la société civile, à sensibiliser aux questions de liberté sur Internet et à promouvoir les droits de l’homme dans l’espace numérique.

La République centrafricaine est l’un des pays bénéficiaires à travers l’Association des Blogueurs Centrafricains (ABCA), partenaire de ce programme. Les discussions sur le développement de l’Intelligence Artificielle tout respectant les droits numériques sont au centre des réflexions et du plaidoyer.

ABCA, publié par PAGADIGM