Le cinéma n’est plus seulement une forme d’expression artistique. Les travaux de l’UNESCO démontrent qu’il constitue aujourd’hui une véritable industrie créative capable de stimuler l’économie, de renforcer l’identité culturelle, de créer des emplois qualifiés et d’améliorer l’image internationale des États. En République centrafricaine, cette réalité prend progressivement forme grâce à l’émergence d’une nouvelle génération de cinéastes et à l’organisation d’événements structurants comme le Tongolo Films Festival.

Dans un pays longtemps associé aux crises politico-militaires, le cinéma contribue désormais à construire un nouveau récit national. Les films centrafricains sont aujourd’hui sélectionnés et récompensés dans les plus grands festivals internationaux, faisant de la culture un véritable outil de diplomatie et de développement.

Le premier tournant majeur intervient avec Makongo d’Elvis Sabin Ngaibino. Ce documentaire consacré au peuple autochtone Aka est présenté dans de nombreux festivals internationaux. Il remporte notamment le Prix International de la SCAM ainsi qu’un second prix au Cinéma du Réel 2020, avant de poursuivre une remarquable carrière au Festival de Venise et à l’IDFA d’Amsterdam, devenant l’un des documentaires centrafricains les plus diffusés à l’international.

En 2022, Nous, Étudiants ! de Rafiki Fariala marque une nouvelle étape historique en devenant le premier long métrage centrafricain sélectionné à la Berlinale. Le film reçoit ensuite plusieurs récompenses dans des festivals internationaux et révèle une nouvelle génération de cinéastes capables de raconter la jeunesse centrafricaine avec authenticité et exigence artistique.

L’année 2026 confirme cette montée en puissance avec Congo Boy, premier long métrage de fiction de Rafiki Fariala. Sélectionné dans la section Un Certain Regard du Festival de Cannes, le film obtient le Prix du Meilleur Acteur grâce à l’interprétation de Bradley Fiomona Dembeasset. Il est ensuite présenté en compétition au Festival Nouvelles Vagues de Biarritz, confirmant la présence durable du cinéma centrafricain sur les grandes scènes internationales.

Au-delà de ces récompenses, ces films produisent des effets économiques mesurables. Ils attirent des coproducteurs étrangers, créent des emplois dans les secteurs de la réalisation, de la production, de la technique et de la communication, tout en renforçant les compétences locales. Ils favorisent également le développement du tourisme culturel en donnant à voir une République centrafricaine différente des images habituellement diffusées par les médias internationaux.

Le Tongolo Films Festival, organisé du 7 au 17 mai dernier s’inscrit pleinement dans cette dynamique. Plus qu’un simple événement culturel, il constitue une plateforme de formation, de rencontres professionnelles, de diffusion des œuvres nationales et de découverte de nouveaux talents. Il rapproche les professionnels, les étudiants, les partenaires internationaux et le grand public autour d’une même ambition : bâtir une véritable industrie cinématographique centrafricaine.

Sur le plan scientifique, le cinéma joue également un rôle de laboratoire social. Chaque documentaire ou fiction constitue une archive précieuse des réalités centrafricaines, permettant aux chercheurs d’étudier les mutations sociales, les langues, les traditions, les enjeux éducatifs, les migrations et les transformations urbaines.

Les parcours de Makongo, Nous, Étudiants ! et Congo Boy démontrent que le cinéma est devenu un levier stratégique de développement. Chaque sélection officielle, chaque prix remporté et chaque festival conquis renforcent la crédibilité internationale de la République centrafricaine et participent à la construction d’un soft power culturel encore jeune mais déjà prometteur.

Investir dans le cinéma, soutenir les festivals, former les jeunes professionnels et encourager la production nationale ne relève donc plus d’une simple politique culturelle. Il s’agit désormais d’un choix stratégique pour le développement économique, l’attractivité internationale et le rayonnement de la République centrafricaine.

Par Prince-Éric NGAIBINO