L’Armée tchadienne et les forces armées centrafricaines ont lancé depuis dimanche dernier une vaste opération militaire contre les positions des rebelles tchadiens qui ont installé leur base au nord de la Centrafrique et commettent des exactions en territoire tchadien et centrafricain. Informations confirmées à l’Oubangui Médias par des sources militaires.

« J’ai instruit toutes nos forces présentes. Prochainement, si quelqu’un tue un citoyen ici, même s’il fuit jusqu’à Bangui, nous irons le trouver jusqu’à Bangui. », avait déclaré le Général Daoud Yaya Brahim, ministre des armées du Tchad lors d’une visite dans le canton Gadjibiang au Logone Oriental, le 20 avril 2023.

En moins d’un mois, cette même rhétorique est revenue deux mois. Le 11 mai dernier, le chef du département de l’administration du territoire tchadien a publié un communiqué déplorant que des bandits armés refugiés en Centrafrique, traversent la frontière pour commettre des forfaits sur leur territoire. Et pour trouver un compromis et afin de sécuriser leur frontière commune, le Gouverneur de la Province du Logone Oriental et son homologue centrafricain, notamment le Préfet accompagné d’un Colonel des FACA se sont entretenus à Lim Pende et annoncé que des mesures ont été décidées par les deux pays.

En effet, il a été convenu entre les deux autorités de remettre aux autorités tchadiennes les bandits d’origine Tchadienne, ainsi que les biens saisis. Les ressortissants Centrafricains seraient remis à la disposition des autorités judiciaires de Paoua pour des suites judiciaires.

Les deux pays passent à l’offensive militaire

Dimanche dernier à l’aube, une opération militaire conjointe a été lancée contre les positions des rebelles tchadiens que les autorités tchadiennes considèrent comme des « bandits ».  Selon le ministre tchadien de la défense le Général Daoud Yaya Brahim, des « bandits », auteurs de plusieurs attaques contre les villages du sud tchadien sont poursuivis dans leurs retranchements en Centrafrique. Une dizaine des « bandits » ont été tués, 23 autres arrêtés depuis le début des opérations le dimanche dernier, a rapporté RFI.

Cette opération conjointe a été lancée après plusieurs incursions de ces hommes armés dans la province du Logone Orientale dans le sud du Tchad où des nombreuses victimes civiles ont été enregistrées. Ces rebelles ont pillé des bétails et biens de la population, tuant des éleveurs. L’opération a été lancée en vertu d’un « droit de poursuite », a précisé le ministre tchadien de la défense.

Même si Bangui n’a pas encore réagit officiellement à cette opération conjointe, des sources indépendante soutiennent que cet accord, serait scellé lors de la rencontre entre le président tchadien Mahamat Idriss Deby et  le  numéro 1 centrafricain Faustin Archange Touadera, en février dernier à Luanda lors d’un mini-sommet sur la sécurité en Centrafrique.

Le député de Paoua évoque des exactions de l’armée tchadienne

Sur les ondes de la Radio Ndeke Luka, le député de Paoua 1 Lucien Mbaigoto appelle à la fin des exactions commines par des militaires tchadiens en territoire centrafricain. Il a toutefois reconnu que les rebelles du Tchad ont installé leur base arrière en Centrafrique. « Les autoritaires militaires centrafricaines leurs ont demandés de déguerpir mais ils n’ont pas obtempéré. C’est pourquoi les militaires tchadiens ont traversé pour les attaquer en territoire centrafricain. Ils ont tué plusieurs rebelles mais aussi des civiles centrafricains. Ils contrôlent les pièces des civiles centrafricains et demandent à ceux qui ont la pièce nationale d’identité centrafricaine de payer des sommes d’argent. Ceux qui n’en ont pas sont considérés comme des rebelles et ils les tuent systématiquement ».

Ces faits allégués n’ont pas encore été confirmés ou infirmés par des sources indépendantes dans la région. Mais ce qui est sûr, il est difficile de distinguer les habitants de cette région à ceux du sud du Tchad car, ces deux populations partagent les mêmes dialectes voire la même culture et les traits de ressemblance. Ce qui rend d’ailleurs difficile l’identification des rebelles, comme à souligné une source militaire qui a longtemps travaillé dans la région.

Il y a au moins une semaine, au moins 13 personnes ont été tuées par des rebelles tchadiens du côté de la Centrafrique, en représailles à la mort d’un éleveur proche de ce groupe qui opère dans cette zone tampon. Ces rebelles ont aussi tué plusieurs personnes du côté tchadien.

Une confusion demeure pourtant palpable dans cette zone du nord où des rebelles tchadiens occupent comme base arrière ainsi oublier les hommes armés fuyant des hostilités au Soudan ainsi que des éleveurs armés qui commettent des dégâts importants sur les agriculteurs et la population civile dans son ensemble.

Un autre groupe rebelle tchadien avait demandé officiellement l’installation d’une base militaire dans la Vakaga au nord de la Centrafrique en avril dernier, mais les autorités centrafricaines ont systématiquement rejeté leur demande.

Fridolin Ngoulou