L’école Koudoukou, située dans le 3ᵉ arrondissement de Bangui, fait face à une insalubrité de plus en plus préoccupante. Des déchets et ordures ménagères sont régulièrement déposés au sein de l’établissement, exposant élèves et enseignants à de sérieux risques sanitaires.

Il est 11 heures à l’école Koudoukou. Dès notre première entrée dans la cour, le décor est dominé par des tas de déchets entassés un peu partout. On y aperçoit des sachets plastiques de toutes sortes et de toutes couleurs, des herbes envahissantes, de l’eau stagnante ainsi que des morceaux de carton éparpillés dans l’enceinte scolaire.

Bouanda Phillipe, surveillant au collège polyvalent de Koudoukou, s’indigne face à cette situation alarmante : « L’insalubrité au sein de l’école Koudoukou est principalement due au manque de moyens pour assurer le nettoyage. Nous ne disposons pas de matériel adéquat. Lorsque nous achetons des outils de nettoyage, le même jour, des voyous viennent casser les portes, les bureaux, et emportent ces matériels pour les vendre. Cela nous empêche de maintenir la propreté de la concession. De plus, l’opération Kwa ti Kodro n’apporte pas un réel soutien au collège. Les équipes interviennent surtout au niveau de l’école primaire, et même là, le travail est insuffisant. Nous avons l’impression que le collège est totalement négligé. Cette situation expose nos enfants aux maladies. Des serpents peuvent se cacher dans ces herbes et mordre les élèves. Voir ces tas d’ordures nous met vraiment mal à l’aise. »

Face à cette situation, élèves et enseignants expriment leur ras-le-bol. Richard Mina, professeur au collège polyvalent de Koudoukou, dénonce un environnement scolaire inadapté à l’apprentissage : « L’environnement de l’école Koudoukou n’est pas favorable à l’enseignement. Il y a des saletés partout, même les douches sont extrêmement sales. Les élèves se soulagent parfois n’importe où, ce qui provoque des odeurs nauséabondes. Des personnes consommant de la drogue viennent même dormir ici. En pleine journée, pendant les cours, ils fument, ce qui pollue l’air que nous respirons. Or, on dit que pour bien enseigner, il faut d’abord aménager l’environnement. Quand l’enfant n’est pas à l’aise, il a peur de suivre les cours et finit parfois par rentrer chez lui. »

Ibrahim Moussa Abdelkerim, élève de l’établissement, déplore quant à lui les dangers liés aux déchets plastiques et aux ordures sur la santé et l’environnement : « J’ai l’impression que le gouvernement nous a oubliés. Notre école est trop sale. Avant-hier, il a plu et jusqu’à aujourd’hui, le terrain est impraticable. Nous ne pouvons pas faire l’EPS, ni même sortir dehors. Même quand nous n’avons pas cours, nous sommes obligés de rester enfermés en classe. »

De l’école primaire au collège, le constat reste quasiment le même. Selon le directeur de l’établissement, Korack Dingamnoudji, l’arrière des salles de classe est devenu un dépotoir privilégié pour les riverains : « La population environnante ne nous rend pas service. Les ordures sont déversées à l’intérieur de l’établissement, comme si l’école Koudoukou était devenue un dépotoir public. C’est une situation que nous dénonçons avec énergie. »

Le directeur lance par ailleurs un appel pressant au gouvernement ainsi qu’aux partenaires techniques et financiers afin de trouver une solution urgente à ce problème : « Nous demandons aux partenaires et au gouvernement d’accorder une attention particulière à l’école Koudoukou. Nous avons besoin d’aide pour assainir l’environnement, car nous sommes envahis par les ordures. À l’entrée de l’école, des installations anarchiques se sont multipliées. À notre niveau, nous ne pouvons rien faire. Il revient donc au gouvernement de nous appuyer pour déguerpir ces occupants qui vendent de manière désordonnée devant l’établissement. »

Créée en 1937, l’école Koudoukou continue d’accueillir des élèves jusqu’à ce jour. Entre insalubrité, odeurs nauséabondes et insécurité, enseignants et élèves poursuivent tant bien que mal leurs activités éducatives, dans l’espoir qu’une solution durable soit enfin trouvée.  Shérifa Adam