La République centrafricaine a commémoré, ce 13 août 2026, la proclamation de son indépendance. Une date historique qui marque une étape majeure dans la construction de l’État centrafricain et qui constitue, plus de six décennies après, un moment privilégié pour revisiter l’histoire du pays. L’historien Maurice Guimendego, maître de conférences à l’Université de Bangui, nous fait un retour sur le chemin de l’indépendance, à l’issue d’une interview exclusive.
Oubangui-Medias : Bonjour monsieur Maurice ! Que représente historiquement la date du 13 Août 1960 pour la République ?
Maurice Guimendego : Bonjour. Sur la proclamation de République centrafricaine comme Etat avec toutes les apories qui suivent, c’est le 1er Décembre 1958 que notre pays s’est érigé en Etat républicain ayant toutes les compétences régaliennes a changé de nom et, n’étant plus une colonie. Et le 13 Août 1960 où après avoir rompu et effacé la situation de colonie, devient indépendant et prend le nom de la République centrafricaine.
Oubangui-Medias : Dans quel contexte politique et social la proclamation de l’indépendance de la RCA est-elle intervenue ?
Maurice Guimendego : Ceci est intervenu dans un contexte géopolitique dynamique. La France après plusieurs péripéties en particulier l’indépendance a obtenu une défaite du général Degaulle devant la Guinée. C’est ainsi qu’à la conférence de BADONG qui a laissé entrouvrir la possibilité de l’obtention de plusieurs pays africains de la colonie française.
En Afrique centrale avec toute la panoplie, six (6) ou sept (7) pays ont accédé à leur indépendance en 1960 dont pour la République centrafricaine est le 13. C’est dans un contexte de revendication pour les anciennes colonies françaises. Indépendance qui veut dire, « nous sommes désormais un état souverain, libre avec toutes les prérogatives régaliennes qui reviennent à un état » à savoir, le passeport, la monnaie, les politiques publiques en matière d’éducation, de santé, les programmes scolaires etc.
Oubangui-Medias : On parle souvent de Barthélémy Boganda dans l’histoire de la RCA. Quelle a été sa contribution au processus qui a conduit à l’indépendance ?
Maurice Guimendego : Le projet de Boganda n’est pas seulement de faire de la RCA un petit territoire, mais plutôt de construire un état ou des états de fédérations qui regroupent à la fois les anciennes colonies françaises, y compris les anciennes colonies portugaises, voire espagnols. Il voulait faire de la République centrafricaine un état comme Allemagne ou Espagne ou d’autres, de constituer un état en dépit de leur diversité qui pourrait s’attribuer et de donner une forme d’autorité quel que soit votre appartenance. C’était sa philosophie, constituer une République fédérale.
Oubangui-Medias : Selon vous, quels sont les principaux acquis de l’indépendance centrafricaine ?
Maurice Guimendego : Les points positifs de cette indépendance est que, nous avons un Etat, une Nation, une Patrie et une Langue.
Oubangui-Medias : A l’inverse, quels sont les défis qui montrent que le projet d’indépendance reste encore à consolider?
Maurice Guimendego : Nous avons évité à la lumière des différentes crises militaro politique que notre pays connaît, des soubresauts politiques, de nombreuses atteintes à la sureté de l’Etat, notre pays a survécu à tout cela. Un centrafricain reste centrafricain et la langue Sango reste un véritable atout. Les défis d’aujourd’hui sont dus à l’intégration, sécuritaire, les crises de division clanique.
Oubangui-Medias : Peut-on parler aujourd’hui d’une véritable indépendance sur le plan politique, économique, sanitaire et culturel?
Maurice Guimendego : Aujourd’hui, la question d’indépendance doit-être dépassée. Quel pays n’est pas dépendant des autres quelle que soit sa puissance ? La question de géopolitique ou de la mondialisation a rebattu les cartes. Quelle que soit la taille de votre pays en termes de politique, économique, sécuritaire, de nuisance etc., vous comptez toujours sur les autres. Même les tous petits Etats qui ne coopèrent pas avec les autres deviennent des puissances. Nous sommes au temps des échanges perpétuels où tous les pays dépendent de l’autre.
Oubangui-Medias : Pour en terminer, quel message historique et citoyen adresseriez-vous aux centrafricains, particulièrement aux jeunes, à l’occasion du 13 Août de cette année?
Maurice Guimendego : J’érigerai très rapidement le ministère de la Jeunesse en ministère d’Etat. La principale raison est pour s’occuper des besoins des jeunes car, ils ont besoin d’écoute, d’éducation, de formation, de participation aux grandes décisions politique, sa spécificité en matière technologique, d’internet et d’emplois.
Rappelons qu’à l’occasion de cette journée, l’appel est donc lancé à la jeunesse centrafricaine pour qu’elle s’approprie davantage l’histoire nationale et participe à la construction d’une République plus forte, unie et indépendante.
Le 13 août n’est pas seulement une date inscrite dans les livres d’histoire. Il demeure un moment de mémoire, de réflexion sur les acquis de l’indépendance et d’interrogation sur les défis qui restent à relever pour consolider la souveraineté de la République centrafricaine.
Freddy Ulrich Tanga

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