La dynamique économique de la République centrafricaine connaît, selon le récent rapport du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), une inflexion notable qui marque la fin d’un cycle prolongé de fragilités et de croissance atone.

Après plusieurs années d’instabilité et de contraction de l’activité, le pays enregistre une reprise progressive, portée par un ensemble de facteurs structurels et conjoncturels qui témoignent d’un redressement réel, bien qu’encore fragile.

Le PIB réel, qui s’établissait à 0,7 % en 2023, puis 1,8 % en 2024 et 3,3 % en 2025, confirme une trajectoire ascendante soutenue par la relance de l’agriculture, l’exploitation forestière, les activités minières et l’amélioration de l’offre d’électricité et des produits pétroliers. Cette embellie s’inscrit dans un contexte continental où l’Afrique affiche en 2025 une croissance moyenne de 4,4 %, tirée par les performances de nombreux pays ayant dépassé la barre des 5 %.

En Centrafrique, cette reprise traduit une amélioration progressive de l’environnement économique et sécuritaire. La consolidation de la paix, la disponibilité accrue des intrants essentiels et la reprise de l’investissement public et privé contribuent à restaurer la confiance et à relancer les secteurs productifs. La formation brute de capital fixe demeure le principal moteur de la demande intérieure, tandis que les exportations nettes s’améliorent grâce à la hausse de la production aurifère.

Cependant, le rapport souligne que cette croissance, bien que réelle, reste insuffisamment inclusive. Le PIB réel par habitant progresse à un rythme inférieur à celui du PIB global, en raison de la croissance démographique, de la faible productivité et de la forte informalité.

Les finances publiques demeurent sous pression. Malgré une amélioration du déficit budgétaire en 2025, le service de la dette continue de réduire l’espace budgétaire disponible pour les investissements sociaux et productifs. La vulnérabilité de l’économie aux chocs externes, la faiblesse des infrastructures et le niveau embryonnaire de la transformation locale limitent encore la capacité du pays à engager une transformation structurelle durable.

Dans ce contexte, la BAD insiste sur la nécessité d’une stratégie soutenable de mobilisation des ressources internes et externes, adaptée à un environnement international marqué par une fragmentation géoéconomique croissante. Les rivalités stratégiques, la volatilité des prix des matières premières et le durcissement des conditions financières mondiales complexifient l’accès aux financements extérieurs, mais offrent également à la RCA l’opportunité de repenser son modèle de développement et de valorisation de son capital naturel.

Perspectives et risques de croissance

Les perspectives macroéconomiques pour la République centrafricaine en 2026 apparaissent favorables, dans un contexte continental où l’Afrique devrait enregistrer une croissance d’environ 4 %, sous réserve d’un apaisement rapide des tensions au Moyen Orient. Pour la RCA, les projections annoncent une progression du PIB réel à 2,9 % en 2026 puis 3,9 % en 2027, soutenue par la production minière, l’exploitation forestière, la modernisation des finances publiques et l’accélération des projets d’infrastructures, notamment le Corridor de développement CD13. L’inflation pourrait toutefois dépasser la cible communautaire de 3 %, tandis que le déficit budgétaire global devrait se maintenir entre 3,5 % et 3 % sur la période.

Ces perspectives restent exposées à plusieurs risques majeurs : la baisse de la demande mondiale, les tensions sécuritaires internes, les pénuries de produits pétroliers et d’énergie, les effets du changement climatique et les répercussions des conflits internationaux dans un contexte de fragmentation géopolitique et économique.

Des recommandations politiques

Le rapport formule ainsi cinq recommandations politiques majeures pour consolider la reprise et engager une croissance durable et inclusive. Il appelle d’abord à moderniser les finances publiques par la digitalisation des régies financières, l’élargissement de l’assiette fiscale et une meilleure qualité de la dépense publique. Il recommande ensuite d’accélérer les investissements structurants dans l’énergie, les routes, les corridors commerciaux, la logistique et les télécommunications, afin de réduire les contraintes qui pèsent sur la productivité. Le renforcement du financement de l’économie réelle constitue une autre priorité, notamment à travers le soutien aux PME, au crédit agricole, à la microfinance et aux mécanismes de garantie.

La transformation locale des ressources naturelles et agricoles est également mise en avant, avec l’objectif de développer des chaînes de valeur nationales, d’accroître la valeur ajoutée et de stimuler l’emploi. Enfin, la BAD insiste sur la nécessité de promouvoir une croissance inclusive, en investissant dans l’éducation, la formation professionnelle, l’emploi des jeunes, l’entrepreneuriat féminin et les programmes sociaux ciblés.

Ainsi, la République centrafricaine se trouve à un moment charnière : la reprise est tangible, les perspectives sont favorables, mais les défis structurels demeurent. La consolidation des progrès en matière de gouvernance, de digitalisation, d’accès à l’énergie et de financement des secteurs productifs sera déterminante pour transformer cette embellie en une croissance durable, inclusive et créatrice d’opportunités pour l’ensemble de la population.

Jean Ngbandi