Si, selon la Bible, la vieillesse est une bénédiction divine, en Centrafrique, dans certains quartiers de Bangui, les personnes du troisième âge sont considérées, au sein de certaines familles, comme des pratiquants du charlatanisme ou de la sorcellerie.

Chaque jour, ces personnes âgées sont stigmatisées à tort par des gens en général, et en particulier par de jeunes hommes dont la mentalité est jugée très mauvaise.

Tantôt, elles sont rejetées par les membres de leurs familles, tantôt par les fruits de leurs propres entrailles.

Au quartier Nzangognan, situé dans le 6ᵉ arrondissement de Bangui, Henriette Sombo, une femme quadragénaire, voit les derniers instants de son bonheur se transformer en cauchemar, puisque ses propres enfants la maltraitent :

« C’est avec un cœur brisé que je parle à votre micro. Écoutez, comment est-il possible de voir ses propres progénitures se moquer de vous en vous traitant de vieille sorcière débile ? Pour les garçons, je peux les comprendre, mais c’est encore plus difficile du côté des filles, puisque, traditionnellement parlant, la sorcellerie se transmet de mère en fille. J’ignore ce que j’ai fait pour mériter tout ça. » A-t-elle expliqué, les yeux remplis de larmes.

Les cris du cœur sont presque similaires d’une victime à l’autre, mais la situation semble encore plus préoccupante dans la capitale, Bangui. Dans de nombreuses familles aisées, ces personnes vivent un véritable cauchemar qui les pousse parfois à souhaiter une mort précoce.

Dans une famille dont nous taisons le nom par respect, au quartier Sica 2, une autre victime, sous couvert d’anonymat, exprime son désarroi : « Franchement, j’en ai marre. Je ne peux plus vivre en supportant l’insupportable. C’est difficile de voir ceux avec qui l’on partageait tout, matin et soir, vous détester et vous tourner le dos. À vrai dire, ce sont des personnes sans cœur. »

Pour certains vieillards qui ne supportent plus les mauvais traitements qu’ils subissent, la seule solution est de quitter leurs familles pour aller mendier dans les rues afin de gagner leur pain quotidien, car ils n’arrivent pas à se nourrir convenablement chez eux. Ils sont nombreux dans les marchés de la capitale, mais aussi devant la Grande Mosquée centrale de Bangui, où ils sollicitent de l’aide auprès des fidèles musulmans, notamment les vendredis.

Fatime Adam, l’une d’entre eux, témoigne : « Nous que vous voyez là, nous sommes tous des vieillards traités de sorciers et abandonnés par nos familles respectives. Nous venons demander de l’aide, et les musulmans sont très gentils avec nous. Ils nous considèrent comme si nous étions de leur famille. Que Dieu les bénisse ! » Avant d’ajouter : « C’est ainsi tous les jours. »

Il est à noter qu’avec l’âge, certaines personnes développent des comportements particuliers qui peuvent être mal interprétés par leur entourage. À ce stade de la vie, elles peuvent présenter des attitudes que certains assimilent, à tort, à celles des sorciers. Il leur arrive de refuser la nourriture qu’on leur propose, de ne plus vouloir porter des vêtements ou des chaussures, ou encore de sortir la nuit.

Griselda Ngoui, une jeune femme rencontrée au quartier Cité Liberté, dans le 10ᵉ arrondissement de Bangui, dit éprouver des difficultés à veiller sur sa mère qui sort régulièrement la nuit : « Elle, c’est ma mère. Mais elle commence franchement à me taper sur les nerfs. La nuit dernière, elle est sortie de la maison alors qu’il était minuit. Elle est partie se promener dans la cour des voisins d’en face et ceux-ci ont failli la lyncher. Ce n’est pas croyable. »

En vue de trouver un palliatif à ce problème, l’État centrafricain devrait mettre en place, comme dans d’autres États, une grande maison de retraite permettant aux familles qui n’ont pas la capacité de prendre en charge leurs personnes âgées de les y inscrire afin qu’elles puissent vivre dans un environnement adapté, entourées de personnes de leur génération.

À vrai dire, elles ne sont pas des sorcières. Dans certains cas, ce sont plutôt des troubles mentaux ou des maladies liées au vieillissement qui les poussent à adopter des comportements inhabituels, indépendamment de leur volonté.

BVIII Pappus Hériter