Pendant trois jours, du 29 au 31 juillet 2026, Bangui s’est imposée comme la capitale du dialogue en faveur de l’égalité des genres en Afrique centrale. À l’initiative de GenEgalitéECCAS, la République centrafricaine a accueilli la huitième visite de solidarité du mouvement, couplée à son Assemblée générale. L’événement a réuni des responsables d’organisations féminines de la sous-région, des membres du gouvernement, des parlementaires, des représentants de la société civile, des universitaires ainsi que des partenaires techniques et financiers autour d’une ambition commune : renforcer le leadership des femmes et faire progresser leur participation aux instances de décision.

Présent dans les onze pays membres de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), GenEgalitéECCAS est né dans le sillage du Forum Génération Égalité. Chaque année, le mouvement organise une visite de solidarité dans un État membre afin de renforcer les capacités de ses organisations, favoriser le partage d’expériences et porter un plaidoyer commun sur les principaux défis auxquels les femmes de la sous-région sont confrontées. Après le Cameroun, le Gabon, le Tchad, le Burundi, la République démocratique du Congo, le Rwanda et Sao Tomé-et-Principe, le choix s’est porté cette année sur la République centrafricaine.

La cérémonie d’ouverture a donné le ton d’une rencontre placée sous le signe du dialogue et de la coopération. En accueillant les délégations, la coordonnatrice nationale de MAFUBO, Gonbaba Céline Nafissa, a vu dans le choix de Bangui un message fort adressé aux femmes centrafricaines. : « C’est avec un immense honneur et une profonde émotion que je vous souhaite la plus chaleureuse bienvenue à Bangui. Le choix porté sur la République centrafricaine est un témoignage de confiance et un puissant message de solidarité envers les femmes et les organisations de notre pays. Nous vous en sommes profondément reconnaissantes. »

Pour la responsable nationale, cette visite dépasse le cadre d’une simple rencontre institutionnelle. Elle constitue une occasion de consolider les liens entre les organisations féminines de la sous-région et de construire une réponse collective face aux défis qui freinent encore l’émancipation des femmes.

« Durant ces trois jours, nous renforcerons nos liens, partagerons nos expériences et construirons ensemble un plaidoyer fort en faveur de l’égalité, de la paix, de la justice climatique, de la lutte contre les violences basées sur le genre et de la participation effective des femmes aux espaces décisionnels », a-t-elle ajouté.»

À la tête de la délégation régionale, la coordonnatrice de GenEgalitéECCAS, Zoneziwoh Mbongulo-Wondich, a rappelé que ces visites annuelles constituent avant tout un espace d’échange entre les organisations des onze pays membres. : « Chaque année, nous nous retrouvons dans un pays différent afin de renforcer les capacités des organisations membres et de créer un espace permanent de dialogue entre les femmes de notre sous-région. »

Selon elle, cette dynamique permet de mieux comprendre les réalités propres à chaque pays tout en identifiant des réponses communes aux difficultés rencontrées.

La responsable régionale a notamment insisté sur la nécessité de renforcer la coopération autour des grands dossiers internationaux qui concernent directement les femmes d’Afrique centrale.

Les discussions de Bangui ont ainsi porté sur la participation des femmes aux négociations climatiques, la territorialisation du Plan d’action de Belém sur le genre, adopté dans le cadre de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, ainsi que sur la Convention de l’Union africaine relative à l’élimination des violences faites aux femmes et aux filles.

Pour Zoneziwoh Mbongulo-Wondich, ces questions dépassent largement les frontières nationales. :«La violence faite aux femmes en République centrafricaine est aussi la violence faite aux femmes dans toute l’Afrique centrale. Ici, nous ne regardons pas les nationalités ; nous défendons les droits des femmes de toute la sous-région. »»

Au-delà des échanges, la visite de Bangui poursuit des objectifs précis. Le mouvement entend renforcer les coalitions d’action de Génération Égalité, encourager l’adhésion de nouvelles organisations et consolider les partenariats avec les gouvernements, les institutions régionales et les partenaires techniques.

Les participantes plaident notamment pour une meilleure représentation des femmes d’Afrique centrale lors des sessions de la Commission de la condition de la femme des Nations unies (CSW), une intégration effective de l’approche genre dans les politiques climatiques, ainsi qu’un renforcement de la lutte contre les violences basées sur le genre.

La première journée s’est poursuivie par une rencontre avec les organisations de la société civile dirigées par des femmes. Les discussions ont porté sur la participation politique, le leadership féminin, les violences basées sur le genre, les conséquences du changement climatique et le renforcement des alliances féminines.

Au fil des échanges, un constat s’est imposé malgré les progrès enregistrés dans plusieurs pays, les défis restent nombreux. Les participantes ont ainsi réaffirmé leur volonté de mutualiser leurs expériences et de porter un plaidoyer régional plus fort auprès des décideurs.

Cette première journée aura permis de poser les bases d’un dialogue franc entre les organisations féminines d’Afrique centrale.

Le plaidoyer porté au plus haut niveau de l’État

Après une première journée consacrée aux échanges avec les organisations de la société civile, la délégation de GenEgalitéECCAS a poursuivi sa mission auprès des institutions de la République. Cette deuxième étape visait à faire entendre les préoccupations des femmes d’Afrique centrale auprès des autorités centrafricaines et à obtenir leur engagement sur plusieurs dossiers stratégiques liés à l’égalité des genres.

La première audience s’est tenue au ministère de la Promotion du Genre, de la Famille et de la Protection de l’Enfant. Accueillant la délégation, la ministre Marthe Augustine Kirimat a salué une initiative qui contribue à renforcer la coopération entre les pays de la sous-région autour des droits des femmes.

Les échanges ont principalement porté sur trois priorités : la participation des femmes d’Afrique centrale aux sessions de la Commission de la condition de la femme des Nations unies (CSW), le renforcement du cadre juridique continental de lutte contre les violences faites aux femmes et la consolidation de la solidarité régionale.

Pour la ministre, il est indispensable que les préoccupations des femmes d’Afrique centrale soient davantage prises en compte dans les grandes instances internationales. : «Nous avons échangé sur trois points essentiels. D’abord, la participation des femmes de nos pays aux sessions de la Commission de la condition de la femme, où la voix de l’Afrique centrale ne se fait pas suffisamment entendre. Ensuite, la Convention de l’Union africaine sur l’élimination des violences faites aux femmes, qui mérite d’intégrer davantage certaines préoccupations comme les mariages précoces et les mutilations génitales féminines. Enfin, nous avons évoqué la solidarité entre les pays de notre sous-région. »

Tout en reconnaissant les défis qui subsistent, Marthe Augustine Kirimat a réaffirmé la volonté du gouvernement centrafricain d’accompagner les initiatives visant à promouvoir l’égalité des sexes.

La délégation s’est ensuite rendue au ministère de l’Environnement et du Développement durable, où elle a été reçue par le Pr. Silla Semballa. Les discussions ont porté sur la mise en œuvre du Plan d’action de Belém sur le genre, adopté dans le cadre des négociations internationales sur le climat, ainsi que sur la place des femmes dans les politiques environnementales.

Pour GenEgalitéECCAS, les changements climatiques constituent aujourd’hui un enjeu majeur pour les femmes d’Afrique centrale, particulièrement dans les zones rurales où elles sont directement confrontées aux conséquences de la dégradation de l’environnement.

Membre de la délégation régionale, Ndakala Marie Solange, ancienne ministre et ancienne députée, a rappelé que cette mission poursuivait un double objectif : témoigner de la solidarité de GenEgalitéECCAS envers les femmes centrafricaines et tenir l’Assemblée générale du mouvement.

Elle est revenue sur les échanges organisés avec les organisations de la société civile, les autorités gouvernementales, les parlementaires et les jeunes. : « Nous avons parlé de la participation politique des femmes, du changement climatique, des violences basées sur le genre et des alliances féminines. Notre objectif est que les femmes travaillent davantage ensemble afin d’atteindre des résultats concrets à l’échelle de l’Afrique centrale. »

Elle a également insisté sur la nécessité de mobiliser davantage de ressources pour accompagner les actions des organisations féminines. : « Le plaidoyer doit être porté au niveau de la CEEAC, de la CEMAC, de l’Union africaine et auprès des partenaires internationaux. Nos États ne peuvent pas relever seuls tous ces défis. »

Abordant la question de la parité, Ndakala Marie Solange a rappelé que l’évolution vers une représentation équilibrée des femmes et des hommes exigera un engagement collectif. : «Après le quota de 35 %, il est temps d’engager la réflexion sur le principe du 50-50. Mais cela passe par une véritable volonté politique, un changement des mentalités et un engagement des femmes elles-mêmes.»

La mission s’est poursuivie au Forum des femmes parlementaires de Centrafrique, où la délégation a échangé avec les élues sur les défis liés à la représentation politique des femmes.

Sa présidente, Nathalie Yangbogo épouse Ngbodo, députée de Ouango 2, voit dans cette visite un véritable cadre de partage d’expériences entre les femmes de la sous-région.

«Cette mission est avant tout une mission de solidarité. Les échanges avec les participantes venues des autres pays nous permettront d’améliorer notre manière de travailler et de renforcer notre engagement en faveur des femmes. »

Pour la parlementaire, la loi sur la parité adoptée en 2016 a marqué une étape importante, même si les progrès doivent encore être consolidés.

« Il reste beaucoup à faire, mais nous sommes déterminées à poursuivre les efforts afin que les femmes occupent une place toujours plus importante dans les instances de décision. »

Avant de poursuivre les travaux de son Assemblée générale, la délégation a également rencontré les étudiants et les responsables de l’Université de Bangui.

Les échanges ont porté sur le leadership féminin, les violences basées sur le genre, les changements climatiques ainsi que la participation des jeunes à la vie publique.

Pour les responsables de GenEgalitéECCAS, les jeunes femmes représentent une génération appelée à poursuivre le combat engagé par leurs aînées. Leur implication est considérée comme essentielle pour assurer la continuité du plaidoyer en faveur de l’égalité des genres dans la sous-région.

La dernière journée de la visite de solidarité de GenEgalitéECCAS a été marquée par une rencontre avec l’ancienne présidente de la Transition, Catherine Samba-Panza, dont le parcours continue d’inspirer de nombreuses femmes en Afrique centrale. Les échanges ont porté sur le leadership féminin, les défis de la participation politique des femmes et les perspectives de collaboration entre sa fondation et le mouvement régional.

Pour l’ancienne cheffe de l’État, cette rencontre est avant tout une reconnaissance du chemin parcouru par les femmes centrafricaines dans leur quête d’une plus grande représentativité.

«Je suis particulièrement heureuse que cette délégation ait souhaité me rencontrer. C’est une marque de confiance qui m’honore et qui montre que le travail accompli en faveur des femmes est reconnu au-delà des frontières de la République centrafricaine. »

Au cours de cet échange, Catherine Samba-Panza est revenue sur son expérience à la tête de la Transition, partageant avec les participantes les enseignements tirés de son parcours et les encourageant à poursuivre leur engagement.

L’ancienne présidente a surtout insisté sur la nécessité de renforcer les partenariats entre les organisations féminines de la sous-région. : « Les organisations travaillent souvent de manière isolée. Pourtant, nous poursuivons les mêmes objectifs. Nous devons développer des partenariats et unir nos forces pour promouvoir les droits des femmes. Il est donc naturel que nous envisagions de collaborer.»

Une Assemblée générale tournée vers l’avenir

En marge des rencontres institutionnelles, les organisations membres de GenEgalitéECCAS ont tenu leur Assemblée générale. Cette session a permis de dresser le bilan des actions conduites depuis la création du mouvement, mais aussi de définir les grandes orientations des prochaines années.

Les participantes ont notamment échangé sur le renforcement des coalitions féministes dans les onze pays de la CEEAC, l’amélioration des mécanismes de plaidoyer auprès des gouvernements, la mobilisation de nouvelles organisations membres et la consolidation des partenariats avec les institutions régionales et internationales.

Les travaux ont également abouti au lancement de la réflexion sur un plan stratégique quinquennal, destiné à renforcer l’impact des actions du mouvement dans l’ensemble de la sous-région.

Des engagements pour faire avancer l’égalité

Au terme de cette visite, plusieurs priorités ont été réaffirmées. GenEgalitéECCAS entend poursuivre son plaidoyer pour une participation plus importante des femmes d’Afrique centrale aux sessions de la Commission de la condition de la femme des Nations unies (CSW).

Le mouvement souhaite également contribuer à une meilleure prise en compte des préoccupations des femmes dans les textes continentaux, notamment en ce qui concerne les mutilations génitales féminines, les mariages précoces et les autres formes de violences basées sur le genre.

Autre chantier majeur est d’accompagner les États dans la mise en œuvre du Plan d’action de Belém sur le genre afin de renforcer la place des femmes dans les politiques climatiques et les négociations internationales relatives à l’environnement.

Enfin, les participantes ont réaffirmé leur volonté de consolider les partenariats avec les organisations de la société civile, les institutions publiques, les universités, les médias ainsi que les partenaires techniques et financiers.

Au-delà des déclarations d’intention, les participantes repartent de Bangui avec une feuille de route articulée autour du renforcement des alliances féminines, de la promotion du leadership des femmes, de l’intégration du genre dans les politiques publiques et de la défense des droits des femmes dans les instances régionales et internationales.

Pendant trois jours, Bangui n’a pas seulement accueilli une rencontre régionale. Elle est devenue le symbole d’une solidarité féminine qui entend désormais dépasser les frontières pour parler d’une seule voix. Les engagements pris au cours de cette visite constituent une étape supplémentaire dans la construction d’une Afrique centrale où les femmes aspirent à occuper toute leur place dans les processus de décision et de développement.                                        

Milca Bissidi