Alors qu’il circule depuis quelques jours un arrêté interministériel interdisant l’exportation des bois de chauffe et charbon domestique sur l’ensemble du territoire, la population des localités ciblées par cet arrêté commence déjà à montrer leurs mécontentements. Une incompréhension plane déjà dans l’esprit de ces habitants, créant ainsi une confusion.
Dans les localités de Bouboui, Gomoko, Bogoula et Boali, la commercialisation des bois de chauffes et charbons domestiques reste la principale source de revenu des ménages. Cet arrêté interministériel est perçu par les exploitants comme une épine dans leurs chaussures.
A Bouboui par exemple localité située à 45 kilomètres de Bangui où Oubangui Médias s’est rendu, les jeunes de cette zone se mobilisent en groupement et font du charbon artisanal à usage domestique afin de subvenir à leurs besoins depuis plusieurs années. Mais, il se pose encore un problème de compréhension de ce texte.
Boris est le président de ce collectif des exploitants du charbon domestique. Pour lui, cette décision est nulle et sans effet sur eux : « Je ne comprends pas les dirigeants de notre pays, du jour au lendemain quand tu te réveilles tu constates qu’il y a une nouvelle décision souvent sans mesure d’accompagnement. Ils nous interdisent d’exploiter les bois pour le chauffage et la fabrique du charbon ok, mais ils nous proposent quoi en retour ? Rien. C’est ce que nous faisons depuis des années pour nous occuper de nos enfants, surtout leurs scolarités ».
Même son de cloche au village Bogoula situé à 60 kilomètres de Bangui sur le même axe. Ici, nous constatons des tas de bois en petite botte et attachés à l’aide des petites cordes. Juste à côté, Brice, hache en main en train de fendre les bois en morceaux. Quand nous lui posons la question, il s’exclame. « Nos parents nous ont élevés grâce à cette activité. Bon, là maintenant, on va faire comment pour avoir des revenus. Dans un pays où ils prennent les gens dans la fonction publique que par affinité, nous qui n’avons personne, comment allons-nous faire pour trouver un emploi autre que cette activité ? Moi qui vous parle, j’ai une licence en sciences économiques obtenue à l’université de Bangui, mais j’ai tenté en vain, police, gendarmerie voire même le concours d’entrée dans les rangs des FACA. Je suis obligé de me retourner ici au champ pour exercer cette activité ».
Et même si l’incompréhension persiste de part et d’autre, certains habitants pensent déjà comment faire si la décision parvienne à se concrétiser. Car les activités champêtres sont perturbées par l’afflux des éleveurs Peuhls dans les localités où ils font paître leurs bêtes dans les champs, une situation qui fait convertir certains de ces agriculteurs vers cette activité.
Pour certaines autorités locales, il faut proposer une alternative de subsistance à ceux qui se plaignent sinon cette décision ne peut seulement rester sur papier et personne ne pourra la respecté. Gaston Kosri, est l’un des chefs du village Bogoula : « Selon mes analyses et en connaissance de cause, il faut que les autorités effectuent des discussions franches avec les villageois soit en les regroupant en coopérative et les dotés des matériels adéquats pour pratiquer l’agriculture. Sinon, cette décision ne peut que rester au niveau des bureaux car, son application sera difficile ici».
Pas seulement les praticiens de ces activités qui se plaignent mais les consommateurs et revendeurs à Bangui. Doriane Malenguiza, venue s’approvisionner en bois pour ses activités génératrices de revenu, s’inquiète déjà et s’interroge si les ménages vont désormais se tourner vers le gaz, encore un produit de luxe : « Vous savez à Bangui, une bouteille de gaz coûte extrêmement chère et ce n’est pas tout le monde qui a la possibilité de s’en procurer. Maintenant, ils nous demandent de ne plus utiliser les bois de chauffe et le charbon, c’est absurde. Les gens ne doivent plus vendre en grande quantité aux commerçants. Dans ces conditions, je préfère quitter ce pays ».
Selon les dispositions de l’arrêté, toute personne qui ne respecterait pas cette décision sera condamnée à des peines économiques allant de 500.000 à 1.000.000 FCFA.
En effet, l’incompréhension est née d’une visite des membres de la délégation des ministères concernés, qui auraient instruit les gens à ne plus fabriquer et vendre en grande quantité le charbon de bois et bois de chauffe au-delà de Bangui.
Pour rappel, des bois de chauffe et charbon domestique sont souvent achetés par des conducteurs des camions à destination du Cameroun. Mais cette exportation au-delà des frontières pose encore problème et n’est pas encore règlementée. Elle facilite la déforestation, constat qui a poussé le gouvernement à interdire son exportation, a confié à l’Oubangui Médias une source au ministère des eaux et forêts.
Guillaume Lebrun

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