Les relations de coopération entre la République centrafricaine et la République populaire de Chine continuent d’offrir des opportunités de renforcement des capacités à de nombreux Centrafricains. Dans le cadre de l’Initiative « Une Ceinture, une Route », lancée par le président chinois Xi Jinping en 2013, plusieurs cadres et jeunes professionnels centrafricains bénéficient régulièrement de séminaires et de formations en Chine. Parmi eux figure John Michael Yavoui Nanguindo, jeune juriste centrafricain dont le parcours illustre les retombées de cette coopération. Après avoir participé à plusieurs formations dans différentes provinces chinoises, il a été invité à dispenser un cours sur le climat des affaires en République centrafricaine dans une université chinoise.

Originaire de la préfecture de la Mambéré-Kadéï, John Michael Yavoui Nanguindo s’est construit un parcours académique remarquable. Titulaire d’un baccalauréat série A4 obtenu en 2018, il poursuit ses études à l’Université de Bangui où il décroche une licence en droit privé. Il enchaîne ensuite avec un Master 1 en droit pénal et sciences criminelles avant d’intégrer un Master 2 en droit communautaire OHADA. Son mémoire de fin de cycle porte sur la protection juridique des investissements en République centrafricaine, un sujet en lien direct avec les enjeux du développement économique du pays.

En parallèle de ses études, le jeune juriste acquiert une solide expérience professionnelle. Il effectue un stage auprès de la Chambre des notaires de République centrafricaine avant de poursuivre son apprentissage dans un cabinet d’avocats. Il occupe également les fonctions de responsable des affaires juridiques et du contentieux à la mairie de Bangui. Passionné d’écriture, il est aussi auteur du roman Les Aventures de Myria.

Une coopération qui ouvre des perspectives

Pour John Michael Yavoui Nanguindo, son parcours a pris une nouvelle dimension grâce aux relations de coopération entre Bangui et Pékin. : « C’est dans le cadre de cette coopération que j’ai été sélectionné par l’ambassade de Chine pour participer à plusieurs séminaires de formation en République populaire de Chine », explique-t-il.

Entre 2025 et 2026, il participe successivement à quatre grandes formations financées par le ministère chinois du Commerce. Les thèmes abordés couvrent plusieurs domaines stratégiques : la gouvernance urbaine et la gestion sociale, la promotion de l’aquaculture dans les pays africains francophones, la lutte contre la pauvreté ainsi que le renforcement des capacités des petites et moyennes entreprises.

Organisées dans différentes provinces chinoises, notamment à Wuxi, Ningxia et Fujian, ces formations réunissent des participants venus de plusieurs pays africains francophones. Elles offrent aux bénéficiaires l’occasion de découvrir le modèle de développement chinois, de visiter des entreprises, des institutions publiques et des centres de recherche, mais également d’échanger avec des universitaires, des experts et des décideurs.

Une expérience inattendue dans une université chinoise

L’un des moments les plus marquants de son séjour en Chine reste cependant son passage dans une université chinoise. Cette opportunité naît de sa rencontre avec le professeur et avocat chinois Dr Lin Lai. Impressionné par le parcours académique du jeune Centrafricain et par ses recherches sur la protection juridique des investissements, ce dernier l’invite à visiter son université.

Ce qui devait être une simple visite se transforme rapidement en une expérience académique exceptionnelle. À la demande des responsables de l’établissement, John Michael Yavoui Nanguindo prépare puis anime un cours consacré au climat des affaires en République centrafricaine devant des étudiants chinois.  : « Ils avaient beaucoup de questions sur notre pays. Certains pensaient que la Centrafrique était uniquement un pays en guerre. J’ai voulu leur montrer une autre réalité, parlé de nos richesses, de notre potentiel économique et des opportunités d’investissement », raconte-t-il.

Pendant près de deux heures, il présente les ressources naturelles du pays, son cadre juridique ainsi que les perspectives offertes aux investisseurs étrangers. Les échanges se poursuivent bien après la fin du cours et débouchent sur des liens durables avec plusieurs étudiants chinois avec lesquels il est toujours en contact.

Changer le regard porté sur la République centrafricaine

Au-delà de la transmission de connaissances, cette expérience lui permet de mesurer le poids des perceptions internationales sur son pays.

Selon lui, de nombreuses personnes à l’étranger réduisent encore la République centrafricaine aux conflits armés et ignorent les progrès réalisés ainsi que les opportunités qu’offre le pays. : « J’ai essayé de montrer qu’il existe une autre réalité. Oui, il y a eu des crises, mais il y a aussi un peuple qui travaille, qui entreprend et qui aspire au développement », affirme-t-il.

Pour le jeune juriste, chaque Centrafricain qui voyage à l’étranger peut devenir un véritable ambassadeur de son pays. Les différentes formations suivies en Chine ont également modifié sa manière d’aborder les questions de développement. Il cite notamment les politiques chinoises de création des zones économiques spéciales, qu’il considère comme un modèle susceptible d’inspirer la République centrafricaine afin d’attirer davantage d’investissements étrangers et de favoriser le transfert de compétences.

Il regrette toutefois que certaines entreprises étrangères présentes dans le pays ne développent pas suffisamment les compétences de la main-d’œuvre locale. : « Le transfert de compétences est indispensable si nous voulons bâtir un développement durable », estime-t-il.

De retour à Bangui, John Michael Yavoui Nanguindo affirme mettre les connaissances acquises au service de la municipalité et accompagner plusieurs collectivités locales qui sollicitent son expertise. Il travaille également à la création d’une plateforme destinée à accompagner les collectivités territoriales et à partager les expériences acquises à l’étranger avec les jeunes professionnels centrafricains.

Un appel à la jeunesse centrafricaine

Convaincu que la jeunesse constitue le principal moteur du développement national, John Michael Yavoui Nanguindo encourage les jeunes à saisir les opportunités offertes par la coopération sino-centrafricaine. Il les invite notamment à apprendre la langue chinoise, à s’intéresser à la culture de ce pays et à postuler aux différentes bourses proposées par les autorités chinoises. : « Notre pays a besoin d’une jeunesse formée, ouverte sur le monde et prête à contribuer au développement national. Les opportunités existent ; il faut savoir les saisir », conclut-il.

À travers son parcours, John Michael Yavoui Nanguindo illustre les possibilités qu’offre la coopération entre la République centrafricaine et la Chine. Entre formation, échanges académiques et partage d’expériences, son histoire témoigne de l’importance du renforcement des compétences comme levier de développement et de rapprochement entre les deux peuples.

Milca Bissidi