La crise à la tête de la municipalité prend une tournure institutionnelle et juridique. Le maire de Bangui, Émile-Gros Raymond Nakombo, conteste ouvertement les conditions de sa mise à l’écart lors d’une conférence de presse tenue le 21 Avril à Bangui, et revendique son droit à reprendre ses fonctions, au nom du respect des textes en vigueur.
Face à la presse, le président de la délégation spéciale de Bangui, Émile-Gros Raymond Nakombo a longuement exposé sa lecture des faits, évoquant une situation provoquée à dessein et dénonçant des irrégularités administratives dans la gestion de sa mise en disponibilité.
Selon le maire, la situation remonte à sa décision initiale de se porter candidat aux législatives dans sa circonscription d’origine, à Soso-Nakombo. Une ambition finalement abandonnée, notamment pour éviter une confrontation avec des proches, dont Maturin Dimbélé , qu’il présente comme un membre de sa famille.
« Je suis patriarche, je ne pouvais pas compétir avec mes petits frères », a-t-il expliqué, justifiant ainsi son retrait de la course électorale.
Malgré ce désistement, Emile Gros Raymond Nakombo affirme avoir respecté la procédure administrative en attendant la fin officielle du processus électoral pour envisager son retour à la mairie.
D’après lui, les résultats définitifs ayant été proclamés fin février, rien ne s’opposait juridiquement à sa reprise de fonction dès le 1er Mars. Pourtant, ses démarches auprès du ministère de l’Administration du territoire seraient restées sans réponse.
« Rien ne m’empêchait de reprendre », insiste-t-il, indiquant avoir finalement décidé de réintégrer son poste de sa propre initiative.
Cette tentative de retour a coïncidé avec des tensions visibles à la mairie, marquées notamment par des mouvements de protestation.
Au cœur du différend , une question de hiérarchie des normes. Le maire s’appuie sur son mode de nomination pour contester toute tentative de mise à l’écart par voie ministérielle. « Je suis nommé par décret du Président de la République. Il n’y a que le Président de la République qui peut décider de mon sort, ce n’est pas un arrêté du ministre qui va décider de mon sort, impossible », a-t-il martelé.
Pour Emile Gros Raymond Nakombo, il s’agit d’un problème fondamental de légalité administrative, qu’il qualifie de parallélisme entre un arrêté et un décret, pointant un dysfonctionnement dans l’application des textes.
Le maire évoque également une série d’anomalies dans la gestion de son intérim, notamment une mise en disponibilité qu’il dit antidatée, ainsi que l’installation rapide de son adjointe comme intérimaire par le ministère.
Il dénonce par ailleurs une instrumentalisation d’une partie du personnel municipal et affirme qu’il n’existe pas de syndicat légal à la mairie de Bangui.
Autre point de crispation : des accusations de détournement de fonds relayées dans l’espace public. L’intéressé rejette catégoriquement ces allégations, assurant n’avoir jamais été épinglé par les organes de contrôle.
« Tous les ans, je suis contrôlé. On ne m’a jamais reproché quoi que ce soit », affirme-t-il, annonçant son intention de saisir la justice contre ses accusateurs.
Au-delà de son cas personnel, Emile Gros Raymond Nakombo élargit le débat à la gouvernance locale en République centrafricaine. Il insiste sur la nécessité de respecter les procédures pour garantir la stabilité des institutions.
Refusant de saisir directement le président de la République, professeur Faustin-Archange Touadéra, le maire dit privilégier les voies légales et institutionnelles.
Dans un contexte marqué par des tensions internes et des accusations croisées, il conclut par un appel à une révolution des pratiques dans les médias et la gouvernance, afin de redonner des repères à la société centrafricaine, en particulier à la jeunesse.
La crise à la mairie de Bangui reste, à ce stade, sans issue claire, sur un bras de fer entre le ministère et l’interprétation des textes administratifs.
Milca Bissidi

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