À Bangui, la suspension supposée de la gratuité des soins au Complexe pédiatrique de Bangui suscite une vive inquiétude au sein de la population. Plusieurs parents se demandent comment ils pourront désormais soigner leurs enfants, d’autant plus que beaucoup peinent déjà à subvenir à leurs besoins. Face à ces inquiétudes, le Directeur général du complexe, Pr Jean Chrysostome Gody, apporte des précisions.

À l’entrée du complexe, au bâtiment C, nous rencontrons Noëlla, habitante du quartier Golf et mère d’un enfant hospitalisé. Elle explique que la gratuité n’est pas totalement suspendue. « Il n’y a pas de suspension totale des soins. Cela dépend plutôt de l’âge des enfants. De 0 à 5 ans, ils bénéficient des soins gratuits. À partir de 5 ans, certaines charges reviennent aux parents. Nous ne rencontrons pas de problème particulier. Le souci se pose parfois pour les médicaments prescrits : s’ils ne sont pas disponibles à la pharmacie de l’hôpital, il faut sortir les acheter, sinon on nous les fournit ici lorsqu’ils sont disponibles », a-t-elle confié.

Pour Pulchérie Yeleypa, infirmière à l’unité C du Complexe pédiatrique, la gratuité n’a pas été supprimée, mais réaménagée. « Nous n’avons pas suspendu la gratuité des soins pour les enfants au Complexe pédiatrique. Il s’agit désormais d’une gratuité ciblée. Les enfants de 0 à 4 ans sont pris en charge gratuitement. Au-delà de cet âge, les parents doivent payer les soins, car les ONG qui finançaient autrefois le complexe ne sont plus présentes », a-t-elle expliqué.

Contacté par notre rédaction, le Directeur général du complexe indique que cette mesure est dictée par des contraintes budgétaires devenues difficiles à supporter.

Selon Pr Jean Chrysostome Gody, avant la crise de 2013, les citoyens assumaient en grande partie leurs dépenses de santé. Face à cette situation, le gouvernement a mis en place un dispositif appelé gratuité ciblée, destiné à prendre en charge les enfants de moins de cinq ans. « À cette période, plusieurs responsables, par compassion, ont estimé qu’il fallait élargir la gratuité des soins à tous les enfants sans exception. Les organisations internationales et les partenaires ont alors mobilisé des financements humanitaires pour soutenir le système de santé et soigner les enfants », a-t-il poursuivi.

Mais, à ce jour, selon le Directeur général, la réduction de certains financements internationaux a fortement affecté le fonctionnement du complexe. « Avec la réduction de certains financements internationaux, le Complexe pédiatrique fait face à des difficultés d’approvisionnement. Nous sommes donc obligés de revenir au système de gratuité ciblée, afin de continuer à prendre en charge les enfants de 0 à 5 ans. Au-delà de cet âge, les parents doivent payer certains examens et acheter des médicaments », a-t-il indiqué.

Malgré ces ajustements, Pr Jean Chrysostome Gody rassure que l’objectif n’est pas d’abandonner les enfants vulnérables, mais plutôt de préserver le fonctionnement minimal du Complexe pédiatrique, en attendant de nouvelles solutions de financement.

Freddy Ulrich Tanga