À Abuja, les 32e Assemblées annuelles d’Afreximbank s’ouvrent dans un climat de turbulences géopolitiques et de fragmentation économique mondiale. Face aux défis du commerce, du financement et de la gouvernance, les dirigeants africains réunis au Nigeria entendent poser les bases d’un nouveau modèle de résilience continentale.
Les travaux de la 32e Assemblée générale annuelle d’Afreximbank (AAM2025) se sont ouverts ce mardi 25 juin à Abuja, au Nigeria, autour d’un thème évocateur : « Construire l’avenir sur des décennies de résilience ». Cette rencontre stratégique rassemble les décideurs africains dans un contexte mondial marqué par les tensions géopolitiques, le retour du protectionniste économique et des perturbations dans les chaînes d’approvisionnement. Objectif ? Repenser l’intégration économique de l’Afrique, renforcer ses capacités financières et libérer son potentiel commercial.
« Nous assistons à l’émergence d’un ordre mondial fragmenté, marqué par de fortes tensions géopolitiques, des réalignements économiques et un retour du protectionnisme incarné par la montée des droits de douane. L’économie mondiale fait preuve d’un mépris flagrant pour le commerce équitable, aggravé par le retrait progressif de l’aide extérieure au continent africain », a déploré Denys Denya, vice-président exécutif d’Afreximbank.
Dans ce climat d’instabilité, l’Afrique affiche une résilience relative. En 2024, le continent a enregistré une croissance de 3,2 %, portée par les investissements publics et la fermeté des prix des matières premières. Le commerce intra-africain a progressé de 12,4 %, atteignant 1 500 milliards de dollars, selon le rapport annuel de la banque. Mais cette dynamique masque des fragilités persistantes car l’inflation a atteint une moyenne de 20,1 % et le continent reste forte dépendant aux exportations de matières premières.
L’un des principaux défis évoqués à Abuja demeure le déficit chronique de financement du commerce, évalué à 100 milliards de dollars par an. Une contrainte majeure pour les PME africaines, encore sous-représentées dans les chaînes de valeur mondiales.
Autre enjeu majeur de cette 32e édition c’est la succession du président sortant, Benedict Oramah, en poste depuis 2015. Après dix ans à la tête de l’institution, il s’apprête à passer le relais. Un nom revient avec insistance, celui du Dr George Elombi, haut cadre camerounais, juriste de formation, et pilier de la banque depuis près de 30 ans. Actuel vice-président exécutif chargé de la gouvernance d’entreprise, il pourrait devenir le premier Camerounais à diriger Afreximbank, si l’assemblée générale valide sa nomination le 28 juin.
Cette transition intervient à un moment charnière pour la banque, alors que l’agence Fitch Ratings a récemment abaissé sa note de crédit à « BBB- », un cran au-dessus du niveau spéculatif. L’agence américaine de notation évoque un ratio de prêts non performants jugé trop élevé (7,1 % selon Fitch, contre 2,44 % selon la banque) et des inquiétudes sur la gestion du risque, notamment face à l’exposition croissante aux dettes souveraines de pays fragiles comme le Ghana, la Zambie ou le Soudan du Sud. Cedrick Jiongo

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