La déclaration de naissance de son enfant lui confère un droit fondamental et universel au regard des conventions internationales et textes nationaux. Mais suites aux crises militaro-politiques qui ont frappé la République Centrafricaine (RCA), beaucoup de parents n’ont pas déclaré leurs enfants à l’état civil. Plus de 70% des enfants scolarisés dans la ville de Bangui et ses périphéries n’ont pas d’actes de naissance.  Grâce au Projet pilote  Européen d’Appui à la modernisation de l’état civil en Centrafrique, le Ministère de l’Administration du Territoire, de la Décentralisation et du Développement Local (MATDDL) a initié  à travers l’expertise de CIVIPOL, une série de campagnes de sensibilisation pour l’enregistrement et la remise de ce document indispensable à ces enfants dans les zones de projet.  Il s’agit d’une action dont l’objectif est de permettre à ces enfants d’être en règle avec la loi et de bénéficier de la reconnaissance juridique de leur existence.  Dès les premières concertations conduites par l’expert en Communication de Civipol dans le cadre de l’élaboration du plan de communication et de visibilité du ce projet, certains médias nationaux ont  fait la découverte des enjeux et des défis autour de l’état civil et se sont accrochés pour intégrer ce thème dans leurs offres éditoriales. 

La consommation médiatique a un effet positif d’ouverture au monde et d’apports de connaissances. Le média répond à la fonction de détente, à celles d’information et de compréhension de la société et aussi de sensibiliser la communauté et de défendre ses droits.

Le journal Oubangui Medias, le Réseau des Radios Communautaires de Centrafrique (RMCC) ainsi que la radio Ndéké-Luka sont en première ligne des médias impliqués dans les sensibilisations organisées par le MATDDL et CIVIPOL.

« Ce projet  financé par l’Union Européenne,  nous a interpelés en tant qu’acteurs médiatiques centrafricains sur un problème réel de développement du pays.  Le projet nous a permis de nous rendre compte du nombre important d’enfants  qui ne disposent d’acte de naissances et donc non reconnu dans les statistiques de la population national, c’est une situation très grave pour ces enfants mais aussi pour l’avenir du pays.  Nous avons compris en tant que médias qu’au-delà du partenariat avec CIVIPOL autour du projet, il est de notre devoir de nous engager à fond sur ce sujet qui est resté longtemps loin des centres d’intérêt dans nos rédactions », a souligné, Fridolin Ngoulou, Directeur du Journal Oubangui Médias.

Plus une question du devoir citoyen qu’une question de partenariat autour d’un projet

Aujourd’hui, la question d’acte de naissance des enfants est en conformité avec le droit de l’enfant transcrit dans le code de la protection de l’enfant, promulgué en 2020 et le plan de relèvement et de la consolidation de la paix a renchérie, Rémy Djamouss, le Coordonnateur du RMCC.

La radio reste le média le plus proche et le plus accessible pour les communautés les plus isolées. Nous sommes dans un pays où le taux de pénétration de l’internet est encore trop bas et  où les infrastructures routières posent énormément des problèmes. Il faut ajouter aussi que le projet ne couvre pas aussi tout le pays mais le problème d’état civil est plus étendu sur l’ensemble du pays. Le besoin de rétablir le droit à l’identité  pour des milliers d’enfants est une question d’intérêt national. Ainsi, le RMCC s’est engagé à aider toute la population à avoir l’accès aux informations sur ce projet qui va permettre à des milliers d’enfants d’être reconnus par l’état centrafricain à travers l’octroi des actes de naissance, a poursuivi le  Coordonnateur du Réseau des radios communautaires de Centrafrique (RMCC), la  principale plateforme des médias communautaires du pays.

Rémy Djamouss a rappeler que les médias communautaires aident le Gouvernement dans le processus d’éducation de masses et dans la vulgarisation des instruments juridiques nationaux et internationaux relatifs à la promotions des droits humains dont l’état civil constitue la porte d’entrée pout toute jouissance. 

Selon le coordonnateur du RMCC, l’effort est aujourd’hui consenti  que les sensibilisations menées dans les écoles à Bangui et Bégoua  soient reprises comme émissions publiques diffusées sur les différentes stations radios du pays  afin de toucher le quatre coins de la RCA. « Nous souhaitons que ces campagnes puissent s’élargir dans d’autres régions du pays mais en attendant, nos radios membres font déjà arrivé les messages du projet même dans les zones non couvertes celui-ci.  Nous sommes satisfaits du travail que nous faisons avec l’accompagnement de CIVIPOL pour mettre petit à petit ce sujet d’état civil dans le débat public et accroitre simultanément l’offre et la demande des services d’état civil dans notre pays  », a insisté  Rémy Djamouss.

Si ces trois médias sont en première ligne, les autres, conscients de cet enjeu souhaitent leurs implications. C’est le cas d’Arsène Jonathan Mosseavo, Directeur du journal les Autres Nouvelles de Centrafrique (LANOCA), qui fait une suggestion en ces termes : « Nous sommes conscients de l’enjeu de l’état civil dans le pays. Cependant, nous souhaitons l’implication de plusieurs médias afin de nous permettre de mieux cerner les enjeux, les acteurs de l’état civil afin de traiter des sujets y relatifs. CIVOPOL dans le cadre de sa campagne doit renforcer les capacités des médias sur la nécessité de leurs implications. Une fois les journalistes formés, ils pourront avoir le langage facile pour traiter ce sujet d’intérêt national ».

Des Centres mobiles pour un rapprochement de la population et l’administration de l’état civil :

Selon le constat de l’Oubangui Médias,  des milliers d’enfants et leurs parents viennent s’enregistrer dans les centres mobiles qui sont installés et gérés par des animateurs de CIVIPOL avec l’appui et la collaboration des autorités locales dans certains arrondissements de Bangui et à Begoua. Ce travail d’enregistrement consiste à préparer les dossiers des enfants sans actes de naissance pour la constitution des dossiers de demande de jugements supplétifs d’actes de naissance. Une  fois que les actes de naissances sont délivrés, les parents viennent le réoccuper aussi dans ces centres qui sont aussi des espaces de transfert de compétences des experts de CVIPOL vers les agents municipaux en charge de l’état civil dans les mairies secondaires. « L’octroi des actes de naissance aux enfants est le premier signe du respect des droit des enfants. Si le Gouvernement ne réunit pas les conditions, alors, nous auront des mauvais citoyens dans le pays », a fait observer Fridolin Ngoulou, Directeur de l’Oubangui Médias.

Une opportunité de formation pour nos rédactions

«Depuis que nous avons signé le partenariat, nous avons choisi d’impliquer toute l’équipe de notre rédaction dans l’accompagnement de ce projet car il y va de l’avenir de toute la nation mais également, nous avons voulu que plusieurs personnes au sein de la rédaction puisse maitriser cette thématique de l’état civil. C’est inadmissible qu’un enfant soit scolarisé sans acte de naissance », a déclaré Fridolin Ngoulou.

Le directeur de l’Oubangui Médias souligne son engagement à ce projet pour pérenniser  les acquis du projet. « Dans la zone de Nzila, la situation des enfants est dramatique. C’est ainsi que nous avons appuyé la création d’une organisation qui va mettre dans son agenda la sensibilisation des parents à déclarer les naissances de leurs enfants afin qu’ils bénéficient des actes de naissance. C’est grâce à ce projet combien important que nous avons pris cet engagement. Nous pensons faire autant pour que les enfants ne soient pas des personnes non reconnues juridiquement », a-t-il ajouté.

Il est important de souligner qu’au regard de l’engouement et la demande de ces documents dans les zones du projet ainsi que les demandes dans les autres zones, ces médias partenaires comptent poursuivre et encourager le partenaire Union Européenne à maintenir ses soutiens au Gouvernement dans le cadre de la modernisation de l’état civil.

Christian Steve SINGA.