Après la crise militaro-politique de 2013-2015 qui a affecté presque tout le pays et plus particulièrement la population de Bambari dans la Ouaka, celle-ci s’est relevée grâce à l’appui multiforme de la sous délégation du CICR de cette localité. Lors de notre séjour dans cette ville nous avons pu visiter l’association des femmes pour la cohésion et le groupement agricole de Gbakomalekpa, situé à une vingtaine de kilomètres de Bambari.

Visiblement, les membres de ces différents groupements et associations que nous avons visité sont heureux et n’ont pas hésité un seul instant à nous parler de leurs organisations tout en remerciant le CICR de Bambari qui selon eux ne ménage aucun effort pour leur redonner l’espoir après le violent vent qui a soufflé sur cette ville et n’a rien laissé de son passage.

Nul n’est sans ignorer que la crise de 2013-2015 a créé la division au sein de la communauté occasionnant des pertes en vies humaines et des biens. Tous les édifices publics ont été détruits. Cet événement douloureux de 2013-2015 a contraint la population à trouver refuge dans des lieux de fortunes.

Des femmes et hommes ont perdu leurs biens et leurs proches, comme a témoigne Mariam Hamat, présidente l’association des femmes pour la cohésion sociale.

Pour consolider la paix entre les communautés, plusieurs organisations ont été créées parmi lesquelles l’association des femmes pour la cohésion sociale (AFCS) où les membres ont bénéficié d’une formation en entrepreneuriat initiée par la sous délégation du CICR de Bambari : « Pendant et après la crise de 2014, il n’y avait pas la cohésion sociale entre les deux communautés, les enfants n’allaient pas à l’école, nous mangions très mal pour la simple raison que nous ne pouvons pas nous déplacer au-delà de notre quartier », se souvient Mariam Hamat.

L’idée de la mise en place de cette organisation est née de ce constat. « Après consultation, nous avons décidé de nous mettre en communion afin de briser toutes considérations et travailler pour la paix dans la ville de Bambari », a indiqué Mariam Hamat.

Suite à un appel à candidature lancé par la sous délégation du CICR de Bambari, le dossier de l’association des femmes pour la cohésion sociale (AFCS) a été retenu et les membres ont suivi une formation de trois mois sur Association Villageoise d’Epargne et de Crédit (AVEC). Par exemple, si quelqu’un emprunte 10.000 FCFA il doit rembourser avec 10%.

Ce qui a permis à cette organisation de bien gérer l’enveloppe qui lui a été octroyée par le CICR.

Selon la présidente de l’AFCS Mariam Hamat, cette association est gérée d’une manière impartiale. « Chaque membre peut venir prendre de l’argent dans la caisse et rembourser après quatre semaines.

Grâce aujourd’hui à cet appui du CICR, nous sommes autonomes et capables de supporter les charges de nos petites familles », a témoigné Mariam Hamat.

Un secteur agricole aussi en relèvement

Il faut souligner que la dernière crise a aussi eu un impact négatif sur le secteur agricole. Plusieurs agriculteurs ont perdu leurs semences. C’est le cas des habutants du village de Gbakomalekpa qui ont vu leurs champs détruits par des hommes en arme.

Pour se relever, ceux-ci sont obligés de ressusciter l’organisation dénommée « comité de gestion pour le développement agricole (CGDAL) », créée en 2003. « Mais durant la crise de 2013, les hommes en arme ont tout emporté, nos bœufs et certains matériels comme la décortiqueuse. Cette situation nous a rendu la vie très difficile et c’est en 2022 que nous avons postulé comme certaines organisations à un appel à candidature du CICR et notre association a été sélectionnée. Nous avons suivi une formation au préalable par le CICR ce qui nous a permis de cultiver des hectares de champs de maïs, d’arachides et des haricots. Nous vivons en parfaite harmonie avec nos frères peuls. Et c’est dans cet esprit de communion que nous avons produit trois tonnes de maïs et deux autres tonnes d’arachides. Grâce à un appui du CICR avec des semences de bonnes qualités », a expliqué Jean-Marc Malega, président du CGDAL avant d’ajouter que les produits agricoles sont vendus au CICR qui l’utilise pour appuyer d’autres organisations.

La particularité de ces organisations est que toutes les communautés sont représentées. A en croire, Jean-Marc Malega, président de CGDAL, des éleveurs peuls qui ont perdu leurs bétails et qui n’ont rien à faire sont obligés de rejoindre le CGDAL et ceux-ci ont contribué énormément à l’épanouissement de cette organisation.

Nephtalie Asnath Kalangba, Généraliste en Sécurité Économique, point focal cash à la sous délégation du CICR à Bambari justifie les raisons du geste de son organisation : « Comme vous le savez, le CICR est une organisation impartiale et neutre, et elle intervient souvent dans des zones où il y a les conflits armés. Dans le cadre de notre mandat, nous apportons des appuis aux personnes touchées directement par les crises. C’est ainsi qu’après les évènements douloureux qui ont secoué la ville de Bambari, nous au niveau du département de sécurité alimentaire, avons jugé important d’appuyer trois groupements parmi dix, qui ont postulé et une vingtaine d’individus qui sont victimes de violences sexuelles soit touchées par balle », a-t-elle justifié.

L’objectif est de les aider à reprendre leur vie socioéconomique afin d’oublier ce qui leur est arrivé durant cette crise.

L’un des bénéficiaires de ce projet est Prosper, père de neuf enfants dont 5 filles. Touché par balle à son pied gauche lors d’un affrontement entre les belligérants, et grâce à un soutien médical et financier du CICR, il a non seulement repris son état physique mais a ouvert une boutique.

Dans une interview que ce dernier nous a accordé, il a signifié que grâce aux multiples soutiens de cette organisation internationale, il a pu construit des maisons et payer l’écolage de ses neuf enfants.

La ville de Bambari et ses environs bénéficient des appuis humanitaires malgré le contexte encore fragile et les financements humanitaires qui tarissent de plus en plus à cause de nombreux conflits dans le monde.

Christian Steve Singa