En Centrafrique, la marionnette interprétée par des enfants demeure une tradition bien vivante à la veille des fêtes de fin d’année, notamment le 31 décembre de chaque année.

À l’approche du Nouvel An, les marchés publics se transforment et changent de visage, prenant l’allure d’une grande scène de théâtre à ciel ouvert. L’agitation habituelle laisse place à une ambiance particulière à la veille du passage du 31 décembre au 1er janvier.

Non seulement dans les marchés de Bangui, mais aussi dans les quartiers, entre les paniers de légumes, les étals de vêtements et même au milieu des véhicules, de petits groupes d’enfants apparaissent, marionnettes à la main, prêts à offrir un spectacle aussi simple que touchant. Leurs personnages bricolés, faits de chiffons usés, de carton et de peinture, deviennent les héros d’histoires improvisées qui attirent aussitôt les regards des passants, souvent émus et enclins à leur offrir un petit don.

Ces jeux de marionnettes ne sont pas nés par hasard. Ils s’inscrivent dans une tradition populaire où la fin de l’année rime avec partage, rires et gestes solidaires. Les enfants donnent une voix à leurs marionnettes, inventent des dialogues pleins d’humour, taquinent les passants ou leur adressent des vœux pour l’année à venir. Les scènes sont courtes, parfois maladroites, mais toujours sincères. En retour, les spectateurs offrent quelques pièces, non seulement pour l’argent, mais aussi pour saluer l’effort et l’audace de ces jeunes artistes.

Dans ce théâtre improvisé, les enfants apprennent beaucoup : parler en public, capter l’attention et travailler en équipe. La marionnette devient alors un masque rassurant derrière lequel la timidité s’efface. Pour eux, c’est un jeu, une aventure, une manière joyeuse de participer à l’effervescence du Nouvel An », confie un enfant de moins de 13 ans qui interprète l’une de ces marionnettes. Pour les adultes, ces scènes évoquent souvent la nostalgie et rappellent les souvenirs d’enfance et les traditions d’antan.

Cependant, derrière la poésie de ces moments se cache une réalité plus complexe. Dans certains cas, ces jeux constituent aussi un moyen d’apporter un léger soutien financier à la famille. « Je suis émerveillée par ce que font ces enfants. Cela me rappelle ma jeunesse et rend aussi la fête encore plus belle », témoigne une jeune maman, vendeuse de légumes, rencontrée au marché de Bimbo. Cette frontière entre tradition festive et nécessité économique soulève des interrogations. Les acteurs sociaux appellent ainsi à préserver l’innocence du jeu, afin que ces pratiques restent un espace d’expression libre et non une contrainte pour les enfants.

À la veille du passage à la nouvelle année, les marionnettes des marchés racontent donc bien plus qu’un simple divertissement. Elles parlent d’enfance, de créativité, de solidarité et d’espoir. Dans le brouhaha des marchés, leurs voix fragiles rappellent que la fête peut naître de peu et que, parfois, un sourire vaut autant qu’une pièce glissée dans un chapeau.

Au-delà de ce d’investissement, se cache aussi une besoin de collecte de fonds. Les enfants demandent de l’argent ou des biens aux personnes de bonne foi pour la fête.

Pappus Héritier BVIII