Le contentieux opposant l’État centrafricain à la société belge ANTASER B.V., partenaire de PADIMA S.A. (Groupe MEDIALINK SARL), prend une ampleur qui dépasse le simple différend contractuel. Le Tribunal administratif de Bangui est saisi d’une requête en sursis à exécution visant à contester la révocation d’ANTASER au profit de la société ALBATROS, nouvel opérateur du Bordereau Électronique de Suivi de Cargaison (BESC).
Une convention remise en cause :
ANTASER affirme avoir signé une convention portant sur la gestion et la sécurisation du système BESC, renouvelée en octobre 2025 puis confirmée en février 2026 pour une durée de dix ans avec exclusivité. L’entreprise dit avoir mobilisé des investissements financiers et techniques importants pour moderniser cet outil stratégique de contrôle des cargaisons.
Pourtant, quelques mois plus tard, l’administration aurait engagé une procédure de remplacement. Une correspondance adressée aux autorités camerounaises annonçait la résiliation du contrat, suivie d’une circulaire désignant ALBATROS comme nouveau gestionnaire, avant une décision officielle de révocation en date du 28 mai 2026.
ANTASER estime que ces décisions violent les clauses contractuelles et le principe de sécurité juridique. La société dénonce un défaut de motivation et l’absence de procédure contradictoire. Elle évalue son préjudice immédiat à près de 500 000 euros (327,9 millions FCFA), liés à la perte de partenaires, l’interruption de ses activités et la désorganisation de son réseau. Une clause contractuelle prévoyant une indemnisation mensuelle de 100 000 euros en cas d’interruption serait, selon elle, applicable.
Soupçons et enjeux économiques :
Cette affaire suscite des interrogations dans les milieux économiques. Les requérants évoquent des conflits d’intérêts et des irrégularités dans le processus de désignation d’ALBATROS. Ces allégations n’ont toutefois pas été confirmées par la justice.
Le dossier intervient dans un contexte où les autorités centrafricaines cherchent à attirer davantage d’investissements privés pour soutenir le Plan national de développement (PND). Pour les observateurs, la stabilité des contrats est un indicateur clé de confiance. Toute remise en cause d’engagements sans fondement légal risque d’alimenter les inquiétudes des partenaires internationaux.
Par son recours, ANTASER demande la suspension des décisions contestées et son rétablissement provisoire dans ses droits. Le jugement attendu pourrait faire jurisprudence en matière de contrats administratifs et de protection des investissements en RCA.
Ce litige met en lumière une question de principe : la capacité de l’État à garantir la stabilité de ses engagements contractuels, condition essentielle pour renforcer la confiance des investisseurs et consolider l’attractivité économique du pays.
Rédaction

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