La semaine dernière, lors d’un point de presse tenu à Bangui, Albert Yaloké Mokpeme, Ministre Conseiller et Porte-parole de la Présidence, a apporté des éclaircissements sur une question qui alimente les débats politiques et médiatiques depuis l’investiture du Président de la République marquant l’avènement de la 7 République : pourquoi le gouvernement dirigé par Félix Moloua n’a-t-il pas encore présenté sa démission, comme le veut la tradition républicaine ?

Dans la pratique républicaine, l’investiture d’un président ouvre une nouvelle séquence politique. Traditionnellement, le gouvernement en place remet sa démission afin de permettre au chef de l’État de nommer un Premier ministre chargé de former une nouvelle équipe. Or, plusieurs semaines après l’investiture, cette étape n’a pas encore eu lieu, suscitant interrogations et spéculations.

Albert Yaloké Mokpeme a tenu à rappeler que la démission d’un gouvernement n’est pas une obligation automatique, mais une prérogative exclusive du président de la République. « Le gouvernement, démissionné, la démission d’un gouvernement ou bien la formation d’un gouvernement sont les prérogatives du président de la République », a-t-il insisté. Autrement dit, le calendrier et les modalités de cette transition relèvent du pouvoir discrétionnaire du chef de l’État.

Selon Mokpeme, plusieurs options s’offrent au président. La première consiste à demander la démission du gouvernement actuel, puis à nommer un nouveau Premier ministre chargé de bâtir une majorité parlementaire. La seconde possibilité serait de reconduire Félix Moloua, en lui confiant la mission de recomposer son équipe ministérielle.

Mais dans les deux cas, une condition préalable semble peser : la clarification de la composition de l’Assemblée nationale. « Un gouvernement, quand on le forme, il est responsable devant l’Assemblée nationale, c’est-à-dire les représentants du peuple », a rappelé le porte-parole. Or, les élections législatives, organisées en parallèle des présidentielles, n’ont pas encore livré une cartographie politique suffisamment lisible pour permettre au président de trancher.

La question des ministres élus députés

Un autre facteur complique la situation : plusieurs membres du gouvernement Moloua ont été candidats aux législatives et ont été élus députés. Cette double casquette pose un dilemme. Doivent-ils rester ministres ou siéger à l’Assemblée nationale ? Mokpeme souligne qu’aucune disposition juridique n’impose un choix automatique. « Il n’y a pas de consigne qui dit que quand un ministre est élu député, il va automatiquement à l’Assemblée nationale », a-t-il précisé.

Ce flou juridique laisse au président une marge de manœuvre, mais retarde la recomposition gouvernementale. Le chef de l’État doit arbitrer entre maintenir certains ministres dans l’exécutif ou les laisser rejoindre le législatif, ce qui pourrait influencer l’équilibre des forces au Parlement.

Une logique de prudence politique selon Mokpeme

Pour Mokpeme, le retard observé n’est pas une anomalie, mais une stratégie de prudence. Le président souhaite disposer d’une « très grande lisibilité » sur la composition de l’Assemblée nationale avant de nommer un Premier ministre. En effet, un gouvernement sans majorité solide risquerait de se heurter à des blocages institutionnels. Attendre la fin du processus électoral permet donc de sécuriser la stabilité politique.

Cette approche n’est pas sans précédent. Mokpeme a rappelé qu’en 2016, le président lui-même avait été élu député tout en exerçant ses fonctions de chef de l’État. Dans ce cas, son suppléant avait siégé à l’Assemblée à sa place. L’exemple illustre la flexibilité des règles et la nécessité d’adaptations pragmatiques.

Le retard dans la démission du gouvernement Moloua reflète les enjeux de la 7ᵉ République. Celle-ci s’ouvre dans un contexte où la consolidation des institutions est cruciale. Le président entend bâtir une équipe gouvernementale capable de s’appuyer sur une majorité parlementaire stable, condition indispensable pour mener les réformes promises.

Cette attente traduit aussi une volonté de cohérence politique. Reconduire un Premier ministre ou en nommer un nouveau n’est pas seulement une décision technique : c’est un signal envoyé à la classe politique et à l’opinion publique. Le choix devra tenir compte des équilibres internes, des alliances parlementaires et des attentes des citoyens.

Dans les cercles politiques et médiatiques, la patience commence à s’effriter. Certains y voient un signe d’hésitation, d’autres une manœuvre tactique. Mais Mokpeme insiste : « Tout est du pouvoir discrétionnaire du chef de l’État. » Autrement dit, le président agit en fonction de son analyse et de ses priorités, et non sous la pression des commentaires.

Cette transition est donc surveillée de près, car elle déterminera la dynamique de la nouvelle République. La nomination du Premier ministre et la composition du gouvernement seront des indicateurs clés de la direction politique choisie par le président.

Le retard dans la démission du gouvernement Moloua n’est pas une entorse aux usages républicains, mais une décision réfléchie du président de la République. Entre la nécessité de clarifier la composition de l’Assemblée nationale, le dilemme des ministres élus députés et la recherche d’une majorité stable, le chef de l’État prend le temps d’analyser avant de trancher.

Comme l’a résumé Albert Yaloké Mokpeme, « le président de la République analyse la situation et il le fait en tenant compte de ces éléments. Je pense que c’est ça qui retarde un peu la formation du nouveau gouvernement. »

La patience reste donc de mise, car la stabilité de la 7ᵉ République dépend de ces choix stratégiques.

Dieu Béni Anderson Kabou