Si le monde est dans une mutation, la contribution de chaque être humain est nécessaire. Le Centrafrique, malgré les multiples crises peut toujours compter et espérer sur une partie de sa jeune génération pour un avenir meilleur et prospère.  A travers ces quelques lignes, nous vous ferons découvrir Adrianna Ketsia Joly Djangha-Yasse, une jeune centrafricaine qui vient d’intégrer le cercle des écrivains centrafricains. Une bonne manière pour elle de contribuer au changement de mentalité.

Un parcours scolaire intéressant et inspirant

Après un brillant parcours depuis l’école maternelle jusqu’à l’obtention de son baccalauréat série B en 2017 à Bangui, l’aventure académique l’a fait déposer ses valises à Lomé où elle va commencer les expériences universitaires notamment dans le domaine de l’information et de la communication. Cette première expérience universitaire s’est couronnée de succès avec la validation de sa licence à l’Ecole Supérieure d’Information et de Gestion (ESIG) de Lomé.

Pour embellir ce parchemin, elle s’oriente vers le digital en suivant plusieurs formations dans le domaine à savoir : Community management, marketing numérique, multimédia et audiovisuel, la photographie et la maîtrise des réseaux sociaux avant d’entamer le master en marketing et stratégie digitale.

Face aux défis de ce milieu, elle s’explique : « Plusieurs disent que le digital est un domaine difficile pour les femmes. Ceci est une réalité mais je suis passionnée par les nouvelles technologies et les réseaux sociaux. La créativité dans le digital, ces outils pour créer des contenus innovants et captivants, le challenge du référencement… Je suis donc motivée à relever les défis… »

Certes les défis existent, mais le succès dans une carrière de communication digitale dépend de la passion, de la persévérance, de la capacité de l’écoute et du travail acharné plutôt que du genre. Pour Adrianna, il y’a une place pour tout le monde indépendamment du genre. Pour ce faire, elle encourage d’autres filles à suivre ses pas en leur donnant cette assurance : « Dire que c’est un domaine difficile ne devrait pas dissuader les femmes de poursuivre leur passion.  La communication digitale est un domaine en constante évolution qui offre de nombreuses opportunités passionnantes ».

« La femme que je suis » : le fruit d’une passion pour la littérature

Malgré les multiples occupations universitaires de surcroit à l’étranger, elle n’a pas oublié sa plus grande passion d’enfance : l’amour pour les belles lettres, la magie de la plume et de l’encre. A cet effet, elle a décidé contre de nombreux défis et exigences, de rédiger un roman qui témoigne son amour à la littérature mais aussi de dénoncer les maux qui gangrènent la société.

Un roman qui donne voix aux victimes du harcèlement et violences sexuelles dans les Universités

Sous d’autres cieux et en Centrafrique, le harcèlement et les violences sexuelles sont monnaies courantes dans les milieux d’études. Plusieurs filles sont des victimes de ces fléaux dans les universités mais ne peuvent pas en parler de peur des conséquences. Même si l’Université de Bangui a établi des règlements pour protéger les étudiantes, ces dernières sont toujours cibles des professeurs bourreaux qui ne craignent même pas la justice. C’est face à cette triste réalité qu’Adrianna a décidé de faire parler sa plume.

Avec une désolation sur le cœur, Adrianna se plaint : « Hier on disait que la place de la femme est à la cuisine, elle n’a pas droit à l’éducation, à la parole. Aujourd’hui que la femme a droit à l’éducation, les hommes cherchent un moyen pour nous affaiblir ». Pour Adrianna, son roman est un appel au changement de mentalité sociale. « Impuissante pour mettre fin à ces maux, j’ai que la plume, l’encre et le papier pour parler de ce sujet dans l’espoir que cela pourra aider à promouvoir le changement social en appelant à des réformes dans les politiques universitaires et gouvernementales qui peuvent aider à protéger les étudiantes contre ces comportements nuisibles ».

A la question de savoir quels sont les mots clés de ce roman, elle explique : « Il faut écouter les victimes, croire en leurs témoignages, responsabiliser les agresseurs pour leurs actions, c’est-à-dire les traduire en justice et les condamner ». En rédigeant ce roman qui est tiré de réalité, « je m’étais mise dans leur peau des victimes. Je faisais que réécouter leur voix dans ma tête. Je parlais dans mon sommeil, je faisais des cauchemars qui me causaient des maux de tête si bien que j’avais cessé d’écrire le roman pendant un temps », a-t-elle affirmé.

Un appel à la jeunesse pour une conscience positive et constructive

La jeunesse est toujours considérée comme le fer de lance pour le développement d’un pays. Cependant, cette jeunesse doit faire jouir d’une bonne mentalité, d’une conscience positive et constructive. « A toute la jeunesse et en particulier les filles de Centrafrique, le monde a besoin de notre voix et de notre leadership pour créer une société plus équitable et inclusive pour tous. Soyons des jeunes femmes avec de vraies ambitions, des jeunes femmes qui sont focus sur leurs objectifs, créons notre vision board de la femme que nous voulons devenir tout en étant la meilleure version de nous-mêmes » a déclaré notre jeune romancière.

Adrianna est aujourd’hui étudiante en année de Master en Markéting et stratégie digitale à BEM Management School à Dakar au Sénégal. Elle est aussi la fondatrice de l’ONG Organisation Femme Autrement qui lutte pour les valeurs féminines, la scolarisation des petites filles abandonnées ou démunies. Elle travaille aussi comme Community free-lance et chargée de promotion digitale dans une agence de communication à Dakar.

Pendant qu’elle fait de son père son modèle inspirant et motivant, elle tire la citation de sa vie chez Franklin Delano qui dit : « La seule limite à notre épanouissement de demain sera nos doutes d’aujourd’hui ». Adrianna Joly est une jeune fille calme, curieuse et brillante. Elle adore dessiner, lire, écrire et photographier. Elle rassure toutefois que d’autres projets d’écritures s’en suivront.

Rayms Yanguere