La République centrafricaine vient de clore un atelier majeur consacré à la mise en œuvre du système de paiement en ligne « Patapolélé », une réforme qui ambitionne de transformer en profondeur la collecte des recettes publiques et la délivrance des actes administratifs. Porté par l’Union européenne et mis en œuvre avec l’appui de la France via le Groupe AFD, ce programme s’inscrit dans le cadre du Programme de renforcement de l’État de droit et de la justice pour les citoyens centrafricains.

Selon Koffi Niazouzou, chef de projet Justice Union Européenne et Spaties France, « nous sommes un projet qui appuie tout d’abord le ministère de la Justice. Et dans le cas du système Patapolélé, on appuie trois ministères en même temps : le ministère des Finances, la Justice et l’Intérieur ». L’initiative vise à déployer le dispositif dans deux ministères pilotes la Justice et l’Intérieur tandis que le ministère des Finances, initiateur de la réforme, en assure la coordination.

Le financement est conséquent : 17,5 millions d’euros mobilisés par l’Union européenne, dont 8,5 millions spécifiquement dédiés à la composante justice. Sur une durée de quatre ans, ce programme entend moderniser les pratiques administratives et renforcer la transparence dans la gestion des ressources de l’État.

Le système Patapolélé marque une rupture avec les circuits manuels encore largement utilisés. Les paiements en ligne remplacent les quittances papier, réduisant ainsi les risques de fraude et de corruption. Pour les citoyens, l’avantage est immédiat : obtenir un certificat de nationalité ou un document administratif devient plus simple, plus fiable et plus rapide. Les actes délivrés seront désormais infalsifiables, garantissant une meilleure sécurité juridique.

« L’avantage de ce système, c’est que ça permet de quitter les circuits manuels pour aller vers le numérique. Ça permet aussi d’éviter la fraude, de lutter contre la corruption et de doter chacun d’une certaine aisance au quotidien », explique Koffi Niazouzou.

Albert Ndjinabe, chef de mission chargé de la mobilisation des recettes au cabinet du ministre des Finances, rappelle que l’atelier s’inscrit dans la continuité d’une directive présidentielle : « L’atelier de ce matin est le troisième qui suit celui de juin sur la digitalisation, pendant lequel le chef de l’État avait donné la feuille de route au ministère des Finances pour digitaliser les processus de collecte des recettes et d’exécution des dépenses publiques. »

Le système Patapolélé a été conçu pour couvrir progressivement les 20 ministères générateurs de recettes, en commençant par les plus sensibles et les plus proches des citoyens : la Justice et la Sécurité publique.

Le fonctionnement est simple et adapté aux réalités locales. Pour un certificat de nationalité, toutes les étapes de la demande à l’acquittement des frais seront désormais enregistrées dans le système numérique. Les citoyens n’auront plus à se déplacer avec des quittances papier, tout sera tracé et sécurisé en ligne.

Dans le cas des contraventions routières, le processus est inversé : le policier crée la contravention dans le système, le citoyen reçoit la notification et peut payer directement via son compte Orange Money. Une quittance numérique est alors délivrée instantanément, permettant au conducteur de récupérer ses documents et de poursuivre son chemin.

Le système a été développé par un expert tunisien, en collaboration avec l’Office national de l’informatique (ONI). L’objectif est clair : transférer progressivement les compétences techniques aux équipes centrafricaines afin de pérenniser l’usage et l’évolution de l’application.

« Nous souhaitons qu’à la fin du contrat avec l’expert, les techniques de développement et d’amélioration du système soient revenues au centre africain pour qu’on continue à pérenniser son usage », souligne Albert Ndjinabe.

Le déploiement n’est pas exempt de défis. Le principal obstacle reste l’environnement informatique : le manque de réseau dans certains tribunaux, brigades et commissariats. Vingt-trois sites prioritaires ont été identifiés pour une mise à niveau rapide. L’objectif affiché est ambitieux : une exploitation opérationnelle du système dès le mois de juin.

À terme, l’application sera étendue aux 18 autres ministères concernés, puis aux services déconcentrés en province. Cette généralisation permettra de couvrir l’ensemble du territoire et d’assurer une traçabilité complète des recettes publiques.

Le programme Patapolélé incarne une volonté politique : restaurer la confiance des citoyens envers l’État. En garantissant la transparence des paiements et la fiabilité des documents délivrés, le système contribue au renforcement du vivre-ensemble et à la consolidation de l’État de droit.

Comme le rappelle Koffi Niazouzou, « c’est un dispositif conçu pour permettre à chaque citoyen centrafricain d’aller vers un mode de paiement accessible, d’asseoir une certaine transparence et d’appuyer les ministères dans la gestion des ressources de l’État ».

Avec Patapolélé, la République centrafricaine s’engage résolument dans l’ère numérique. Cette réforme, soutenue par l’Union européenne et la France, illustre une dynamique de modernisation qui dépasse la simple digitalisation : elle vise à renforcer la justice, la sécurité publique et la gouvernance financière.

Si les défis techniques demeurent, l’ambition est claire : offrir aux citoyens des services administratifs fiables, rapides et transparents. Une avancée qui pourrait bien transformer durablement la relation entre l’État et ses administrés.

Rédaction