La Journée du 11 mai postule pour un devoir de mémoire pour nous les victimes survivantes et les victimes décédées sous les armes de la Seleka.

Nous avons l’obligation morale de nous souvenir des évènements tragiques de 2013 et de ses victimes afin que de tels événements ne se reproduisent plus.

Le devoir de l’État centrafricain est de maintenir le souvenir des souffrances que les victimes ont subies. Il faut aussi que justice passe, car ce n’est qu’à ce prix que les populations victimes et leurs descendants pourront mieux trouver leur place au sein de notre Nation.

Le devoir de mémoire, je le rappelle, est une manifestation de notre Devoir d’humanité. Ce n’est qu’à ce prix que nous pourrions faire montre de résilience pour notre reconstruction effective. Je cite l’écrivain italien Primo Levi dans le poème liminaire de son livre « Si c’est un homme  » qui déclara  » N’oubliez pas que cela fut ». Primo Levi, survivant des camps de concentration nazis, rappelle ainsi la force et la nécessité du témoignage face à la barbarie.

Dire et redire pour ne jamais oublier. Nous avons vécu un épisode paroxystique en 2013 et il est impérieux d’éduquer les élèves centrafricains à ne jamais oublier les crimes de masse perpétrés par la Coalition Seleka en République centrafricaine. Il faut éveiller les Centrafricains au Devoir de Mémoire.

Nous attendons toujours la qualification pénale par la CPI des crimes commis à notre endroit par Noureddine Adam, notre bourreau et numéro 2 de la Seleka en 2013 dans les geôles de l’horreur de la Cedad derrière l’agence Air France à Bangui.

Je suis un des derniers survivants des prisons de la Cedad. Tout ce qui est arrivé en 2013, c’est à cause de la haine. Tout le monde a le droit de vivre comme il a envie de vivre. Grâce à nos témoignages de nous les survivants, les prochaines générations de Centrafricains, ne pourront pas dire qu’ils ne savaient pas.

Je suis un Passeur de Mémoire, un Acteur de Transmission. Nous réclamons toujours la construction d’un Mémorial des Victimes de Noureddine Adam.

Le Devoir de Mémoire auquel je me réfère à un double enjeu. Tout d’abord, rendre hommage à tous ceux qui ont été tués par la Coalition Seleka car si on oubliait les Victimes, on oublierait leur martyre. Et en second lieu, la nécessité de mettre en garde l’humanité contre ce dont elle est capable. En effet, le martyre que nous a fait vivre Noureddine Adam et la Seleka, est de nature à faire réfléchir sur l’humanité.

Il faut absolument préserver la mémoire des victimes tombées sous les balles de la Seleka.

Le respect, la tolérance, l’humanité ne sont jamais acquis. Ce sont des gains fragiles sur la violence et le néant. Nous, les survivants de Noureddine Adam, nous en sommes dépositaires. Jamais, nous n’oublierons.

Fait à Bangui le 11 mai 2025

Antoine Tombet