Des équipes mobiles informent les bénéficiaires sur leurs droits, reçoivent des plaintes et sensibilisent sur l’exploitation et les abus sexuels.

« Avec la distribution de l’aide humanitaire on peut s’attendre à beaucoup des situations inappropriées et il faut être prêt à y répondre », dit avec conviction Gaillard Ouate-Tossangoa. Il évoque un cas récent au village Gouze, à 20 kilomètres de Paoua sur l’axe Bozoum : « Una organisation humanitaire avait organisé une distribution de cash (36 000 CFA par ménage) pour assister les populations en détresse, mais nous avons reçu des bénéficiaires qui nous disaient qu’ils n’ont pas pu recevoir l’argent qui leur est dû parce qu’ils avaient perdu leurs cartes, malgré qu’ils étaient sur la liste de bénéficiaires ».   Quoi faire, alors ? « Nous avons écouté la plainte et nous l’avons référée à l’agence, qui a réimprimé des nouvelles cartes et les ont remis aux bénéficiaires, avec l’argent ».

Basé à Paoua, Gaillard est coordinateur de zone du projet AAP (Accountability to the Affected Population), un mécanisme de redevabilité au service des bénéficiaires de l’aide humanitaire. Il supervise trois équipes mobiles qui se rendent, à moto, deux par deux, sur les différents axes autour de Paoua, Bocaranga et Bossangoa. Alors qu’un petit bureau pour leur projet est encore en cours de construction, ils utilisent pour l’instant les locaux de l’ONG APSUD, partenaire de l’UNICEF.

« Il est essentiel que les personnes qui reçoivent de l’aide humanitaire aient une meilleure information sur leurs droits », ajoute-t-il. « Et les humanitaires, eux aussi, peuvent effectuer mieux leur travail lorsqu’ils prennent en compte les opinions et les préoccupations de la communauté ».

Pour accomplir cette tâche, les équipes du projet AAP organisent des séances de sensibilisation avec des différentes associations, surtout des jeunes, des femmes et des personnes vivant avec un handicap, dans lesquelles ils expliquent comment adresser une plainte lorsqu’il s’avère nécessaire. Gaillard ajoute qu’on accorde aussi beaucoup d’importance à la prévention et à la lutte contre les abus et les exploitations sexuelles, « pour que tous les acteurs humanitaires, dont les organisations ont déjà une politique de tolérance zéro, respectent effectivement la dignité des bénéficiaires ».

Gaillard et ses collègues perçoivent une rémunération pour leur travail, qui demande souvent une présence dans des villages très éloignés et d’accès difficile : « Nous nous y rendons à moto, parce que la plupart des bénéficiaires habitent dans des villages où une voiture ne peut pas y arriver », explique Gaillard. Le financement est assuré par FCDO (acronyme anglais pour Bureau des Affaires Etrangères et de la Commonwealth), un organisme du gouvernement du Royaume Uni.

En RCA, le projet AAP se déroule dans huit préfectures : Ouham Pendé, Haute Kotto, Nana Mambéré, Ouaka, Mbomou, Haut Mbomou, Nana Gribizi et Mambéré Kadei. Dès son début, en AAP, en 2022, on a sensibilisé 134 000 bénéficiaires, dont beaucoup des personnes déplacées internes. Seulement entre janvier et octobre 2024, ses équipes ont reçu 18 300 plaintes et feedbacks, dont un peu plus de 7 000 (38 %) ont eu une réponse.

Malgré les difficultés, et encouragé par les résultats, Gaillard est déterminé à continuer : « Ma plus grande satisfaction est de voir que les bénéficiaires reçoivent leur assistance sans aucune entrave. Nous travaillons avec des personnes vulnérables et traumatisées qui ont déjà beaucoup souffert à cause des conflits et qui, souvent, ont tout perdu. Ils ont le droit à recevoir une aide humanitaire transparente et digne ».

Jose Carlos Rodriguez Soto