Après trois jours de formation, des conseillers en emploi et formation de l’Agence centrafricaine pour la formation professionnelle et l’emploi (ACFPE) sont désormais capables de mieux maîtriser l’usage du numérique et du digital. Ils ont été formés du 25 au 27 mars par Louma Technologies, en partenariat avec le ministère du Travail, sur financement du projet I-Compete.

La formation a rassemblé une vingtaine de conseillers autour de l’usage approprié des réseaux sociaux. Pour les organisateurs, le numérique occupe aujourd’hui une place très importante dans la recherche d’emploi. C’est dans cette optique que les conseillers ont été ciblés, afin de leur permettre de devenir des agents de sensibilisation capables d’accompagner les Centrafricains qui souhaitent créer des entreprises, en leur faisant comprendre l’importance du digital.

En effet, selon la directrice générale par intérim de l’ACFPE, Michèle Renée Bimbo, qui a lancé la formation, « le choix des conseillers pour cette formation n’est pas anodin, car ce sont eux qui assurent les formations conduisant à la délivrance de certificats aux demandeurs d’emploi ».

Étant donné que l’ACFPE encadre de nombreux demandeurs d’emploi, elle estime que les conseillers doivent être en mesure d’accompagner les jeunes promoteurs dans leurs différents domaines d’activité.

Durant les trois jours de formation, les participants ont été édifiés sur près d’une dizaine de thèmes, dont « l’acculturation au numérique », présenté par Orphée Zaza, entrepreneure culturelle et cinéaste. L’objectif est de permettre aux participants de comprendre l’évolution du paysage technologique et numérique afin de mieux piloter une activité à l’ère moderne.

Allant plus loin, la séance a permis aux conseillers de comprendre l’importance de la transition digitale. Le digital repose sur trois leviers essentiels : la viabilité, la productivité et la gestion des données. À cela s’ajoutent la sécurité numérique et la protection des données.

Abordant le module consacré à Louma Technologies, sa directrice générale, Pétula Lenguezial, a expliqué l’élément déclencheur qui a conduit à la création de l’entreprise : la mise en place d’infrastructures tels que la fibre optique, l’arrivée d’Orange money ect…

D’après Pétula Lenguezial, Louma est née d’un constat et n’a pas été mise en place pour rattraper les autres, mais pour accompagner le pays dans son développement digital. D’où l’idée de créer des plateformes permettant aux entreprises de booster leur visibilité. C’est ainsi que Guiwara, une super application intégrant plusieurs fonctionnalités axées sur les métiers et services ainsi que la promotion culturelle, a vu le jour. L’objectif est de permettre aux populations d’accéder à des marchés auxquels elles n’avaient pas accès auparavant, a-t-elle expliqué.

Les jours suivants, plusieurs autres thèmes ont été développés, notamment la digitalisation des moyens de paiement, l’utilisation d’Orange Money, la création de contenus et la stratégie digitale, ainsi que les procédures de création d’une startup en Centrafrique.

À travers ces différents modules, les conseillers ont été formés sur les possibilités de paiement de factures en ligne à travers des moyens tels qu’Orange Money, Telecel Money, les cartes bancaires, entre autres.

Parmi les solutions présentées figure Tokani, une plateforme qui construit une nouvelle infrastructure de paiement digital pour la zone CEMAC. Ce système inclut des infrastructures interopérables permettant les paiements marchands ainsi que les paiements de masse. L’objectif est de briser les barrières entre les différents moyens de paiement.

Concernant l’utilisation d’Orange Money, le formateur a expliqué que la monnaie scripturale demeure importante à l’ère du numérique. Il s’agit d’un moyen de paiement électronique très accessible qui permet aux utilisateurs d’effectuer rapidement des transactions et de régler leurs factures. Les paiements mobiles garantissent et sécurisent les transactions via le mobile money.

S’agissant de la création de contenus, Naomi Bayoka a expliqué qu’exister en ligne n’est plus une option, mais une nécessité. Selon elle, publier sur les réseaux sociaux ne doit pas se faire au hasard : il faut communiquer avec intention et privilégier des images de qualité. Aujourd’hui, les produits peuvent se vendre sur plusieurs plateformes numériques, notamment sur les réseaux sociaux, ce qui constitue un levier essentiel pour gagner en visibilité, a-t-elle conseillé aux participants.

Pendant la formation, l’accent a également été mis sur les procédures de création d’une entreprise technologique (startup) en Centrafrique, présentées par Aristide Cédric Bengué, directeur gérant de l’entreprise Ikoué SARL. Selon lui, plusieurs étapes sont à suivre pour créer une entreprise : se rendre au GUFE, choisir sa forme juridique, préparer son dossier, le soumettre au GUFE, obtenir les registres nécessaires et finaliser les formalités, notamment l’autorisation commerciale délivrée par le ministère du Commerce.

Cependant, le formateur a insisté sur un point essentiel pour tout entrepreneur : disposer d’un compte bancaire.

Afin de marquer cette formation, les conseillers ont réalisé des exercices pratiques leur permettant d’assimiler les leçons. Par exemple, ils ont effectué des exercices de création de contenus pour les réseaux sociaux grâce à un smartphone neuf qui leur a été remis. Ils ont appris à configurer l’appareil ainsi qu’à télécharger des applications mobiles dédiées au montage de vidéos et de photos.

Témoignages des participants

La formation a été sanctionnée par la remise de certificats. Plusieurs participants n’ont pas caché leur satisfaction et se disent prêts à mettre en pratique les connaissances acquises.

« Cette formation nous a permis de découvrir ce que sont le numérique et le digital, ce qui nous permettra d’orienter davantage les demandeurs d’emploi qui souhaitent évoluer dans le domaine de l’entrepreneuriat. Beaucoup de jeunes veulent créer leurs entreprises, mais restent dans l’anonymat ou dans l’ombre. Le digital leur permettra désormais d’être visibles sur le marché, tant au niveau national qu’international, afin de maximiser leurs bénéfices », a témoigné Olivia Ngadao Kondji, conseillère en emploi-formation.

Pour Guy Blaise Angbézoua, conseiller en formation emploi, cette initiative constitue un levier important de développement. « Cette formation est vraiment essentielle et constitue un levier de développement pour notre pays. Malgré certaines difficultés, il est important de mobiliser la jeunesse et d’encourager le gouvernement à mettre les moyens nécessaires afin de permettre aux jeunes de s’inscrire dans cette dynamique. Je suis très satisfait et je repars avec des connaissances importantes qui vont m’aider dans mon travail et dans l’accompagnement des demandeurs d’emploi », a-t-il déclaré.

Du côté des organisateurs, les objectifs fixés ont été atteints, a affirmé la directrice générale de Louma Technologies, Pétula Lenguezial.

« En tant qu’organisatrice et formatrice, je suis satisfaite parce que je constate qu’il y avait une véritable attente. La plupart des participants sont très contents de cette formation et de ce qu’ils ont appris. Cela leur permet de renforcer leurs capacités et d’acquérir davantage de compétences pour accomplir leurs missions quotidiennes, notamment l’accompagnement des jeunes. Ma satisfaction vient du fait que les connaissances transmises ont été bien assimilées. Toutefois, certains participants estiment que la formation était trop courte, car il reste encore beaucoup de choses à apprendre. Nous allons remonter ces informations à la direction afin d’envisager d’autres sessions », a-t-elle expliqué.

À l’issue de la formation, plusieurs recommandations ont été formulées par les participants et remises au directeur de la formation de l’ACFPE, Aubin Fulbert Monga, qui a procédé à la clôture de la session. Celui-ci a affirmé qu’il transmettra ces recommandations à l’administration. Il a également appelé à la mise en place d’un dispositif de suivi-évaluation et a par ailleurs félicité Louma Technologies pour l’initiative.

À travers cette formation, les organisateurs souhaitent également démocratiser l’usage du numérique afin que chacun puisse s’approprier ces outils tout en apprenant à se protéger dans l’environnement digital.

Rappelons que cette formation est le fruit d’un partenariat entre Louma Technologies et le ministère du Travail à travers l’ACFPE. L’objectif est de faire de l’application Guiwara une plateforme de référence pour le centre agro-pastoral de Mbaïki.

Les participants qui auront maîtrisé ces outils deviendront à leur tour des formateurs et accompagneront Louma Technologies lors des sessions de formation en province. Ils constituent ainsi la première cohorte issue de ce programme de formation organisé en Centrafrique.

Déus Gracias Tchémanguéré