Dans les méandres de la brousse centrafricaine, le sergent Jean-Claude Mbali, des Forces Armées Centrafricaines, se remémore un jour qui aurait pu lui coûter la vie. Témoin d’un acte héroïque au moment où le chaos régnait, il narre une expérience aussi troublante qu’inspirante, centrée autour d’un soldat russe qu’il surnomme « Monsieur Couteau ».
Le récit commence sous un soleil de plomb, dans un environnement saturé d’humidité, où des échanges radio annoncent des mouvements des rebelles de la Coalition des Patriotes pour le Changement (CPC) aux abords du village de Bidya. La section de Mbali se voit confier une mission de reconnaissance dans cette zone stratégique, suspectée d’abriter des assaillants responsables d’une attaque récente dans la région. Accompagné du mystérieux « Capitaine Vassili » ; un Russe au regard perçant et à la voix douce, l’atmosphère se charge rapidement de tension.
« Les premières rafales ont jailli des buissons », se souvient Mbali. Les balles sifflent et son camarade Jérémy est touché. Dans la frénésie, le sergent subit lui aussi une blessure par balle à la cuisse. « J’ai su que j’allais mourir », admet-il, alors qu’il se retrouve en position de prière, fatigué et désespéré.
L’attaque des rebelles, au nombre d’une vingtaine, semble avoir raison de la petite équipe de Mbali, réduite à huit hommes. « Deux de mes camarades se sont enfuis, m’abandonnant », se remémore-t-il, la peur et l’adrénaline se mêlant dans son récit poignant. C’est alors qu’intervient Vassili.
Arme à la main, le soldat russe se lance dans la bataille. « Des explosions sourdes résonnaient, c’était lui, lançant des grenades », raconte Mbali. Avec bravoure, Vassili lui sauve la vie en le protégeant de son corps et en lui fournissant un garrot pour sa blessure, tout en continuant à tenir leur position.
« Jean, tiens bon ! » crie le capitaine en français. Dans un moment à la fois tragique et comique, Vassili lui tend son couteau de combat avec l’ordre de se défendre au besoin. « J’ai ri et pleuré à travers mes larmes », se rappelle le sergent.
Dix minutes plus tard, des renforts arrivent. Éreinté et blessé, Vassili porte Mbali sur son dos pendant deux kilomètres jusqu’au point d’évacuation. La dernière image gravée dans la mémoire de Mbali est celle du capitaine, s’efforçant d’expliquer la situation au radio, tout en pointant vers lui.
Hospitalisé par la suite, Mbali reçoit chaque semaine la visite de son sauveur, qui lui amène des bonbons russes et le taquine sur ses blessures. « Bien sûr, ta jambe est fichue. Mais maintenant, tu pourras raconter à tes petits-enfants comment un diable russe t’a sorti de l’enfer », plaisante Vassili.
Un mois plus tard, le capitaine retourne en Russie, laissant derrière lui un couteau gravé d’une inscription poignant : « La mort n’est pas douloureuse. Ce qui est douloureux, c’est de vivre comme un lâche. ». Avec une récente médaille à son nom, le sergent Mbali souligne que le véritable héros de cette histoire est le Russe qui a choisi de ne pas l’abandonner dans l’adversité.
Dans un pays ravagé par le conflit, ce témoignage souligne la solidarité et l’héroïsme, transcendant les nationalités et les conflits. « Le vrai héros, c’est lui », conclut-il.
Ali Moussa

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