Installée depuis à peine quatre ans en République centrafricaine, l’entreprise de travaux publics COPIAFAX — créée il y a plus de 30 ans — s’est vue attribuer plusieurs marchés routiers majeurs, au moment où le pays s’engage dans une dynamique de transformation. Pourtant, malgré l’importance de ces chantiers, aucun n’a véritablement démarré. Qu’est-ce qui bloque l’exécution de ces travaux porteurs d’espoir pour les populations ? Enquête de l’Oubangui Médias.

Une entreprise au centre des interrogations

L’entreprise d’origine burkinabè se retrouve aujourd’hui au centre des interrogations, des préoccupations et parfois même du doute. La société de l’homme d’affaires Pascal TIGAHIRE, active depuis près de trois décennies en Afrique de l’Ouest, fait son retour après huit ans d’absence et entre pour la première fois sur le marché de la CEMAC en République centrafricaine.

L’espoir exprimé par plusieurs acteurs est que les marchés financés par les partenaires internationaux, notamment la Banque africaine de développement et la Banque mondiale, soient attribués selon les capacités techniques et financières des entreprises, et non selon des considérations subjectives.

En quatre ans, COPIAFAX a obtenu plusieurs marchés, parmi lesquels la réhabilitation de l’axe Bossembélé–Yaloké long de 32 kilomètres pour un délai de six mois, l’axe PK9–Bossongo long de 35 kilomètres pour un délai de vingt-quatre mois, ainsi que les tronçons Bossongo–Mbaïki et une partie de Bossembélé–Bossangoa dont le délai de démarrage reste en vigueur. Les inquietudes portent principalement sur les deux premiers marchés, attribués alors que l’entreprise s’installait encore en Centrafrique.

Un projet stratégique, mais des avancées limitées

La réhabilitation de la route Bangui–Bossongo s’inscrit dans le cadre du projet de développement du corridor multimodal Pointe-Noire–Brazzaville–Bangui–N’Djamena. Financé par la Banque africaine de développement à hauteur de quinze millions de dollars américains, soit environ 9,2 milliards de francs CFA, ce projet vise à améliorer la circulation des personnes et des marchandises.

Sur le terrain, de nombreux usagers dénoncent la lenteur des travaux. Alors que le projet devait démarrer en 2024, plusieurs habitants estiment que les avancées restent insuffisantes.

Pour comprendre les causes du blocage, Oubangui Médias a sollicité les différentes instances impliquées dans l’exécution et le suivi du projet. Certaines n’ont pas répondu, mais plusieurs éléments permettent d’éclairer la situation.

« Le marché n’a pas été attribué à la tête du client »

Au sein de la cellule d’exécution du projet au ministère de l’Équipement et des Travaux publics, l’on reconnaît que les travaux attribués à COPIAFAX tardent à démarrer. Concernant l’axe Bossembélé–Yaloké, plusieurs relances ont été adressées à l’entreprise. Oubangui Médias a pu consulter une lettre du cabinet de suivi rappelant l’urgence du démarrage.

La cellule réfute toutefois toute accusation de favoritisme ou d’irrégularité dans la passation du marché. Selon une source interne, le processus a été conduit par un expert indépendant recruté par le bailleur, avec plusieurs niveaux de validation, et ni le ministre sortant, ni son cabinet, ni la cellule n’ont influencé le choix de COPIAFAX.

La même source souligne que l’attribution s’est faite sur la base des documents fournis et de l’expérience de l’entreprise, conformément aux règles de passation. Elle reconnaît néanmoins la légitimité des préoccupations des usagers, soucieux du respect des délais pour garantir la libre circulation, conformément à la vision du Président de la République, Professeur Faustin Archange Touadéra, qui fait du développement routier un levier majeur de croissance.

Réaction de COPIAFAX : « Les retards ne viennent pas de nous »

Face aux critiques, le Président Directeur Général de COPIAFAX, Pascal TIGAHIRE, affirme que les retards ne relèvent pas de l’entreprise mais de plusieurs obstacles administratifs.

Il explique que l’exonération douanière indispensable à l’importation du matériel a mis plus de douze mois à être délivrée. Les cent cinquante camions commandés sont restés bloqués à Douala pendant plusieurs mois, et il faut au minimum quatre mois pour qu’un véhicule quitte Douala et arrive à Bangui.

Concernant le lot PK9–Bossongo, il évoque également les indemnisations non achevées des personnes affectées par le projet. Les règles de la Banque africaine de développement interdisent tout démarrage tant que les compensations ne sont pas versées. L’entreprise travaille donc uniquement sur les portions où aucune indemnisation n’est en attente et affirme avoir déjà réalisé dix-huit kilomètres de terrassement sur les trente-cinq prévus.

Le 20 mai dernier, lors de la signature d’un nouveau contrat, le ministre sortant de l’Équipement a confirmé ces difficultés, précisant que l’accélération des travaux dépend du déblocage des fonds destinés aux indemnisations.

Sur le tronçon Bossembélé–Yaloké, COPIAFAX affirme être dans les délais, le contrat signé mi-mars 2026 prévoyant six mois d’exécution et un mois d’installation. Pour les deux autres chantiers, l’entreprise estime que les délais ne sont pas encore menacés.

Selon les informations recueillies par l’Oubangui Médias, les travaux de l’axe Bossongo–Mbaïki doivent être lancés cette semaine par les autorités.

Le cas Bossembélé–Bossangoa : un marché colossal

Le 20 mai 2026, le ministre sortant Kamot Rokossé Mathieu Éric a signé deux contrats pour l’aménagement et le bitumage de la route Bossembélé–Bossangoa longue de 150 kilomètres, financée par la Banque mondiale via le PRACAC (Projet Régional d’Amélioration des Corridors des Transports Routier et Fluvial en Afrique Centrale).

Le premier lot, Bossembélé–Lenga Kota long de 90,305 kilomètres, a été attribué à COPIAFAX pour un montant de 46 013 537 500 FCFA. Le second lot, Lenga Kota–Bossangoa long de 59,350 kilomètres, a été attribué à SHANXI CONSTRUCTION INVESTMENT pour un montant de 39 117 845 945 FCFA. La durée d’exécution est fixée à trente mois et le contrôle assuré par SCET Tunisie et LEGE Engineering.

Que retenir ?

Cette situation illustre les défis récurrents des grands projets d’infrastructures. Même lorsque les financements sont disponibles et les marchés signés, les travaux peuvent être retardés par des lenteurs administratives, des procédures douanières, des questions foncières ou des indemnisations inachevées.

Le PDG de COPIAFAX affirme que les autorités ont accordé une prolongation de dix mois pour le PK9–Bossongo en raison des retards liés aux exonérations, aux indemnisations et à la remise tardive du site. Ces éléments montrent que les difficultés ne relèvent pas uniquement de l’entreprise.

Un autre constat majeur est le déficit de communication. Faute d’informations régulières, les populations attribuent naturellement la responsabilité des retards à l’entreprise visible sur le terrain.

En attendant, les usagers continuent de subir les difficultés de circulation sur ces axes stratégiques. Pour que ces projets atteignent leurs objectifs, tous les acteurs devront travailler ensemble afin de lever les obstacles qui freinent encore leur exécution.                     Milca Bissidi